Adloun

Comment est structurée la société française actuelle ?

Cours complet · SES (terminale), chapitre 6 · terminale, spécialité sciences économiques et sociales

Travailler ce chapitre sur Adloun Exercices corrigés de ce chapitre

Cadre supérieure parisienne, ouvrier intérimaire d'une petite ville industrielle, agricultrice, étudiant précaire : la société française n'est pas une juxtaposition d'individus interchangeables. Positions, revenus, modes de vie et destins y demeurent inégalement distribués. Comment décrire cette structure sociale ? Selon quels critères se hiérarchise-t-elle ? Et les classes sociales, centrales au XXe siècle, sont-elles encore pertinentes pour la comprendre ?

Problématique. Quels facteurs structurent et hiérarchisent l'espace social français, comment cette structure a-t-elle évolué depuis le milieu du XXe siècle, et le concept de classes sociales est-il toujours pertinent pour en rendre compte ?

6.1 Une société structurée et hiérarchisée

6.1.1 Une multiplicité de facteurs de structuration

Définition 6.1Structure sociale et espace social

La structure sociale désigne la répartition de la population en groupes sociaux hiérarchisés et différenciés. La société peut être représentée comme un espace social (Bourdieu) où chaque individu occupe une position déterminée par une pluralité de facteurs :

  • la catégorie socioprofessionnelle et le revenu ;
  • le diplôme ;
  • la composition du ménage (famille monoparentale, couple bi-actif…) ;
  • la position dans le cycle de vie (étudiant, actif, retraité) ;
  • le lieu de résidence (métropole, périurbain, rural) ;
  • le sexe et l'origine migratoire.

Ces facteurs se cumulent : les inégalités sont multiformes et s'entretiennent mutuellement.

◆Théorème 6.2Les PCS, outil de description

La nomenclature des professions et catégories socioprofessionnelles (PCS, INSEE, 1954/1982/2020) classe la population en 6 groupes d'actifs selon la profession, le statut (salarié/indépendant) et la qualification : agriculteurs exploitants (1,5 % des emplois) ; artisans, commerçants, chefs d'entreprise (6,5 %) ; cadres et professions intellectuelles supérieures (environ 21 %) ; professions intermédiaires (25 %) ; employés (25 %) ; ouvriers (19 %). Elle objective la hiérarchie sociale mais a ses limites : hétérogénéité interne des groupes, inactifs mal saisis, invisibilité du patrimoine.

Exemple 6.3Document — des inégalités cumulatives

Quelques ordres de grandeur (INSEE, années 2020) : le niveau de vie médian des cadres dépasse d'environ 75 % celui des ouvriers ; l'espérance de vie à 35 ans d'un homme cadre excède de 6 ans celle d'un ouvrier ; 8 enfants de cadres sur 10 obtiennent le baccalauréat général, contre moins de 4 enfants d'ouvriers sur 10 ; les 10 % les mieux dotés détiennent près de la moitié du patrimoine total des ménages. Revenu, santé, école, patrimoine : les inégalités font système.

6.1.2 L'espace social selon Bourdieu

◆Théorème 6.4Capitaux et espace social (Bourdieu)

Pour Pierre Bourdieu, la position sociale dépend du volume et de la structure des capitaux détenus :

  • capital économique (revenus, patrimoine) ;
  • capital culturel (diplômes, savoirs, biens culturels) ;
  • capital social (réseau de relations mobilisables).

Professeurs (riches en capital culturel) et patrons du commerce (riches en capital économique) occupent ainsi des positions distinctes au sein des catégories supérieures — et des styles de vie distincts (La Distinction, 1979).

L'espace social selon Bourdieu (représentation simplifiée) :

les positions se différencient par le volume et la structure des capitaux.</div>

6.2 Les évolutions de la structure sociale depuis 1950

◆Théorème 6.5Quatre transformations majeures

Depuis la seconde moitié du XXe siècle :

  • salarisation : près de 88 % des actifs occupés sont salariés (déclin des agriculteurs et des indépendants — avec un léger rebond récent lié aux plateformes et micro-entrepreneurs) ;
  • tertiarisation : plus de trois emplois sur quatre relèvent des services ; déclin du monde ouvrier industriel (37 % des actifs en 1975, 19 % aujourd'hui) ;
  • élévation du niveau de qualification : explosion des diplômés du supérieur (près de 50 % d'une génération), croissance des cadres et professions intermédiaires ;
  • féminisation de l'emploi : le taux d'activité des femmes de 25--49 ans dépasse 83 % ; mais l'emploi féminin reste concentré (ségrégation professionnelle) et marqué par le temps partiel (environ 27 % des femmes en emploi contre 8 % des hommes).
Définition 6.6Rapports sociaux de genre

Les rapports sociaux de genre structurent aussi la société : écarts de salaires (environ 14 % en équivalent temps plein, 22 % tous temps de travail confondus), plafond de verre, partage inégal du travail domestique (les femmes en assurent environ les deux tiers), sur-représentation dans les emplois du soin. Le genre croise la classe : les inégalités entre femmes selon le milieu social sont elles-mêmes considérables.

6.3 Les classes sociales sont-elles toujours pertinentes ?

6.3.1 Les théories fondatrices : Marx et Weber

◆Théorème 6.7Classes : Marx contre Weber
  • Pour Karl Marx, les classes se définissent par la place dans les rapports de production : bourgeoisie (propriétaire du capital) contre prolétariat (vendeur de sa force de travail). Une classe « en soi » (position objective) devient classe « pour soi » quand elle acquiert une conscience de classe et entre en lutte. Vision réaliste et binaire, moteur de l'histoire.
  • Pour Max Weber, la stratification est multidimensionnelle : ordre économique (classes, définies par les chances d'accès aux biens sur le marché), ordre social (groupes de statut, prestige) et ordre politique (partis, pouvoir). Ces hiérarchies ne coïncident pas nécessairement ; vision nominaliste, continue et non nécessairement conflictuelle.

6.3.2 Moyennisation ou retour des classes ?

◆Théorème 6.8Un débat toujours ouvert
  • Thèse de la moyennisation (Henri Mendras, années 1980) : les Trente Glorieuses ont réduit les distances inter-classes (hausse générale du niveau de vie, consommation de masse, salarisation, protection sociale) et accru les distances intra-classes ; la société ressemblerait à une « toupie » gonflée en son centre, où l'identification subjective aux classes s'affaiblit (individualisation).
  • Thèse du retour des classes (Louis Chauvel, années 2000) : depuis les années 1980, repli de la mobilité, re-creusement des inégalités de patrimoine, précarisation des classes populaires, ségrégation résidentielle et scolaire : les distances inter-classes se re-creusent, même si la conscience de classe reste faible — des classes « en soi » sans classe « pour soi ».
  • L'identification subjective demeure réelle mais minoritaire : un peu plus de la moitié des Français déclarent appartenir à une classe sociale, le plus souvent « moyenne » — mais le mouvement des Gilets jaunes (2018) a rappelé la vivacité des clivages sociaux et territoriaux.

Méthode : EC2 — étude d'un document statistique sur la structure sociale

  • Présenter le document (source, champ, unité, date) et définir la variable (PCS, niveau de vie, quartile…).
  • Lire correctement : « selon l'INSEE, en 2022, les cadres représentent 21 % des emplois » ; attention aux parts (%) vs effectifs, aux % en ligne vs en colonne.
  • Sélectionner les données significatives (extrêmes, écarts, évolutions) et calculer (écart en points, coefficient multiplicateur).
  • Répondre à la question posée en mobilisant les notions du chapitre (hiérarchisation, moyennisation, distances inter/intra-classes).

6.4 Bilan

Propriété : L'essentiel du chapitre

  • L'espace social français est structuré par une pluralité de facteurs cumulés : PCS, revenu, diplôme, composition du ménage, cycle de vie, lieu de résidence, genre.
  • Depuis 1950 : salarisation, tertiarisation, élévation des qualifications, féminisation — et persistance des rapports sociaux de genre.
  • Deux théories fondatrices : Marx (classes définies par les rapports de production, lutte des classes) et Weber (stratification multidimensionnelle : classes, statut, partis).
  • Le débat contemporain oppose moyennisation (Mendras : distances inter-classes réduites) et retour des classes (Chauvel : re-creusement des écarts sans conscience de classe forte).

Continuer sur Adloun : animation, QCM, fiches, exercices