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Quelle est l'action de l'École sur les destins individuels et sur l'évolution de la société ?

Cours complet · SES (terminale), chapitre 7 · terminale, spécialité sciences économiques et sociales

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En 1950, moins de 5 % d'une génération obtenait le baccalauréat ; aujourd'hui, plus de 80 %. L'École s'est massivement ouverte, portée par la promesse républicaine de l'égalité des chances : que le destin de chacun dépende de son mérite, non de sa naissance. Pourtant, l'origine sociale continue de peser lourdement sur les parcours scolaires. Que fait réellement l'École aux destins individuels — et à la société ?

Problématique. La massification scolaire a-t-elle produit une véritable démocratisation ? Comment expliquer la persistance des inégalités de réussite selon l'origine sociale et le genre, et que vaut l'idéal méritocratique ?

7.1 Massification et démocratisation

7.1.1 Une École massifiée

Définition 7.1Massification scolaire

La massification est l'augmentation quantitative des effectifs scolarisés et de la durée des études : collège unique (1975), objectif « 80 % d'une génération au niveau bac » (1985), création du bac professionnel (1985). Résultat : plus de 80 % d'une génération obtient le baccalauréat (toutes séries), près de 50 % un diplôme du supérieur ; l'espérance de scolarisation dépasse 18 ans.

◆Théorème 7.2Massification n'est pas démocratisation

La démocratisation suppose la réduction des inégalités sociales d'accès aux études. Or il faut distinguer :

  • une démocratisation quantitative réelle : tous les milieux sociaux accèdent davantage au bac et au supérieur qu'il y a 50 ans ;
  • une démocratisation qualitative beaucoup plus limitée : les écarts se sont déplacés vers les filières et les diplômes. On parle de démocratisation ségrégative (Pierre Merle) : les enfants de cadres dominent le bac général, les classes préparatoires et les grandes écoles ; les enfants d'ouvriers sont sur-représentés dans les filières professionnelles et les sorties précoces.
Des parcours scolaires socialement différenciés : accès

selon l'origine sociale (valeurs illustratives, ordres de grandeur DEPP).</div>

7.2 Expliquer les inégalités de réussite scolaire

7.2.1 Le capital culturel

◆Théorème 7.3La reproduction (Bourdieu et Passeron)

Pour Bourdieu et Passeron (Les Héritiers, 1964 ; La Reproduction, 1970), l'École, loin d'être neutre, valorise la culture des classes dominantes. Les enfants dotés d'un fort capital culturel (langage soutenu, livres, sorties culturelles, familiarité avec les codes scolaires) sont « comme des poissons dans l'eau » ; les autres doivent tout apprendre, culture et codes compris. En traitant également des élèves inégalement dotés, l'École légitime les inégalités sociales en les convertissant en verdicts scolaires apparemment neutres (« dons », « mérite »).

7.2.2 Investissements et stratégies des familles

◆Théorème 7.4Choix scolaires et calculs coûts-avantages (Boudon)

Pour Raymond Boudon (L'inégalité des chances, 1973), les inégalités tiennent aussi aux choix d'orientation : à réussite scolaire égale, les familles n'évaluent pas de la même façon les coûts (financiers, éloignement, risque d'échec) et les bénéfices attendus des études longues. Les familles populaires « s'auto-sélectionnent » vers des filières courtes jugées plus sûres ; les familles favorisées visent les filières prestigieuses et savent optimiser (choix des options, des établissements, recours au privé, cours particuliers). Les investissements familiaux — temps d'accompagnement, aide aux devoirs, stratégie résidentielle — creusent l'écart.

7.2.3 Socialisations différenciées selon le genre

◆Théorème 7.5Genre et parcours scolaires

Les filles réussissent mieux que les garçons (86 % de réussite au bac contre 81 %, moindre redoublement) mais s'orientent différemment, sous l'effet des socialisations différenciées : elles restent minoritaires dans les filières scientifiques et techniques les plus rentables (environ 30 % des effectifs d'écoles d'ingénieurs, moins de 20 % en informatique) et sur-représentées dans les filières littéraires, sanitaires et sociales. L'orientation reproduit les stéréotypes de genre — avec des conséquences durables sur les salaires et les carrières.

Exemple 7.6Document — l'emprise du diplôme sur l'emploi

En France, le diplôme est un « passeport » décisif : trois ans après la sortie du système éducatif, le taux de chômage des non-diplômés est environ trois fois supérieur à celui des diplômés du supérieur long ; l'écart de salaire médian entre bac+5 et non-diplômés dépasse 60 %. Cette emprise du diplôme, plus forte en France que dans beaucoup de pays, élève l'enjeu — et l'angoisse — scolaires : elle nourrit la course aux titres (inflation scolaire, Marie Duru-Bellat) et pénalise durablement les « vaincus » de l'École.

7.3 L'idéal méritocratique en question

Définition 7.7Égalité des chances et méritocratie

L'égalité des chances veut que les positions sociales soient distribuées selon le mérite (talents, efforts) et non selon la naissance : c'est l'idéal méritocratique, au cœur du modèle républicain (concours, anonymat des épreuves, gratuité, bourses).

◆Théorème 7.8Les critiques de la méritocratie
  • Le mérite mesuré par l'École est socialement construit : il récompense des dispositions héritées (capital culturel) autant que l'effort — la méritocratie peut alors légitimer les inégalités (« ils ne l'ont pas mérité ») et culpabiliser les perdants.
  • L'égalité formelle des chances coexiste avec de fortes inégalités réelles de conditions (ségrégation résidentielle et scolaire, information inégale sur l'orientation, Parcoursup).
  • D'où les politiques compensatoires : éducation prioritaire (ZEP 1981, REP), bourses, dédoublement des classes de CP/CE1 (2017), ouverture sociale des grandes écoles — aux résultats réels mais modestes.

Méthode : Construire une EC3 sur l'École

Sujet type : « Vous montrerez que l'École peine à assurer l'égalité des chances. »

  • Cadrer : définir égalité des chances, massification, démocratisation.
  • Argument 1 (capital culturel, Bourdieu) + donnée du dossier (écarts de réussite selon la PCS).
  • Argument 2 (choix d'orientation, Boudon ; investissements familiaux) + donnée (orientations à notes égales).
  • Argument 3 (démocratisation ségrégative : filières, genre) + donnée (composition sociale des CPGE).
  • Nuancer en conclusion : massification réelle, politiques compensatoires — mais inégalités déplacées plutôt qu'abolies.

7.4 Bilan

Propriété : L'essentiel du chapitre

  • La massification scolaire est incontestable ; la démocratisation est surtout quantitative — les inégalités se sont déplacées vers les filières et les diplômes (démocratisation ségrégative).
  • Les inégalités de réussite s'expliquent par le capital culturel (Bourdieu), les choix et investissements des familles (Boudon) et les socialisations de genre.
  • L'emprise du diplôme sur l'emploi élève l'enjeu scolaire et nourrit l'inflation des titres.
  • L'idéal méritocratique est ambivalent : principe de justice, il peut aussi légitimer les inégalités quand l'égalité des chances reste formelle.

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