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Érosion, sédimentation et activités humaines

Cours complet · SVT (seconde), chapitre 8 · seconde générale, sciences de la vie et de la Terre

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L'érosion et la sédimentation, étudiées dans les chapitres précédents comme des processus géologiques naturels, ne se déroulent pas dans un monde vide : les sociétés humaines les exploitent, les modifient et en subissent parfois les conséquences. D'un côté, les produits de l'érosion et les roches sédimentaires fournissent des matériaux indispensables à la construction et à l'industrie ; de l'autre, l'agriculture, la déforestation, l'urbanisation et les grands aménagements (barrages, digues) transforment la vitesse et la localisation de l'érosion et de la sédimentation, avec des conséquences parfois risquées pour les populations. Ce chapitre montre comment les sciences de la Terre éclairent des choix de société : exploiter une ressource sans l'épuiser, aménager un territoire sans en aggraver les risques.

8.1 Les roches sédimentaires, une ressource exploitée par les sociétés

8.1.1 Des matériaux indispensables au quotidien

Définition 8.1Ressource géologique

Une ressource géologique est un matériau naturel (roche, minéral, eau) extrait de la Terre et utilisé par les sociétés humaines pour satisfaire leurs besoins : construction, industrie, agriculture, énergie. Les roches sédimentaires (sables, graviers, argiles, calcaires, sel) et les produits meubles issus de l'érosion figurent parmi les ressources géologiques les plus consommées au monde, en masse.

Définition 8.2Granulat

Un granulat est un ensemble de grains minéraux (sables, graviers, galets) de taille comprise entre quelques dixièmes de millimètre et quelques centimètres, utilisé principalement pour fabriquer le béton et les couches de fondation des routes. Les granulats proviennent soit de l'exploitation de roches meubles issues de l'érosion (lits de rivières, dunes, plages, fonds marins peu profonds), soit du concassage de roches dures en carrière.

Exemple 8.3Le sable, ressource la plus consommée après l'eau

Le sable et le gravier sont, en masse, la deuxième ressource naturelle la plus extraite dans le monde après l'eau : plusieurs dizaines de milliards de tonnes sont prélevées chaque année, essentiellement pour produire du béton (chaque mètre cube de béton nécessite environ de sable et de gravier). La demande mondiale a fortement augmenté avec l'urbanisation : construire une ville nécessite des quantités considérables de granulats.

Propriété : D'autres roches sédimentaires exploitées

  • Les argiles, issues de l'altération de roches silicatées puis déposées en milieu calme, sont utilisées pour fabriquer briques, tuiles et céramiques.
  • Le calcaire, roche sédimentaire d'origine biologique ou chimique, est la matière première du ciment (obtenu par cuisson d'un mélange de calcaire et d'argile) et de la chaux ; il sert aussi de pierre de construction.
  • Les sels (évaporites comme le chlorure de sodium ou le gypse), formés par évaporation d'eau de mer ou d'eau salée dans des bassins fermés, sont exploités pour l'alimentation, l'industrie chimique et le bâtiment (plâtre).
  • Certains sables siliceux très purs sont utilisés pour fabriquer le verre et, après purification poussée, le silicium des composants électroniques.
  • Les bassins sédimentaires renferment enfin des ressources énergétiques fossiles (charbon, pétrole, gaz naturel), issues de matière organique enfouie dans les sédiments et transformée sur des millions d'années.
Schéma-bilan des ressources issues de l'érosion et de la sédimentation : chaque type de dépôt (au centre) fournit des matériaux ou de l'énergie exploités par les sociétés (à droite).

8.1.2 Des ressources abondantes mais non renouvelables à l'échelle humaine

Propriété : Une exploitation intensive de ressources non renouvelables

Les roches sédimentaires et les sédiments meubles se forment par des processus (érosion, transport, dépôt, diagenèse) qui prennent des centaines à des millions d'années : à l'échelle du temps humain, ces ressources doivent donc être considérées comme non renouvelables, même si elles sont abondantes à l'échelle de la Terre. Leur rythme d'extraction actuel, dans de nombreuses régions du monde, dépasse largement leur rythme de renouvellement naturel par l'érosion en cours.

Exemple 8.4Une exploitation intensive du sable

Dans certaines régions côtières ou fluviales, l'extraction massive de sable dans les lits de rivières ou sur les plages provoque un déficit sédimentaire local : le sable prélevé n'est pas remplacé assez vite par l'érosion amont. On observe alors l'abaissement du lit des rivières, la déstabilisation des berges et des ponts, l'aggravation de l'érosion des plages voisines et la destruction de milieux naturels. Plusieurs pays ont dû réglementer, voire interdire, certaines extractions de sable marin ou fluvial.

Méthode : Évaluer la durabilité de l'exploitation d'une ressource sédimentaire

Pour juger si l'exploitation d'une ressource (carrière de granulats, extraction de sable) est soutenable, on confronte des documents (cartes, données chiffrées, photographies avant/après) afin de répondre à trois questions :

  • Quel est le rythme d'extraction (quantité prélevée par an) comparé au rythme de renouvellement naturel du dépôt (apport sédimentaire annuel du même secteur) ?
  • L'extraction modifie-t-elle un équilibre local déjà fragile (trait de côte, lit de rivière, nappe phréatique) ?
  • Existe-t-il des ressources de substitution (recyclage de matériaux de construction, granulats issus du concassage de roches dures) permettant de réduire la pression sur le milieu naturel ?

Une exploitation est jugée non durable lorsque le prélèvement dépasse durablement le renouvellement et dégrade un milieu sans solution de substitution.

8.2 Les activités humaines modifient l'érosion et la sédimentation

8.2.1 Une érosion des sols accélérée

Propriété : Facteurs humains d'accélération de l'érosion

Plusieurs activités humaines augmentent la vitesse naturelle de l'érosion des sols :

  • la déforestation : en supprimant le couvert végétal et le réseau de racines qui retiennent le sol, elle expose directement la terre à l'impact des gouttes de pluie et au ruissellement ;
  • l'agriculture intensive : le travail répété du sol (labour), les grandes parcelles sans haies ni bandes enherbées et les sols laissés nus une partie de l'année favorisent le ruissellement et l'entraînement des particules fines ;
  • l'urbanisation : l'imperméabilisation des sols (bitume, béton) empêche l'infiltration de l'eau, qui ruisselle alors plus rapidement et en plus grande quantité vers les points bas, augmentant l'érosion et le risque d'inondation en aval.
Exemple 8.5Sols nus et ruissellement

Un sol agricole labouré et nu en hiver, en pente, laisse ruisseler l'eau de pluie en entraînant la terre fine (limons) : on observe alors des rigoles, voire des ravines, qui déposent la terre arrachée au bas de la pente ou dans les cours d'eau (envasement). À l'inverse, une parcelle couverte d'une culture intermédiaire ou d'une prairie retient le sol grâce aux racines et ralentit le ruissellement.

Sur un versant en pente, un sol nu subit un ruissellement intense qui arrache la terre (à gauche) ; un couvert végétal favorise l'infiltration de l'eau et retient le sol par ses racines, limitant l'érosion (à droite).

8.2.2 Une sédimentation perturbée

Propriété : Les barrages, obstacles au transport sédimentaire

Un barrage interrompt le cours naturel d'une rivière : en ralentissant l'eau dans la retenue, il provoque le dépôt des sédiments transportés (envasement progressif de la retenue, qui perd ainsi une partie de sa capacité au fil des décennies). En aval du barrage, l'eau libérée, désormais peu chargée en sédiments, retrouve une capacité d'érosion accrue : elle érode le lit et les berges qu'elle ne peut plus alimenter en sédiments de remplacement.

Exemple 8.6Barrages et érosion du littoral

De nombreux fleuves alimentent naturellement les plages et deltas situés à leur embouchure en sédiments arrachés en amont. Lorsque des barrages retiennent une grande partie de cette charge sédimentaire, l'apport de sable et de galets au littoral diminue fortement : les courants marins continuent d'éroder la côte, mais celle-ci n'est plus réalimentée en sédiments, ce qui accélère son recul.

8.3 Risques liés à l'érosion et prévention

8.3.1 Identifier un risque

Définition 8.7Aléa, enjeu et risque

Un aléa est un phénomène naturel potentiellement dangereux (glissement de terrain, coulée de boue, recul d'une falaise). Un enjeu est ce qui pourrait être affecté par cet aléa (habitations, routes, population). Le risque résulte de la rencontre d'un aléa et d'un enjeu : un aléa fort dans une zone sans enjeu ne constitue pas un risque, alors qu'un aléa modéré proche d'une zone habitée en constitue un.

Le risque comme intersection de l'aléa et de l'enjeu. C'est ce croisement qui explique qu'un même phénomène naturel soit anodin ici et redoutable ailleurs : ce n'est pas l'aléa qui change, mais ce qu'il menace.

Propriété : Principaux risques liés à l'érosion

  • Les glissements de terrain : déplacement d'une masse de terrain le long d'une pente, souvent favorisé par une forte pente, une saturation en eau du sol et l'absence de végétation qui stabilise le terrain.
  • Les coulées de boue : écoulement rapide d'un mélange de terre et d'eau, déclenché par de fortes précipitations sur un sol dénudé ou en pente, particulièrement dangereux car soudain.
  • Le recul du trait de côte : érosion progressive (ou parfois brutale, lors de tempêtes) du littoral, qui menace les constructions et les infrastructures côtières ; il est aggravé par la réduction des apports sédimentaires (barrages) et l'élévation du niveau marin.
  • L'envasement : accumulation excessive de sédiments fins dans un cours d'eau, une retenue ou un port, qui réduit leur capacité et peut aggraver les inondations en amont.

Méthode : Analyser des documents pour évaluer un risque d'érosion

Face à un ensemble de documents (carte topographique, photographies aériennes datées, données de précipitations, occupation des sols), on procède ainsi pour évaluer un risque lié à l'érosion :

  • Repérer l'aléa : la nature du phénomène (glissement, coulée de boue, recul de falaise), sa localisation et, si possible, sa vitesse ou sa fréquence (comparaison de photographies à des dates différentes, mesure d'un recul en mètres par an).
  • Repérer les enjeux exposés : bâtiments, routes, population, dans la zone concernée par l'aléa.
  • Identifier les facteurs aggravants liés aux activités humaines : déforestation, urbanisation, suppression de la végétation stabilisatrice, absence d'apport sédimentaire.
  • Conclure sur le niveau de risque en croisant intensité de l'aléa et importance des enjeux.
Exemple 8.8Recul d'une falaise littorale

Sur une falaise sédimentaire (craie, calcaire tendre ou sable induré), la comparaison de photographies aériennes prises à vingt ans d'intervalle peut révéler un recul du sommet de la falaise de plusieurs dizaines de mètres, soit un rythme moyen de l'ordre de à quelques mètres par an. Une habitation construite en haut de falaise, initialement éloignée du bord, peut ainsi se retrouver menacée en quelques décennies : l'aléa (recul de la falaise) n'a pas changé de nature, mais le rapprochement de l'enjeu (la maison) transforme progressivement la situation en risque avéré.

8.3.2 Prévenir et aménager

Méthode : Proposer un aménagement adapté à un risque d'érosion

Pour proposer un aménagement pertinent face à un risque d'érosion identifié, on relie la cause du phénomène à une solution qui agit sur cette cause :

  • si la cause est un sol nu en pente exposé au ruissellement : végétaliser (couvert végétal, haies, bandes enherbées) ou aménager des terrasses qui réduisent la pente effective et ralentissent l'eau ;
  • si la cause est le choc des vagues sur une côte meuble : construire des enrochements ou des digues qui dissipent l'énergie des vagues avant qu'elles n'atteignent la côte ;
  • si la cause est un déficit d'apport sédimentaire en aval d'un barrage ou d'une extraction : limiter les prélèvements, ou réalimenter artificiellement le littoral en sable (rechargement de plage) ;
  • si la cause est l'imperméabilisation urbaine : multiplier les surfaces perméables et les zones de rétention d'eau pour limiter le ruissellement.

Un aménagement efficace agit sur la cause du déséquilibre ; un aménagement qui ne fait que déplacer le problème (par exemple un enrochement qui aggrave l'érosion de la plage voisine) doit être évité.

Schéma simplifié d'un versant agricole avant et après aménagement : la mise en terrasses et la végétalisation ralentissent le ruissellement et limitent le ravinement.
Exemple 8.9Trois aménagements concrets
  • Des ganivelles (barrières en bois) et une végétation de dunes (oyats) sont installées sur le littoral pour fixer le sable et limiter l'érosion éolienne des dunes.
  • Des terrasses agricoles, construites sur des versants pentus depuis l'Antiquité dans de nombreuses régions du monde, réduisent la pente effective des parcelles cultivées et retiennent la terre.
  • Des enrochements (blocs rocheux massifs) protègent localement un pied de falaise ou une digue de l'attaque directe des vagues, en dissipant leur énergie.

8.4 Vers une gestion durable des ressources et des risques

Définition 8.10Développement durable

Le développement durable est un mode de développement qui cherche à répondre aux besoins des générations présentes (économiques, sociaux) sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs, en particulier en préservant les ressources naturelles et les milieux.

Propriété : Concilier exploitation et préservation

La gestion durable des ressources sédimentaires et des risques d'érosion repose sur plusieurs leviers complémentaires :

  • réduire la consommation de granulats neufs en recyclant les matériaux de construction (béton concassé, gravats) ;
  • réglementer les prélèvements (quotas d'extraction de sable, zones protégées) pour ne pas dépasser le rythme de renouvellement naturel ;
  • anticiper les risques par la connaissance scientifique du milieu (cartes d'aléas, suivi du recul du trait de côte) plutôt que de subir les événements ;
  • adapter les aménagements et l'urbanisation aux dynamiques naturelles (interdiction de construire dans les zones les plus exposées) plutôt que de chercher systématiquement à s'opposer à l'érosion.

8.5 Ce qu'il faut retenir

Propriété : Synthèse du chapitre

  • Les roches sédimentaires et les produits de l'érosion (sables, graviers, argiles, calcaires, sels) sont des ressources massivement exploitées par les sociétés humaines (béton, ciment, briques, verre) : abondantes à l'échelle de la Terre, elles sont non renouvelables à l'échelle du temps humain.
  • Les activités humaines accélèrent l'érosion des sols (déforestation, agriculture intensive, urbanisation) et modifient la sédimentation (les barrages piègent les sédiments en amont et privent l'aval, dont le littoral, de leur réalimentation).
  • Le risque résulte de la rencontre d'un aléa (glissement de terrain, coulée de boue, recul du trait de côte, envasement) et d'un enjeu exposé.
  • Des aménagements adaptés à la cause du phénomène (végétalisation, terrasses, enrochements, rechargement en sable, limitation de l'imperméabilisation) permettent de prévenir ou de limiter ces risques.
  • Une gestion durable concilie exploitation des ressources et préservation des milieux : recyclage, réglementation des prélèvements, anticipation des risques et adaptation de l'urbanisation, dans une logique de développement durable.

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