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Brassage génétique et diversité des individus

Cours complet · SVT (terminale), chapitre 1 · terminale, spécialité sciences de la vie et de la Terre

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La reproduction sexuée associe deux mécanismes complémentaires : la méiose, qui produit des cellules reproductrices (gamètes) génétiquement uniques, et la fécondation, qui réunit deux gamètes pour former un nouvel individu. Ces deux étapes assurent à la fois la stabilité du caryotype de l'espèce au fil des générations et l'extraordinaire diversité génétique des individus issus d'une même reproduction. Ce chapitre décrit les sources de cette diversité, les conséquences des anomalies du déroulement de la méiose, et les méthodes d'analyse des croisements qui permettent de localiser les gènes et de prévoir la descendance.

1.1 La méiose : de la cellule diploïde aux gamètes haploïdes

1.1.1 Vue d'ensemble

Chez les organismes diploïdes, les cellules somatiques possèdent leurs chromosomes par paires : chaque paire est constituée de deux chromosomes homologues, l'un d'origine paternelle, l'autre d'origine maternelle, portant les mêmes gènes aux mêmes locus mais éventuellement sous des versions (allèles) différentes. La formule chromosomique est notée ; dans l'espèce humaine, , soit paires.

Définition 1.1Méiose

La méiose est une succession de deux divisions cellulaires (division I dite réductionnelle, puis division II dite équationnelle) précédées d'une seule réplication de l'ADN. À partir d'une cellule diploïde ( chromosomes à deux chromatides après réplication), elle produit quatre cellules haploïdes ( chromosomes à une chromatide) : les gamètes ou les cellules à l'origine des gamètes.

Définition 1.2Cellule haploïde et cellule diploïde

Une cellule diploïde () possède ses chromosomes par paires d'homologues. Une cellule haploïde () ne possède qu'un seul exemplaire de chaque chromosome. La méiose réalise le passage de l'état diploïde à l'état haploïde.

1.1.2 La division réductionnelle (méiose I)

Avant la méiose, l'ADN est répliqué pendant la phase S : chaque chromosome est alors constitué de deux chromatides sœurs identiques, reliées par un centromère. La cellule contient donc chromosomes à deux chromatides.

Proposition 1.3Les quatre phases de la méiose I

Prophase I : les chromosomes se condensent ; les chromosomes homologues s'apparient étroitement deux à deux, formant des bivalents (ou tétrades). C'est au cours de cet appariement que peuvent se produire les enjambements (crossing-over).
Métaphase I : les bivalents se placent sur le plan équatorial de la cellule, chaque chromosome d'une paire étant tourné vers un pôle. La répartition des chromosomes paternels et maternels de part et d'autre du plan se fait au hasard, indépendamment pour chaque paire.
Anaphase I : les chromosomes homologues de chaque bivalent se séparent et migrent vers les pôles opposés. Les deux chromatides de chaque chromosome restent solidaires. C'est cette séparation qui réduit le nombre de chromosomes de moitié.
Télophase I : deux cellules filles se forment, chacune contenant chromosomes à deux chromatides.

Exemple 1.4Bilan quantitatif de la méiose I

Pour une cellule humaine (), la méiose I produit deux cellules à chromosomes, chacun encore constitué de deux chromatides. Le passage de à chromosomes justifie le nom de division réductionnelle.

1.1.3 La division équationnelle (méiose II)

La méiose II ressemble à une mitose, mais elle s'effectue sur des cellules haploïdes et sans réplication préalable de l'ADN.

Proposition 1.5Les quatre phases de la méiose II

Prophase II : recondensation des chromosomes à deux chromatides.
Métaphase II : les chromosomes s'alignent sur le plan équatorial.
Anaphase II : les deux chromatides sœurs de chaque chromosome se séparent et migrent vers les pôles opposés.
Télophase II : formation de quatre cellules haploïdes à chromosomes à une chromatide.

Méthode : Suivre la quantité d'ADN au cours de la méiose

Pour interpréter un graphique de la quantité d'ADN par cellule au cours du temps :

  • la phase S (réplication) fait doubler la quantité d'ADN (de à ) ;
  • l'anaphase I (séparation des homologues) fait passer chaque cellule de à ;
  • l'anaphase II (séparation des chromatides) fait passer chaque cellule de à .

Repère donc deux paliers de division successifs, alors que pour une mitose il n'y en aurait qu'un seul.

1.2 Le brassage génétique au cours de la méiose

La diversité des gamètes produits par un même individu provient de deux mécanismes complémentaires : le brassage interchromosomique et le brassage intrachromosomique.

1.2.1 Le brassage interchromosomique

Définition 1.6Brassage interchromosomique

Le brassage interchromosomique est le mélange des allèles portés par des chromosomes différents, dû à la répartition aléatoire et indépendante des chromosomes homologues de chaque paire lors de l'anaphase I (orientation au hasard en métaphase I).

Proposition 1.7Nombre de combinaisons issues du brassage interchromosomique

Pour paires de chromosomes, chacune pouvant s'orienter de deux manières indépendantes, le nombre de combinaisons chromosomiques possibles dans les gamètes est :

Dans l'espèce humaine, avec , cela représente , soit environ millions de combinaisons différentes pour un seul individu.

Exemple 1.8Cas d'une cellule à deux paires de chromosomes

Soit une cellule , avec deux paires de chromosomes hétérozygotes : la paire 1 porte les allèles et , la paire 2 porte les allèles et . La répartition indépendante des homologues produit types de gamètes en proportions égales : , , , (soit de chaque).

1.2.2 Le brassage intrachromosomique

Définition 1.9Crossing-over et brassage intrachromosomique

Au cours de la prophase I, lorsque les chromosomes homologues sont appariés, des enjambements (crossing-over) peuvent se produire : des segments de chromatides homologues s'échangent au niveau de points de contact appelés chiasmas. Il en résulte des chromatides recombinées portant de nouvelles associations d'allèles de gènes situés sur un même chromosome : c'est le brassage intrachromosomique.

Proposition 1.10Gamètes parentaux et gamètes recombinés

Pour deux gènes liés (situés sur le même chromosome) :

  • les gamètes parentaux (ou de type parental) conservent les associations d'allèles présentes chez les parents ; ils sont majoritaires ;
  • les gamètes recombinés portent de nouvelles associations issues du crossing-over ; ils sont minoritaires.

La fréquence des gamètes recombinés est d'autant plus élevée que les deux gènes sont éloignés l'un de l'autre sur le chromosome.

Méthode : Reconnaître un brassage intra- ou interchromosomique

Devant les résultats d'un test-cross :

  • 4 phénotypes en proportions égales ( chacun) : les deux gènes sont sur des chromosomes différents, seul intervient le brassage interchromosomique ;
  • 4 phénotypes en proportions inégales (deux types majoritaires parentaux et deux types minoritaires recombinés) : les deux gènes sont liés (même chromosome), il y a eu brassage intrachromosomique par crossing-over.

1.3 La fécondation : amplification du brassage

Définition 1.11Fécondation

La fécondation est la fusion d'un gamète mâle et d'un gamète femelle, tous deux haploïdes, formant une cellule-œuf (zygote) diploïde. Elle rétablit la diploïdie et réunit deux lots de chromosomes d'origines différentes.

Proposition 1.12Brassage de la fécondation

La fécondation associe au hasard deux gamètes parmi l'immense diversité produite par la méiose de chacun des deux parents. Le nombre de zygotes génétiquement différents possibles est donc le produit du nombre de gamètes possibles de chaque parent :

(sans même compter les recombinaisons intrachromosomiques). Pour l'espèce humaine, cela dépasse combinaisons, ce qui explique l'unicité génétique de chaque individu (hors vrais jumeaux).

1.4 La stabilité du caryotype au fil des générations

◆Théorème 1.13Cycle de développement et conservation du caryotype

Dans un cycle de reproduction sexuée, la méiose (qui divise par deux le nombre de chromosomes : ) et la fécondation (qui le double : ) sont deux mécanismes antagonistes et complémentaires. Leur alternance maintient constant le nombre de chromosomes caractéristique de l'espèce d'une génération à la suivante.

Exemple 1.14Alternance des phases

Chez les animaux, la phase diploïde domine : l'organisme adulte est diploïde et seuls les gamètes sont haploïdes. La méiose précède immédiatement la formation des gamètes, et la fécondation rétablit aussitôt la diploïdie. La constance de d'une génération à l'autre est ainsi garantie.

1.5 Les anomalies de la méiose

Définition 1.15Non-disjonction

Une non-disjonction est une anomalie de la répartition des chromosomes au cours d'une division de méiose : deux chromosomes homologues ne se séparent pas en anaphase I, ou deux chromatides sœurs ne se séparent pas en anaphase II. Il en résulte des gamètes présentant un nombre anormal de chromosomes ( ou ).

Proposition 1.16Conséquences des non-disjonctions

Après fécondation par un gamète normal (), un gamète donne un zygote trisomique () et un gamète donne un zygote monosomique (). Ces anomalies du nombre de chromosomes sont des aneuploïdies.

Exemple 1.17Trisomie 21

La trisomie 21 (syndrome de Down) résulte le plus souvent d'une non-disjonction de la paire de chromosomes 21 lors de la méiose d'un des parents. Le zygote possède alors trois chromosomes 21, soit un caryotype à chromosomes (). Le risque augmente notamment avec l'âge maternel.

Exemple 1.18Anomalies et duplications géniques

Certaines anomalies de la méiose, comme des crossing-over inégaux entre chromatides mal appariées, entraînent des duplications de gènes. Répétées au cours de l'évolution, elles sont à l'origine de familles multigéniques (par exemple les gènes des globines), source de diversification du génome.

1.6 Analyse de croisements

1.6.1 Principes et vocabulaire

Définition 1.19Génotype et phénotype

Le génotype est l'ensemble des allèles d'un individu ; il se note entre parenthèses ou crochets, par exemple pour un hétérozygote. Le phénotype est l'ensemble des caractères observables, noté entre crochets, par exemple . Un allèle est dominant s'il s'exprime à l'état hétérozygote, récessif s'il ne s'exprime qu'à l'état homozygote.

Définition 1.20Test-cross (croisement-test)

Un test-cross est le croisement d'un individu de génotype inconnu (mais de phénotype dominant) avec un individu homozygote récessif pour tous les gènes étudiés. Comme le partenaire récessif ne produit qu'un seul type de gamète, les phénotypes de la descendance révèlent directement la nature et les proportions des gamètes produits par l'individu testé.

Méthode : Construire et exploiter un échiquier de croisement

  • Déterminer les gamètes produits par chaque parent (un gamète = un allèle de chaque gène).
  • Disposer les gamètes d'un parent en lignes, ceux de l'autre en colonnes : c'est l'échiquier de croisement (tableau de Punnett).
  • Combiner chaque ligne avec chaque colonne pour obtenir les génotypes de la descendance.
  • Traduire les génotypes en phénotypes selon les relations de dominance.
  • Dénombrer chaque phénotype pour obtenir les proportions attendues.
Exemple 1.21Échiquier d'un test-cross dihybride, gènes indépendants

Individu testé croisé avec . L'individu testé produit quatre gamètes équiprobables (, , , , soit chacun) ; le récessif ne produit que . La descendance comporte donc quatre phénotypes en proportions égales : , , , , chacun à . Cette équirépartition signe des gènes indépendants.

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