Gaz parfait, énergie interne et phases condensées
Cours complet · thermodynamique (MPSI), chapitre 2 · CPGE MPSI (1re année)
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Pour décrire quantitativement un système, il faut un modèle. Le plus simple et le plus fécond est le gaz parfait : des molécules ponctuelles, sans interaction, en agitation désordonnée. Ce modèle relie le monde microscopique (vitesses des molécules) au monde macroscopique (pression, température) et conduit à l'équation d'état . On introduit ensuite l'énergie interne et la capacité thermique, puis le cas des phases condensées (liquides, solides), avant de situer le gaz parfait comme limite du gaz réel.
2.1 Le modèle du gaz parfait et la vitesse quadratique moyenne
Dans le modèle du gaz parfait, les molécules sont ponctuelles et sans interaction entre elles (hors chocs). Leur agitation est homogène (mêmes propriétés en tout point) et isotrope (aucune direction privilégiée) : la vitesse moyenne vectorielle est nulle, , alors que la vitesse quadratique moyenne ne l'est pas.
La vitesse quadratique moyenne est
2.2 La température cinétique
La température mesure l'énergie cinétique moyenne d'agitation. Pour un gaz parfait monoatomique, l'énergie cinétique moyenne d'une molécule est
(). On en déduit ( : masse molaire).
Pour le diazote () à : — quelques centaines de , comparable à la vitesse du son.
Capacité numérique : Vitesse quadratique moyenne
import numpy as np
kB, NA = 1.38e-23, 6.02e23
T = 300.0
gaz = [("He", 4e-3), ("N2", 28e-3), ("O2", 32e-3)] # nom, masse molaire (kg/mol)
for nom, M in gaz:
m = M / NA # masse d'une molecule
u = np.sqrt(3 * kB * T / m) # vitesse quadratique moyenne
print(nom, ": u =", round(u), "m/s a", int(T), "K")
Les molécules légères (He) vont plus vite : .
2.3 L'équation d'état du gaz parfait
Pour moles de gaz parfait,
( en kelvins.) De façon équivalente, avec le nombre de molécules.
À température fixée, : c'est la loi de Boyle-Mariotte, dont les isothermes sont des hyperboles dans le diagramme de Clapeyron .
2.4 Énergie interne et capacité thermique
L'énergie interne d'un système est la somme des énergies cinétiques (agitation) et potentielles (interactions) microscopiques. C'est une grandeur extensive.
Le gaz parfait étant sans interaction, se réduit à l'énergie cinétique d'agitation et ne dépend que de la température (première loi de Joule) :
Pour un gaz parfait, (valable quelle que soit la transformation, car ne dépend que de ).
2.5 Les phases condensées
Un liquide ou un solide est modélisé comme incompressible ( indépendant de ) et indilatable ( indépendant de ) : son volume est quasi constant. Son énergie interne ne dépend que de la température :
où est la capacité thermique massique. Pour l'eau liquide, .
2.6 Du gaz réel au gaz parfait
Un gaz réel s'écarte du modèle parfait à haute pression et basse température (les interactions et la taille des molécules ne sont plus négligeables). Le gaz parfait est la limite du gaz réel quand .
- Dans le diagramme de Clapeyron , les isothermes du gaz parfait sont des hyperboles ; celles du gaz réel s'en écartent.
- Dans le diagramme d'Amagat , le gaz parfait donne des droites horizontales ( à fixé) ; le gaz réel s'en écarte d'autant plus que est grand.
Dans le diagramme de Clapeyron, les isothermes du gaz parfait sont des hyperboles ; dans le diagramme d'Amagat, le gaz parfait donne une droite horizontale , tandis que le gaz réel s'en écarte — mais toutes les courbes convergent vers quand : c'est la limite du gaz parfait.
<i class="fa-solid fa-dumbbell mr-2" style="color:#2E7559"></i>2.7 Exercices résolus
Calculer la vitesse quadratique moyenne du dioxygène () à .
Démonstration
.
Quel volume occupe de gaz parfait à et ?
Démonstration
.
On chauffe de gaz parfait monoatomique de à . Calculer .
Démonstration
. (Indépendant de la transformation : ne dépend que de .)
Donner et (relation de Mayer, chapitre 5) pour un gaz parfait diatomique, puis .
Démonstration
Diatomique : , , .
Quelle énergie faut-il pour porter d'eau de à () ?
Démonstration
(eau : ). .
À quelle température l'énergie cinétique moyenne d'une molécule de gaz parfait monoatomique vaut-elle ?
Démonstration
.
Un gaz parfait à occupe . On le comprime à température constante jusqu'à . Quelle est ?
Démonstration
À constant, : . Comprimer de moitié quadruple ici la pression.
Sur un diagramme d'Amagat, comment reconnaît-on qu'un gaz se comporte comme un gaz parfait, et dans quelle limite ?
Démonstration
Dans le diagramme d'Amagat à fixé, le gaz parfait donne une droite horizontale (). Un gaz réel s'en écarte ; mais toutes les isothermes convergent vers la même valeur quand : c'est la limite du gaz parfait (basse pression), où les interactions deviennent négligeables.
2.8 Synthèse du chapitre
- Gaz parfait : molécules ponctuelles sans interaction ; agitation homogène et isotrope ; .
- Température cinétique (mono) : , d'où .
- Équation d'état : (). Isothermes .
- Énergie interne GP : (loi de Joule), (mono), (diato) ; , .
- Phase condensée incompressible/indilatable : cte, ().
- Gaz réel gaz parfait quand (diagrammes de Clapeyron et d'Amagat).
2.9 Exercices d'entraînement
- () Vitesse quadratique moyenne de l'hélium () à .
- () Pression de de gaz parfait dans à .
- () pour de gaz parfait diatomique chauffé de à .
- () Comparer les vitesses quadratiques moyennes de et de à la même température.
- () Énergie pour chauffer d'aluminium de à ().
- () Montrer que la masse volumique d'un gaz parfait vaut .
- () Tracer l'allure des isothermes d'un gaz parfait dans le diagramme de Clapeyron pour trois températures.
- () Pourquoi même pour une transformation qui n'est pas isochore (gaz parfait) ?
- () À l'aide de l'encadré numérique, comparer à et à pour le diazote.
- () Citer deux situations où un gaz réel s'écarte nettement du modèle parfait.
- () Estimer la quantité de matière d'air dans une pièce de aux conditions usuelles.
- () Le modèle de van der Waals corrige le gaz parfait par un terme de volume propre et un terme d'interaction. Discuter qualitativement le signe des écarts attendus sur un diagramme d'Amagat.
2.10 Problèmes contextualisés
L'équation d'état et l'énergie interne du gaz parfait régissent une foule d'objets : pneus, bouteilles de plongée, montgolfières, airbags, ballons-sondes, chauffe-eau.
On gonfle un pneu à froid (, soit ) à une pression absolue . Après autoroute, l'air du pneu atteint (). Le volume varie peu.
- À volume et quantité constants, exprimer en fonction de , , .
- Calculer . De combien la pression augmente-t-elle ?
- Pourquoi recommande-t-on de vérifier la pression « à froid » ?
Démonstration
1. à fixés , donc .
2. : environ .
3. La pression dépend de la température : mesurée à chaud, elle paraît trop élevée et l'on dégonflerait à tort. La référence constructeur est donnée à froid.
Une bouteille de contient de l'air comprimé à (on assimile l'air à un gaz parfait, température constante).
- Quel volume d'air, ramené à la pression de surface (), la bouteille contient-elle ?
- À de profondeur (pression ), un plongeur consomme l'air à (déjà compté à cette pression). Estimer son autonomie.
- Pourquoi consomme-t-on plus vite en profondeur ?
Démonstration
1. À constant, : d'air utilisable.
2. Autonomie .
3. Le détendeur fournit l'air à la pression ambiante : à , chaque inspiration contient fois plus de molécules qu'en surface. La consommation (en litres ramenés à la profondeur, donc en moles) triple.
Une montgolfière de volume contient de l'air chauffé. L'air extérieur est à (); on chauffe l'air intérieur à . La pression est la même dedans/dehors. On rappelle .
- Calculer la masse volumique de l'air chaud intérieur.
- En déduire la force ascensionnelle (poids d'air déplacé moins poids de l'air chaud), en masse soulevable.
- Pourquoi un brûleur, et pas un simple ballon fermé d'air chaud ?
Démonstration
1. À pression égale, : .
2. Masse soulevable : de quoi soulever la nacelle et des passagers.
3. L'air chaud se refroidit par échange avec l'enveloppe ; le brûleur le maintient chaud (donc peu dense). Un ballon fermé refroidirait et perdrait sa portance.
Un airbag de volume doit être gonflé en à et par un gaz généré chimiquement.
- Quelle quantité de matière (moles) de gaz faut-il produire ?
- En quoi la rapidité de la réaction est-elle cruciale ?
- Pourquoi le gaz utilisé (souvent ) doit-il être peu toxique ?
Démonstration
1. .
2. Lors d'un choc, l'airbag doit être plein avant que la tête ne l'atteigne (quelques dizaines de ) : la réaction (décomposition explosive d'azoture) libère les moles quasi instantanément.
3. Le gaz est en contact direct avec les occupants : (composant majeur de l'air) est inoffensif, contrairement à d'autres produits de réaction qu'on neutralise.
Pour enrichir l'uranium, on exploite que les molécules légères vont plus vite (). On utilise l'hexafluorure : , .
- Calculer le rapport des vitesses quadratiques moyennes des deux molécules.
- Commenter : pourquoi l'enrichissement nécessite-t-il des milliers d'étages ?
- Pourquoi utiliser (gazeux) et non l'uranium métallique ?
Démonstration
1. : à peine d'écart.
2. Chaque étage ne sépare donc qu'infinitésimalement les deux isotopes : il faut cascader des milliers d'étages pour passer de à quelques pourcents de .
3. La séparation par les vitesses exige un gaz ; est le seul composé d'uranium gazeux à température modérée, d'où son emploi.
Un ballon-sonde est lâché au sol (, , ). À d'altitude, et .
- Calculer le volume du ballon à cette altitude (quantité constante).
- Pourquoi le lâche-t-on à moitié dégonflé au sol ?
- Que finit-il par arriver au ballon ?
Démonstration
1. .
2. Le volume est multiplié par : lâché plein, il éclaterait tout de suite. On le gonfle peu pour qu'il puisse se dilater en montant.
3. Arrivé à son volume maximal, il éclate ; la nacelle redescend sous parachute.
Un chauffe-eau contient d'eau à , qu'il porte à (, puissance ).
- Calculer l'énergie nécessaire (phase condensée, ).
- En déduire la durée de chauffe (sans pertes).
- Pourquoi ce calcul sous-estime-t-il la consommation réelle ?
Démonstration
1. : ().
2. .
3. On a négligé les pertes thermiques (le ballon se refroidit vers la pièce pendant et après la chauffe) : la consommation réelle est plus élevée, d'où l'importance de l'isolation du ballon.