anglais LV A et LV B (prépas ECG et ECT) · Chapitre 5 · Exercice de TD
Une version au format d'Ecricome
La version : comprendre l'anglais, écrire le français · niveau 3 (difficile)
Énoncé
Traduire en français cet extrait d'« Eveline », nouvelle de James Joyce parue dans Dubliners (1914 ; domaine public, Project Gutenberg, numéro 2814). Il compte 205 mots, la longueur d'une version d'Ecricome. Eveline, une jeune Dublinoise, est sur le point de quitter sa famille. She sat at the window watching the evening invade the avenue. Her head was leaned against the window curtains and in her nostrils was the odour of dusty cretonne. She was tired. Few people passed. The man out of the last house passed on his way home; she heard his footsteps clacking along the concrete pavement and afterwards crunching on the cinder path before the new red houses. One time there used to be a field there in which they used to play every evening with other people's children. Then a man from Belfast bought the field and built houses in it — not like their little brown houses but bright brick houses with shining roofs. The children of the avenue used to play together in that field — the Devines, the Waters, the Dunns, little Keogh the cripple, she and her brothers and sisters. Ernest, however, never played: he was too grown up. Her father used often to hunt them in out of the field with his blackthorn stick; but usually little Keogh used to keep nix and call out when he saw her father coming. Still they seemed to have been rather happy then. Her father was not so bad then; and besides, her mother was alive.
Corrigé
Proposition : « Assise à la fenêtre, elle regardait le soir envahir l'avenue. Elle avait la tête appuyée contre les rideaux, et l'odeur de la cretonne poussiéreuse lui emplissait les narines. Elle était lasse.
Il passait peu de monde. L'homme de la dernière maison passa en rentrant chez lui ; elle entendit ses pas claquer sur le trottoir de ciment, puis crisser sur l'allée de mâchefer, devant les nouvelles maisons rouges. Autrefois, il y avait là un champ où ils venaient jouer tous les soirs avec les enfants des autres. Puis un homme de Belfast avait acheté le champ et y avait bâti des maisons — non pas des petites maisons brunes comme les leurs, mais des maisons de brique claire aux toits luisants. Les enfants de l'avenue jouaient ensemble dans ce champ : les Devine, les Waters, les Dunn, le petit Keogh, l'infirme, elle-même, ses frères et ses sœurs. Ernest, lui, ne jouait jamais : il était trop grand. Son père venait souvent les chasser du champ avec sa canne de prunellier ; mais d'ordinaire le petit Keogh faisait le guet, et criait quand il voyait arriver son père. Ils semblaient pourtant avoir été plutôt heureux, en ce temps-là. Son père n'était pas encore si dur ; et puis, sa mère était en vie. »
Les temps. Le présent de la scène (Eveline à la fenêtre) est à l'imparfait et au passé simple (« regardait », « passa », « entendit ») ; le souvenir, antérieur, passe à l'imparfait d'habitude pour les used to (« jouaient », « venait les chasser », « faisait le guet ») et au plus-que-parfait pour les deux faits ponctuels du passé lointain (bought, built : « avait acheté », « avait bâti »). Le passé simple « acheta » serait possible, mais brouillerait les deux plans temporels que Joyce distingue.
Les calques évités. She sat at the window watching : un participe passé et un imparfait (« assise…, elle regardait ») au lieu de « elle s'assit, regardant ». Her head was leaned : l'article et non le possessif (« elle avait la tête appuyée »). In her nostrils was the odour : l'inversion anglaise devient une modulation (« l'odeur… lui emplissait les narines »). Few people passed : tournure impersonnelle (« il passait peu de monde »). Footsteps clacking… crunching : après un verbe de perception, l'infinitif (« entendit ses pas claquer… puis crisser »).
Le lexique. To hunt them in out of the field : les faire rentrer en les chassant ; « les chasser du champ » suffit, le contexte dit le reste. To keep nix est un mot d'argot enfantin (faire le guet) : Joyce le met en italique pour signaler qu'il cite la langue des enfants ; « faisait le guet » donne le sens, et l'on ne cherche pas d'argot français qui dépayserait le lecteur. Still en tête de phrase : « pourtant », non « encore ». Too grown up : « trop grand », non « trop adulte ». Blackthorn : le prunellier (ou « épine noire »). Les noms de famille ne prennent pas de pluriel en français : « les Devine », « les Dunn » ; pour the Waters, le nom lui-même peut être Waters, on le garde tel quel. Not so bad : « pas encore si dur » étoffe le sens (le père est devenu pire depuis), que then implique.
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