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chimie (PCSI) · Chapitre 1 · Exercice de TD

Problème — Le procédé Haber-Bosch : optimiser l'état final

Description d'un système et évolution vers l'état final · E. Influence des paramètres et optimisation d'un procédé · niveau 3 (difficile)

Énoncé

Le procédé Haber-Bosch synthétise l'ammoniac selon ; les gaz sont parfaits. Les constantes d'équilibre, arrondies d'après les tables thermodynamiques, valent , et . On note la fraction molaire d'ammoniac à l'équilibre.

  1. Exprimer en fonction des quantités de matière, de , de et de . Comment varie avec à composition fixée ? En déduire le sens d'évolution d'un mélange à l'équilibre que l'on comprime à température constante.
  2. Les gaz recyclés accumulent de l'argon et du méthane, inertes. Prévoir l'effet de l'ajout d'un gaz inerte à un mélange à l'équilibre : (a) à et fixées ; (b) à et fixés.
  3. On alimente le réacteur avec 1 mol de diazote et 3 mol de dihydrogène, à 723 K. (a) Écrire l'équation vérifiée par l'avancement à l'équilibre. (b) En supposant la réaction peu avancée, montrer que . Calculer cette valeur à 1 bar et à 200 bar ; conclure sur la validité de l'hypothèse dans chaque cas. (c) Capacité numérique. Écrire, avec la dichotomie de l'exercice 6, une fonction qui calcule l'avancement et à l'équilibre, et l'appliquer à 100, 200 et 300 bar. Vérifier le résultat à 200 bar en remarquant que l'équation du (a) se ramène, pour cette alimentation, à une équation du second degré.
  4. À 200 bar et 723 K, l'alimentation contient en outre en moles d'argon. Calculer l'avancement et ; comparer au 3)(c).
  5. On alimente avec 1 mol de diazote et mol de dihydrogène, à et fixées. (a) Montrer qu'à l'équilibre et . (b) Montrer qu'à somme fixée, le produit (avec et ) est maximal pour , et vaut alors . (c) En déduire que est maximale lorsque . Vérifier numériquement pour , et à 200 bar et 723 K. (d) Dans l'estérification de l'acide éthanoïque par l'éthanol (constante , quotient écrit en quantités de matière), un excès d'alcool fait passer le rendement par rapport à l'acide de (une mole d'alcool par mole d'acide) à (trois moles). Concilier ce résultat avec celui du (c).
  6. Calculer à 200 bar, à 673 K puis à 773 K, et comparer à 723 K. En déduire, par la règle qualitative du cours, si la synthèse est endothermique ou exothermique. Classer les choix du procédé (pression, purge des inertes, alimentation, température) en « action sur » et « action sur ». L'industrie travaille vers 450 °C : pourquoi, en une phrase ?

Corrigé

1) L'effet de la pression. Chaque activité vaut , donc L'exposant de est , avec : à composition fixée, est proportionnel à . Comprimer à température constante un mélange à l'équilibre diminue sans changer : , la réaction évolue dans le sens direct, vers l'ammoniac — d'où les hautes pressions du procédé. 2) Les gaz inertes. (a) À et fixées, l'ajout d'inerte augmente sans changer les des espèces qui réagissent : , proportionnel à , augmente ; , la réaction recule. L'inerte dilue les réactifs comme une baisse de pression. (b) À et fixés, chaque pression partielle est inchangée : ne change pas, et l'inerte est sans effet. L'usine fonctionnant à pression imposée, les inertes nuisent : on en purge une partie en continu.

3)(a) L'équation de l'avancement. Tableau d'avancement : , , , , avec . En reportant : Et .

3)(b) L'hypothèse « peu avancée ». Si , on remplace par et par : , d'où , et : À 1 bar, et : vérification, , l'hypothèse est cohérente. À 200 bar, la formule donne , soit : ce n'est pas petit devant 1. L'hypothèse se réfute d'elle-même : il faut résoudre l'équation exacte.

3)(c) La résolution numérique. On reprend la dichotomie dicho de l'exercice 6 ; seule la fonction change, avec les termes en et en . Sa croissance stricte, démontrée à l'exercice 5 (question 5), garantit la convergence. La même fonction servira aux questions 4, 5 et 6.

from math import log
# dicho(g, a, b) : la dichotomie de l'exercice 6

def haber(K, P, r=3, n_ar=0.0):
    # N2 + 3 H2 = 2 NH3, gaz parfaits a T et P fixees
    def g(xi):                       # ln Qr - ln K, croissante
        nt = 1 + r + n_ar - 2*xi
        return (2*log(2*xi) + 2*log(nt) - log(1 - xi)
                - 3*log(r - 3*xi) - 2*log(P) - log(K))
    xi = dicho(g, 0.0, min(1.0, r / 3))
    return round(xi, 4), round(2*xi / (1 + r + n_ar - 2*xi), 4)

for P in (1, 100, 200, 300):
    print(P, "bar :", haber(4.5e-5, P))
print("argon :", haber(4.5e-5, 200, n_ar=4/9))
for r in (2, 3, 4):
    print("r =", r, ":", haber(4.5e-5, 200, r=r))
for T, K in ((673, 1.6e-4), (773, 1.4e-5)):
    print(T, "K :", haber(K, 200))

Résultat de l'exécution (avancement en mol, fraction molaire d'ammoniac) :

1 bar : (0.0043, 0.0022)
100 bar : (0.269, 0.1554)
200 bar : (0.3962, 0.247)
300 bar : (0.474, 0.3106)
argon : (0.3717, 0.2009)
r = 2 : (0.2855, 0.2351)
r = 3 : (0.3962, 0.247)
r = 4 : (0.485, 0.2407)
673 K : (0.517, 0.3486)
773 K : (0.2879, 0.1682)

À 723 K, la fraction d'ammoniac à l'équilibre vaut donc environ 16 %, 25 % et 31 % à 100, 200 et 300 bar ; l'approximation du (b) surestimait d'un facteur 1,8 à 200 bar.

Vérification exacte. Pour l'alimentation 1:3, on prend la racine carrée des deux membres du (a) : Or . En posant et , l'équation devient , donc . À 200 bar, , , , la valeur de la dichotomie.

Confrontation à l'expérience. Le mélange réel donne, vers 450 °C, de l'ordre de 35 % sous 300 atmosphères : le modèle du gaz parfait sous-estime à haute pression.

4) L'argon. Si l'argon représente de l'alimentation, , soit . Le programme donne au lieu de , et au lieu de . L'avancement baisse, comme le prévoyait le 2)(a), et l'argon dilue en outre l'ammoniac formé.

5)(a) Les deux relations. À l'équilibre, s'écrit, en fractions molaires : Et, le mélange ne contenant que ces trois gaz, les fractions molaires somment à 1 : .

5)(b) Un maximum à somme fixée. Posons et étudions sur . Sa dérivée vaut positive pour et négative au-delà : est maximale en , c'est-à-dire et . Le maximum vaut .

5)(c) La règle des proportions stœchiométriques. Notons à l'équilibre, et . La stratégie : majorer indépendamment de , puis voir quand la borne est atteinte. D'après le (a) et le (b), avec : La fonction est strictement croissante sur . L'inégalité impose donc , où est l'unique solution de — une borne qui ne dépend pas de . L'égalité a lieu si et seulement si, à l'équilibre, . Or le diazote et le dihydrogène sont consommés dans le rapport : , qui vaut 3 si et seulement si . La fraction molaire d'ammoniac à l'équilibre est maximale lorsque les réactifs sont introduits dans les proportions stœchiométriques, et pour celles-là seulement.

Vérification numérique à 200 bar et 723 K, par le même programme : pour , pour , pour . Un balayage fin de place le maximum en ; il est plat.

5)(d) Rendement et fraction. L'excès d'alcool de l'estérification augmente le rendement par rapport à l'acide ; ici, on maximise la fraction de produit dans le mélange. Dans l'estérification, la fraction molaire d'ester tombe de pour à pour , alors que le rendement monte de à . On met un réactif en excès quand l'autre est précieux — l'acide ici, le méthane au vaporeformage ; on vise les proportions stœchiométriques quand on veut le mélange le plus riche en produit.

6) La température. Le programme (ou la formule exacte ) donne, à 200 bar : et à 673 K ; et à 773 K ; contre à 723 K. La thermodynamique favorise les basses températures. Une constante qui décroît quand la température monte signe, par la règle du cours, une réaction exothermique.

Classement. Agissent sur : la haute pression, la purge des inertes, l'alimentation stœchiométrique — et, dans l'usine, l'extraction de l'ammoniac par condensation, un retrait de produit. Agit sur : la température seule, qu'il faudrait abaisser. L'industrie travaille pourtant vers 450 °C, parce qu'à plus basse température la réaction, même catalysée par le fer, devient trop lente : c'est un compromis avec la cinétique, objet du chapitre suivant.

Le résultat obtenu — la règle des proportions stœchiométriques. Pour une réaction entre gaz parfaits formant un seul produit, à température et pression fixées, la fraction molaire du produit à l'équilibre est maximale lorsque les réactifs sont introduits dans les proportions stœchiométriques de l'équation. On l'a démontré sur la synthèse de l'ammoniac ; l'argument se généralise. Le procédé Haber-Bosch en tire son alimentation 1:3, avec haute pression, purge des inertes et température de compromis.

Ce que le problème installe. Optimiser un état final, c'est regarder comment dépend de la grandeur modifiée (pression, inerte, proportions), puis, séparément, comment dépend de la température. On fait une hypothèse, on la vérifie, et, si elle échoue, on calcule. Et l'on dit ce qu'on optimise : rendement et fraction de produit ne se maximisent pas au même endroit.

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