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chimie (PCSI) · Chapitre 3 · Exercice de TD

Délocalisation : reconnaître les enchaînements, écrire et classer les formes limites

Structure des entités chimiques · B. Mésomérie et délocalisation électronique · niveau 2

Énoncé

On considère, en formule semi-développée :

  • (a) l'ion nitrate (N central, lié aux trois O) ;
  • (b) l'ozone (enchaînement O–O–O) ;
  • (c) le propénal ;
  • (d) le méthanamide (C lié à O, à N et à H ; N porte deux H) ;
  • (e) le cation prop-2-én-1-yle (« allyle ») ;
  • (f) le penta-1,4-diène et la prop-2-én-1-amine .

1) Établir un schéma de Lewis de (a), (b), (d) et (e) respectant l'octet des atomes de la deuxième période autant que possible ; calculer les charges formelles et vérifier leur somme.

2) Dans chacune des entités (a) à (e), repérer l'enchaînement responsable d'une délocalisation et le classer parmi : double liaison – simple liaison – double liaison (noté ––) ; doublet non liant – simple liaison – double liaison (––) ; double liaison – simple liaison – lacune (––lacune). Écrire toutes les formes limites, avec les flèches courbes qui font passer de l'une à l'autre.

3) Expliquer pourquoi les deux entités de (f) ne présentent pas de délocalisation analogue.

4) Pour (a) et (b), les formes limites sont-elles équivalentes ? En déduire la charge moyenne de chaque oxygène du nitrate, et comparer les liaisons N–O.

5) Pour (c) et (d), les formes ne sont pas équivalentes. Énoncer les critères qui rendent une forme limite plus représentative (octet de la période 2, nombre de charges séparées, charge négative sur l'atome le plus électronégatif). Pour le propénal, écrire les deux formes à charges séparées obtenues en déplaçant les doublets , et montrer qu'une seule est acceptable. En déduire qu'un réactif riche en électrons peut attaquer le propénal non seulement sur le carbone du groupe , mais aussi sur le carbone terminal .

6) Pour le méthanamide, en déduire que la liaison C–N a un caractère partiellement double, que les six atomes sont dans un même plan, et que le doublet de l'azote est moins disponible que dans la méthanamine .

Corrigé

La stratégie. Une délocalisation se repère par un motif précis : un doublet ( ou non liant) séparé par une seule liaison simple d'une double liaison ou d'une lacune. On écrit alors les formes limites en déplaçant des doublets — jamais des atomes —, on contrôle le décompte et les charges formelles de chacune, puis on les classe : c'est le classement qui donne à la mésomérie son pouvoir de prévision.

1) Schémas et charges formelles.

(a) Nitrate. électrons, doublets. Pour donner l'octet à l'azote sans hypervalence (interdite en période 2), une des trois liaisons est double ( doublets liants). Restent doublets : deux sur l'oxygène doublement lié, trois sur chacun des deux autres. ; oxygène doublement lié ; oxygènes simplement liés . Somme : .

(b) Ozone. électrons, doublets : une double et une simple ; un doublet non liant sur l'oxygène central, deux sur le terminal doublement lié, trois sur l'autre. Octets respectés. Oxygène central , terminal simplement lié , l'autre ; somme nulle.

(d) Méthanamide. électrons, doublets : six liants (, qui en compte deux, , deux ), deux non liants sur O, un sur N. Octets respectés, charges formelles toutes nulles.

(e) Cation allyle. électrons, doublets, tous liants ( en compte deux, , cinq ). Le carbone terminal n'a que trois liaisons simples : lacune, . L'octet ne peut pas être respecté partout : il manque deux électrons, et c'est ce qui rend l'ion réactif.

2) Les enchaînements et les formes limites.

(a) Nitrate : ––. Un doublet non liant d'un oxygène simplement lié est séparé de la double par la seule simple . Deux flèches simultanées : l'une part de ce doublet et pointe vers la liaison , qui devient double ; l'autre part du doublet de et pointe vers l'oxygène qui le portait. La double liaison « tourne » d'un oxygène à l'autre, la charge suit en sens inverse : trois formes limites. La seconde flèche est indispensable : sans elle, l'azote serait entouré de dix électrons.

(b) Ozone : ––. Mêmes deux flèches, qui échangent les terminaux : deux formes limites, l'oxygène central gardant .

(c) Propénal : ––. Les doubles et sont séparées par une seule simple : elles sont conjuguées (formes écrites à la question 5).

(d) Méthanamide : ––. Doublet de l'azote, simple , double . Une flèche du doublet de l'azote vers la liaison , une du doublet de vers l'oxygène : on obtient , où l'azote a quatre doublets liants () et l'oxygène trois doublets non liants () ; tous les octets sont respectés.

(e) Cation allyle : ––lacune. Une seule flèche : le doublet de part vers la liaison , qui devient double, et l'autre carbone terminal devient lacunaire. On obtient : deux formes limites équivalentes, la charge étant tour à tour sur l'un et l'autre carbone terminal, jamais sur le carbone central.

3) Pourquoi (f) ne délocalise pas. Dans le penta-1,4-diène, les deux doubles liaisons sont séparées par le , c'est-à-dire par deux liaisons simples, autour d'un carbone tétragonal (quatre liaisons simples, ni doublet non liant ni lacune). Pour écrire une forme limite, un doublet devrait venir lier ce carbone, qui a déjà son octet : impossible sans rompre une liaison , donc sans déplacer un atome. De même, dans la prop-2-én-1-amine, le s'interpose entre le doublet de l'azote et la double liaison. Le carbone tétragonal interrompt la délocalisation : c'est lui qu'on cherche du regard avant de parler de conjugaison.

4) Formes équivalentes. Les trois formes du nitrate se déduisent l'une de l'autre par permutation des oxygènes : équivalentes, de même poids dans l'hybride. Chaque oxygène porte dans deux formes sur trois et dans la troisième : Chaque liaison est double dans une forme sur trois : les trois liaisons sont identiques, intermédiaires entre simple et double, et l'ion est un triangle équilatéral. Pour l'ozone, deux formes équivalentes : par terminal en moyenne, deux liaisons égales — l'exercice suivant le vérifie sur les longueurs.

5) Formes non équivalentes : les critères, et le propénal. L'hybride ressemble davantage aux formes les plus représentatives, reconnues, dans cet ordre, à trois critères : elles respectent l'octet de la deuxième période (le critère qui a tranché pour ) ; elles séparent le moins de charges ; si des charges sont séparées, la négative est sur l'atome le plus électronégatif.

Pour le propénal, la forme neutre est la plus représentative. Deux formes à charges séparées sont concevables :

  • Doublets vers l'oxygène : flèche du doublet de vers l'oxygène, flèche du doublet de vers la liaison centrale. On obtient : charge négative sur l'oxygène, le plus électronégatif, qui a son octet ; seul le carbone terminal est lacunaire. Forme acceptable, minoritaire mais significative.
  • Sens inverse : , où l'oxygène porte une charge positive et n'est entouré que de six électrons. Deux critères violés : forme rejetée.

Avec la forme intermédiaire , où seule la double a basculé, cela fait deux carbones porteurs d'une charge positive dans des formes acceptables : le carbone du groupe (carbone 1) et le carbone terminal (carbone 3). Dans l'hybride, les deux sont déficitaires en électrons : un réactif riche en électrons peut attaquer l'un ou l'autre. C'est l'électrophilie « transmise » par la conjugaison, qu'on retrouvera en chimie organique.

6) Le méthanamide. La forme respecte tous les octets et place la charge négative sur l'oxygène, plus électronégatif que l'azote : elle est acceptable et contribue notablement. D'où trois conséquences. La liaison , simple dans une forme et double dans l'autre, a un caractère partiellement double. Dans la seconde forme, l'azote est de type , donc plan, comme le carbone, et la double liaison place les atomes liés à C et à N dans un même plan : les six atomes sont coplanaires, ce qu'on mesure. Enfin le doublet de l'azote est délocalisé vers l'oxygène : moins disponible pour capter un proton que dans la méthanamine, où le tétragonal ne délocalise rien. C'est pourquoi un amide est une base beaucoup plus faible qu'une amine.

Ce que l'exercice installe. Trois motifs — ––, ––, ––lacune — à chercher sur toute formule ; un carbone tétragonal qui les interrompt ; des formes limites écrites par flèches courbes ; trois critères pour les classer. Ce classement dit où sont les charges partielles qu'un schéma unique ne montre pas : les sites réactifs de la chimie organique.

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