Structure des entités chimiques
Cours complet · chimie (PCSI), chapitre 3 · CPGE PCSI (1re année)
Travailler ce chapitre sur Adloun
Pourquoi l'eau est-elle liquide et le dioxyde de carbone gazeux ? Pourquoi l'eau dissout-elle le sel ? Tout commence à l'échelle de la molécule : sa structure électronique (le schéma de Lewis), sa géométrie et sa polarité déterminent ses propriétés. Ce chapitre établit ces représentations à partir du tableau périodique ; le suivant en déduira les propriétés macroscopiques.
3.1 La liaison covalente et le schéma de Lewis
Une liaison covalente est la mise en commun d'un doublet d'électrons entre deux atomes. Seuls comptent les électrons de valence (couche externe), dont le nombre se lit dans le tableau périodique (blocs s et p) : H 1, C 4, N 5, O 6, F 7…
Une liaison covalente a une longueur de l'ordre de ( : pour , pour ) et une énergie de quelques centaines de ( pour une simple, pour une double, pour une triple).
Le schéma de Lewis représente les doublets liants (liaisons) et les doublets non liants (paires libres). Chaque atome tend à s'entourer d'un octet (8 électrons ; 2 pour H) : c'est la règle de l'octet.
Méthode : Établir un schéma de Lewis
- compter le nombre total d'électrons de valence (somme sur les atomes, la charge pour un ion) ;
- former les liaisons (un doublet partagé par liaison) ;
- compléter par des doublets non liants pour satisfaire l'octet de chaque atome ;
- attribuer les charges formelles à chaque atome et vérifier que leur somme égale la charge globale de l'entité.
La charge formelle (CF) d'un atome dans un schéma de Lewis est
où est le nombre d'électrons de valence de l'atome isolé, le nombre d'électrons des doublets non liants (comptés pour ) et le nombre d'électrons de liaison (comptés pour chacun, soit la moitié des électrons des doublets liants). La somme des charges formelles d'une entité est égale à sa charge globale.
- : l'oxygène porte liaisons O--H et doublet non liant, d'où . C'est bien l'oxygène qui porte la charge de l'ion.
- : l'azote porte liaisons N--H et aucun doublet non liant, d'où .
- : l'oxygène porte liaison O--H et doublets non liants, d'où .
Les charges formelles justifient notamment la répartition de la charge dans l'hybride de résonance du carboxylate (mésomérie), où chaque oxygène porte une charge formelle en moyenne.
(O) (H) électrons de valence, soit doublets : liaisons O – H et doublets non liants sur l'oxygène. L'oxygène est bien entouré d'un octet, chaque H d'un duet.
- lacune électronique (octet incomplet) : le bore dans n'a que électrons (composé électrophile) ;
- hypervalence (octet dépassé) : le soufre et le phosphore peuvent s'entourer de plus de électrons (, ).
3.2 Mésomérie et délocalisation électronique
Certaines espèces ne sont pas correctement décrites par un unique schéma de Lewis : les électrons y sont délocalisés. On écrit alors plusieurs formes limites (ou formes mésomères), et la molécule réelle est un hybride de résonance, intermédiaire entre elles.
Les formes limites d'une espèce se déduisent les unes des autres par déplacement de doublets (non liants ou ), sans jamais déplacer les atomes. On les relie par une flèche à deux pointes . La structure réelle est leur hybride, de plus basse énergie que chaque forme limite : la délocalisation stabilise l'édifice.
Dans l'ion carboxylate , la charge négative et la double liaison sont délocalisées sur les deux atomes d'oxygène :
Les deux liaisons carbone--oxygène sont en réalité identiques (intermédiaires entre simple et double) : c'est cette délocalisation qui explique la stabilité de la base conjuguée, donc l'acidité des acides carboxyliques.
Plus une espèce admet de formes limites équivalentes et raisonnables, plus elle est stabilisée par délocalisation. Exemples classiques : , l'ion nitrate , le benzène (délocalisation aromatique).
3.3 Géométrie des molécules
Autour d'un atome central, les doublets (liants et non liants) se disposent de manière à minimiser leur répulsion (donc l'énergie). Selon le nombre de directions :
Les doublets non liants déforment l'édifice (ex. l'eau est coudée, l'ammoniac pyramidal).
Autour d'un atome central portant doublets liants () et doublets non liants (), la figure de répulsion (pour ) est :
Les doublets non liants, plus répulsifs, ferment légèrement les angles ( : ).
Méthode : Représentation de Cram
Pour figurer la géométrie tridimensionnelle, la représentation de Cram utilise : un trait plein pour une liaison dans le plan, un coin plein () pour une liaison pointant vers l'avant, un coin hachuré pour une liaison pointant vers l'arrière. Elle est indispensable pour distinguer les stéréoisomères (chapitre suivant).
3.4 Électronégativité et polarité
L'électronégativité mesure la tendance d'un atome à attirer à lui les électrons d'une liaison. Elle croît de la gauche vers la droite et du bas vers le haut du tableau périodique (le fluor est le plus électronégatif).
Entre deux atomes d'électronégativités différentes, la liaison est polarisée : charges partielles et , et un moment dipolaire de liaison dirigé du vers le . Le moment dipolaire de la molécule est la somme vectorielle des moments de liaison : la molécule est polaire s'il est non nul, apolaire s'il est nul (par symétrie).
<i class="fa-solid fa-dumbbell mr-2" style="color:#2E7559"></i>3.5 Exercices résolus
Donner le nombre d'électrons de valence de C, N, O, Cl.
Démonstration
C (colonne 14) : 4 ; N (15) : 5 ; O (16) : 6 ; Cl (17) : 7. (Le numéro de colonne des blocs s/p donne directement ce nombre.)
Établir le schéma de Lewis de l'ammoniac.
Démonstration
Électrons de valence : (N) (H) , soit doublets : liaisons N – H et doublet non liant sur l'azote. L'azote a son octet, chaque H son duet.
Pourquoi le schéma de Lewis de ne respecte-t-il pas la règle de l'octet ?
Démonstration
(B) (F) électrons : liaisons B – F et doublets non liants par fluor. Le bore n'est alors entouré que de électrons (lacune) : est un acide de Lewis (accepteur de doublet).
Prévoir la géométrie de et de .
Démonstration
: 4 doublets liants autour du carbone tétraédrique (). : 2 liants + 2 non liants autour de l'oxygène disposition tétraédrique, mais molécule coudée (on ne compte que les atomes), angle .
Classer par électronégativité croissante : Na, C, O, F.
Démonstration
Na C O F. L'électronégativité croît de la gauche vers la droite : le fluor est le plus électronégatif, le sodium (métal alcalin) le moins.
La liaison H – Cl est-elle polarisée ? Préciser les charges partielles.
Démonstration
Cl est plus électronégatif que H : la liaison est polarisée, avec sur Cl et sur H. Le moment dipolaire pointe de H vers Cl.
et ont des liaisons polarisées. Pourquoi l'une est-elle polaire et l'autre non ?
Démonstration
est linéaire : les deux moments C = O, opposés, se compensent molécule apolaire. est coudée : les moments O – H ne se compensent pas molécule polaire (moment résultant non nul). La géométrie décide.
La molécule est-elle polaire ? Et ?
Démonstration
(pyramidale) : les moments N – H et le doublet non liant ne se compensent pas polaire. (tétraédrique, symétrique) : les quatre moments C – Cl, identiques et disposés symétriquement, se compensent apolaire, malgré des liaisons très polarisées.
3.6 Synthèse du chapitre
- Liaison covalente = doublet partagé ; électrons de valence = numéro de colonne (blocs s/p).
- Schéma de Lewis : doublets liants + non liants, règle de l'octet (2 pour H) ; écarts : lacune (), hypervalence ().
- Géométrie (répulsion des doublets) : linéaire / triangulaire / tétraédrique ; les doublets non liants déforment ( coudée, pyramidale).
- Électronégativité croît vers le fluor ; liaison polarisée (, moment dipolaire). Molécule polaire si la somme vectorielle est non nulle (dépend de la géométrie : polaire, apolaire).
3.7 Exercices d'entraînement
- () Électrons de valence de H, B, P, S.
- () Schéma de Lewis de et de .
- () Schéma de Lewis de l'ion (compter la charge).
- () Géométrie de , , .
- () Classer l'électronégativité : H, N, O, S.
- () La liaison C = O est-elle polarisée ? Dans quel sens ?
- () est-elle polaire ? Justifier par la géométrie.
- () Pourquoi est-elle apolaire alors que est polaire ?
- () Schéma de Lewis de l'ion .
- () Justifier que l'angle H – O – H () est inférieur à l'angle tétraédrique ().
- () Établir le schéma de Lewis de (triple liaison).
- () Prévoir la géométrie et la polarité de et de .