chimie (PCSI) · Chapitre 3 · Exercice de TD
Problème : échelle d'électronégativité de Pauling et caractère ionique partiel des halogénures d'hydrogène
Structure des entités chimiques · D. Électronégativité et polarité · niveau 3 (difficile)
Énoncé
Énergies de liaison () : , , , , ; , , , . Longueurs et moments dipolaires :
| (pm) | ||||
| (D) |
1) Établir les schémas de Lewis des quatre ; indiquer l'atome qui porte et le sens du moment.
2) Pauling postule qu'une liaison A–B purement covalente aurait pour énergie la moyenne géométrique , et que l'excès est dû à la polarité ; il pose . Calculer et pour les quatre halogénures.
3) Avec , en déduire , , , et comparer aux valeurs tabulées ( ; ; ; ). L'ordre est-il respecté ? Où l'écart est-il le plus grand ? Pourquoi une échelle bâtie sur une seule liaison par élément ne peut-elle être exacte ?
4) Si la liaison était purement ionique, H porterait et X . Calculer le moment qu'aurait alors , puis le pourcentage d'ionicité des quatre liaisons.
5) Pauling a proposé l'estimation . La calculer avec les écarts tabulés et la comparer à la question 4. Les deux voies, énergétique et électrique, sont-elles cohérentes ?
6) La molécule existe à l'état gazeux : , . Calculer . Placer , , , , sur un axe gradué en et conclure sur la frontière entre liaison covalente polarisée et liaison ionique.
Corrigé
La stratégie. L'électronégativité n'est pas mesurable directement : c'est une grandeur construite. On suit la construction de Pauling — une hypothèse sur l'énergie d'une liaison « purement covalente », un excès mesuré, une formule qui le convertit en écart d'électronégativité — puis on valide l'échelle par une grandeur d'une autre nature, le moment dipolaire. Si deux mesures indépendantes racontent la même histoire, le concept tient.
1) Schémas et polarités. Chaque compte électrons, quatre doublets : une liaison et trois doublets non liants sur l'halogène ; charges formelles nulles. Les halogènes sont plus électronégatifs que H : X porte , le moment va de H vers X, et la polarité décroît de HF à HI, comme l'électronégativité en descendant la colonne 17.
2) L'excès de Pauling. Pour : d'où De même :
| () | ||||
| () | ||||
Les quatre excès sont positifs : à l'attraction covalente s'ajoute une attraction électrostatique entre les pôles et , l'idée physique de Pauling. Homogénéité : est sans dimension, comme ; est l'électronvolt exprimé par mole, choix d'unité qui fixe l'échelle.
3) Les électronégativités obtenues. L'halogène étant le plus électronégatif, :
| F | Cl | Br | I | |
|---|---|---|---|---|
| calculée | ||||
| tabulée | ||||
| écart |
L'ordre F > Cl > Br > I est respecté ; l'écart est maximal pour l'iode (, soit ). Une échelle bâtie sur une seule liaison par élément hérite de ses imprécisions (énergies connues à quelques près, moyenne géométrique seulement approchée), et une petite erreur sur un petit (iode) pèse lourd sous la racine. L'échelle tabulée est un ajustement sur un grand nombre de liaisons ; l'accord parfait pour le fluor tient en partie aux données retenues ici.
4) Le pourcentage d'ionicité. Pour purement ionique : soit . Le moment réel en est la fraction . De même :
| (D) | ||||
Même , la plus polarisée, n'est ionique qu'à ; l'est à , presque covalente pure. L'image « charges aux noyaux » dit quelle fraction de charge serait déplacée pour produire le moment observé.
5) Deux mesures, une même histoire. Avec ; ; ; , l'estimation de Pauling donne ; ; ; , contre ; ; ; mesurés. Accord bon pour HCl, HBr, HI (écarts de à ), moins bon pour HF, que la formule surestime. Les deux voies sont cohérentes : énergies de liaison et mesures électriques classent les liaisons dans le même ordre, à peu près aux mêmes valeurs. C'est ce qui donne à l'électronégativité son statut : un concept construit, mais pas arbitraire.
6) La limite ionique. Pour gazeux, , et avec , Pauling donne : même ordre. Sur un même axe :
croît continûment avec , de pour à près de pour , sans saut. Il n'y a pas de frontière naturelle : on parle de liaison « ionique » quand le transfert dépasse la moitié environ, vers de à — une convention posée sur un curseur continu. C'est ce que le programme demande de prévoir à partir du tableau périodique : la nature, polaire ou ionique, d'une liaison.
Le résultat établi — l'échelle d'électronégativité de Pauling. L'électronégativité se construit à partir des énergies de liaison : l'excès , toujours positif, donne ; l'échelle obtenue est confirmée, indépendamment, par le caractère ionique partiel mesuré sur les moments dipolaires, qui croît continûment avec de la liaison covalente pure à la liaison ionique.
Ce que le problème installe. Une grandeur « non mesurable » se construit à partir de mesures, puis se valide par une autre mesure indépendante — ce sera le statut de bien des modèles de l'année. Et covalent, polarisé, ionique ne sont pas trois natures mais trois régions d'un même curseur , qui expliquera pourquoi le chlorure de sodium fond à quand le dichlore bout à .
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