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chimie (PCSI) · Chapitre 4 · Application directe du cours

Acides maléique et fumarique : deux diastéréoisomères que tout sépare

Stéréochimie : isomérie, conformations, configurations et chiralité · niveau 2

Énoncé

L'acide butènedioïque existe sous deux formes, l'acide maléique et l'acide fumarique. Données (ordres de grandeur, d'après les tables ; l'acide fumarique se sublime avant de fondre, d'où une fusion mesurée en tube scellé ; chauffé, l'acide maléique perd une molécule d'eau) :

acide maléiqueacide fumarique
fusion (tube scellé)
solubilité dans l'eau (20 °C)
chauffé vers 150 °Canhydride cycliquepas d'anhydride
moment dipolairenon nulquasi nul

On rappelle qu'une liaison hydrogène s'établit entre un hydrogène lié à un atome très électronégatif (O, N) et un doublet non liant d'un autre atome électronégatif, et qu'elle est beaucoup plus forte que les autres interactions entre molécules.

  • Pourquoi l'acide butènedioïque présente-t-il une stéréoisomérie de configuration ? Combien de stéréoisomères ? Quelle relation entre eux ? Sont-ils chiraux ?
  • L'anhydride formé à partir de l'acide maléique est un cycle de cinq atomes, , refermé par la double liaison . Montrer que sa formation exige que les deux groupes soient du même côté de la double liaison. Établir les priorités CIP sur chaque carbone de la double liaison, et en déduire le descripteur de chacun des deux acides.
  • Montrer qu'une liaison hydrogène intramoléculaire n'est possible que dans l'un des deux isomères. Interpréter les différences de température de fusion et de solubilité.
  • Interpréter les moments dipolaires.
  • Qu'auraient eu en commun deux énantiomères ? En déduire comment séparer simplement un mélange des deux acides.

Corrigé

La stratégie. Attribuer la configuration par une propriété chimique, puis interpréter les propriétés physiques par la géométrie.

1) Deux diastéréoisomères achiraux. La double liaison bloque la rotation, et chacun de ses carbones porte deux substituants différents, H et : deux stéréoisomères, les du même côté ou de part et d'autre. Le miroir conservant la géométrie d'une double liaison, ils ne sont pas images l'un de l'autre : ce sont des diastéréoisomères. Chacun est plan, et son plan est un plan de symétrie : aucun n'est chiral, aucun n'a d'activité optique.

2) L'anhydride attribue la configuration. Fermer le cycle exige que les deux carbones carboxyliques soient assez proches pour être reliés par un seul oxygène. C'est le cas quand les sont du même côté de la double liaison ; de part et d'autre, ils sont éloignés, et la rigidité de la double liaison interdit de les rapprocher sans rompre la liaison . L'acide maléique a ses deux du même côté.

Les descripteurs. Sur chaque carbone de la double liaison, l'emporte sur H. Les prioritaires du même côté : l'acide maléique est l'acide (Z)-butènedioïque, l'acide fumarique l'acide (E)-butènedioïque. C'est ainsi que la configuration a été établie historiquement, bien avant toute spectroscopie.

3) La liaison hydrogène et ses conséquences. Dans l'isomère Z, l'hydrogène d'un peut atteindre l'oxygène du de l'autre : une liaison hydrogène intramoléculaire referme un cycle de sept atomes. Dans l'isomère E, les deux groupes sont trop éloignés : seules des liaisons hydrogène intermoléculaires sont possibles.

La température de fusion. Fondre, c'est rompre les interactions entre molécules. Dans l'acide fumarique, chaque engage ses liaisons hydrogène avec des voisines, et la molécule, droite et symétrique, s'empile en un cristal très cohésif. Dans l'acide maléique, une partie de cette capacité est « consommée » à l'intérieur de la molécule : moins de liaisons entre molécules, un cristal moins cohésif. D'où contre .

La solubilité. Dissoudre, c'est remplacer les interactions du cristal par des interactions avec l'eau : le cristal fumarique coûte cher à détruire, le cristal maléique, moins cohésif et fait de molécules polaires, se dissout bien mieux. Un facteur de l'ordre de cent : deux diastéréoisomères peuvent avoir des propriétés très différentes.

4) Les moments dipolaires. Le moment de la molécule est la somme vectorielle des moments de liaison. Dans l'acide fumarique plan, le milieu de la double liaison est un centre de symétrie : les contributions des deux sont opposées et se compensent, le moment est quasi nul. Dans l'acide maléique, les deux sont du même côté : leurs contributions s'ajoutent en partie, le moment est non nul. La molécule polaire est aussi la plus soluble dans l'eau, solvant polaire : les interprétations se confortent.

5) Ce que des énantiomères auraient partagé. Deux énantiomères auraient eu la même température de fusion, la même solubilité, le même moment dipolaire, la même réactivité envers un réactif achiral. Deux diastéréoisomères diffèrent par tout cela, et se séparent par les moyens ordinaires : ici, une cristallisation dans l'eau froide, où l'acide fumarique, peu soluble, précipite, puis une filtration.

Ce que l'exercice installe. Une propriété chimique qu'une géométrie autorise et que l'autre interdit attribue une configuration. Deux diastéréoisomères ont des propriétés physiques différentes, et ces différences s'interprètent par la géométrie : liaisons hydrogène intra ou intermoléculaires, symétrie, polarité. C'est ce qui rend les diastéréoisomères séparables par les méthodes usuelles, et c'est cette idée que le dédoublement des énantiomères exploitera.

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