chimie (PCSI) · Chapitre 6 · Exercice de TD
Bilan ou acte élémentaire ? Profils, chocs et température
Réactivité en chimie organique : mécanismes, substitutions et éliminations · B. Modélisation microscopique d'une transformation · niveau 2
Énoncé
On compare deux substitutions conduites à 298 K.
(A) , dans un mélange eau–acétone ; loi de vitesse mesurée : .
(B) , dans le même solvant ; loi de vitesse mesurée : , indépendante de la concentration d'ion hydroxyde éventuellement ajouté.
Modèle des chocs (donné) : la fréquence des chocs entre deux entités A et B est proportionnelle à ; leur efficacité, fraction des chocs assez énergétiques pour franchir la barrière, est proportionnelle au facteur (facteur de Boltzmann, admis).
- Pourquoi ne peut-on pas lire une loi de vitesse sur une équation-bilan ? Montrer que l'équation-bilan de (B) ne peut pas être un acte élémentaire. La loi de vitesse de (A) prouve-t-elle que (A) est un acte élémentaire ?
- Le mécanisme admis pour (B) comporte trois actes : ionisation de la liaison C–Br, capture du carbocation par une molécule d'eau, perte d'un proton par l'ion alkyloxonium formé. Écrire ces trois actes, donner leur molécularité, nommer les intermédiaires réactionnels.
- Décrire le profil énergétique de (A), puis celui de (B), sachant que l'ionisation est l'étape la plus difficile. Placer les complexes activés et les intermédiaires. Qu'est-ce qui les distingue physiquement ?
- Pour (A), on prend (ordre de grandeur réaliste, fixé par choix). Calculer la fraction des chocs efficaces à 298 K et à 308 K. Par quel facteur une hausse de 10 K multiplie-t-elle l'efficacité ? la fréquence ? Lequel des deux effets gouverne l'influence de la température ?
- On double la concentration d'ion hydroxyde. Que devient la vitesse de (A) ? de (B) ? Interpréter en termes de chocs.
Corrigé
La stratégie. On sépare deux niveaux de description : l'équation-bilan (conservation des atomes) et l'acte élémentaire (événement microscopique réel). Puis on utilise le modèle des chocs, donné, pour chiffrer séparément ce que la température fait à la fréquence et à l'efficacité.
1) Bilan et acte élémentaire. Les coefficients d'une équation-bilan sont fixés par la conservation des éléments et de la charge : ils ne disent pas combien d'entités se rencontrent. Seule l'équation d'un acte élémentaire décrit une rencontre réelle, et c'est pour elle seule que le cours permet d'écrire . Pour (B), si l'équation-bilan était un acte élémentaire bimoléculaire, la loi serait , l'eau entrant dans le choc. La loi mesurée est d'ordre 1 par rapport au substrat et indépendante de tout nucléophile ajouté : le bilan de (B) n'est pas un acte élémentaire. (L'eau étant le solvant, sa concentration est quasi constante et la mesure ne peut pas trancher sur elle ; c'est l'indépendance vis-à-vis de l'ion hydroxyde qui est décisive.) Pour (A), la loi mesurée est compatible avec un acte bimoléculaire unique, sans le prouver : une loi de vitesse peut réfuter un mécanisme, jamais le démontrer seule — d'où l'intérêt, plus loin, de croiser cinétique et stéréochimie.
2) Le mécanisme de (B).
- Acte 1, monomoléculaire : ;
- acte 2, bimoléculaire : ;
- acte 3, bimoléculaire : .
La somme des trois actes redonne le bilan (avec écrit sous la forme ). Les intermédiaires réactionnels sont le carbocation et l'ion alkyloxonium : formés puis consommés, ils n'apparaissent pas dans le bilan.
3) Les deux profils. Le profil de (A) porte une seule bosse : on part du niveau des réactifs, on monte jusqu'au sommet, le complexe activé où la liaison C–O se forme pendant que la liaison C–Br se rompt, et l'on redescend au niveau des produits. La hauteur de la bosse comptée depuis les réactifs est .
Le profil de (B) porte trois bosses séparées par deux puits. La première bosse, la plus haute, est l'ionisation ; on redescend dans un premier puits, celui du carbocation ; une deuxième bosse, basse, mène au puits de l'ion alkyloxonium ; une troisième bosse, basse aussi, mène aux produits. Les sommets sont des complexes activés, les puits des intermédiaires.
Un intermédiaire est un minimum local : durée de vie courte mais non nulle, détectable parfois ; un complexe activé est un maximum, traversé en une vibration, sans existence isolable.
4) Fréquence contre efficacité. À 298 K, : la barrière vaut trente-six fois . La fraction de chocs efficaces est Un choc sur six millions de milliards : presque tous les chocs sont inefficaces. La hausse de 10 K multiplie l'efficacité par et la fréquence par , soit moins de 2 %. L'effet de la température passe presque entièrement par l'efficacité des chocs : chauffer multiplie la proportion de rencontres capables de franchir la barrière, pas le nombre de rencontres.
Le même calcul montre que la « règle » selon laquelle la vitesse double tous les dix degrés ne vaut que pour .
5) Le rôle de la concentration. Doubler double la fréquence des rencontres entre le bromométhane et l'ion hydroxyde, à efficacité inchangée : la vitesse de (A) double, ce que dit l'ordre 1 par rapport à . Pour (B), l'étape qui fixe la vitesse est l'ionisation, où l'ion hydroxyde n'intervient pas : doubler sa concentration ne change pas la vitesse.
Ce que l'exercice installe. Ne jamais lire une loi de vitesse sur un bilan ; distinguer intermédiaire (puits) et complexe activé (sommet) ; interpréter la concentration par la fréquence des chocs, la température surtout par leur efficacité — et chiffrer.
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