chimie (PCSI) · Chapitre 7 · Exercice de TD
Problème : la loi de Bodenstein et Lind, synthèse du bromure d'hydrogène en chaîne
Mécanismes réactionnels et catalyse · F. Établir une loi de vitesse à partir d'un mécanisme · niveau 3 (difficile)
Énoncé
En 1907, Bodenstein et Lind établissent expérimentalement, pour en phase gazeuse vers à : Le mécanisme admis (Christiansen, Herzfeld et Polanyi, 1919) est : (1) , constante ; (2) , constante ; (3) , constante ; (4) , constante ; (5) , constante ; est une molécule quelconque du gaz, de concentration constante, intégrée dans et : les vitesses des actes (1) et (5) s'écrivent et . Énergies de liaison : , , .
- Nommer le rôle de chaque acte (amorçage, propagation, inhibition, rupture). Montrer que la somme des actes de propagation redonne le bilan. Quels sont les intermédiaires ? Pourquoi parle-t-on de chaîne ? Quel est le rôle de dans l'acte (5) ?
- Appliquer l'AEQS à et à . En ajoutant les deux relations, montrer que les vitesses d'amorçage et de rupture sont égales ; en déduire .
- Établir la loi de formation de et l'identifier à la loi expérimentale ; exprimer et . Que signifie pour l'atome ?
- Quel est l'ordre initial ? Pourquoi la réaction n'admet-elle pas d'ordre au cours du temps ? Pourquoi la vitesse diminue-t-elle plus vite que ne le prévoirait la seule consommation des réactifs ?
- À l'aide des énergies de liaison, calculer l'énergie mise en jeu par les actes (2), (3) et par l'acte ; justifier que ce dernier soit absent du mécanisme. Justifier qu'on omette les ruptures et , en comparant et à l'aide de la question 6.
- Capacité numérique. Avec , , , , (constantes simulées, ordres de grandeur réalistes vers ) et , intégrer le système complet (
method="Radau", adaptée aux systèmes raides) jusqu'à ; comparer à la loi établie ; relever et ; estimer la longueur de chaîne (molécules de formées par atome de brome créé à l'amorçage). Énoncer le résultat établi.
Corrigé
Ce qu'on a le droit d'utiliser. La loi de van't Hoff, l'AEQS sur chaque intermédiaire très réactif, la comparaison d'énergies de liaison (rompre coûte, former rend), la loi d'Arrhenius, une intégration numérique.
1) La structure de la chaîne. (1) amorçage : des radicaux sont créés à partir de molécules ; (2) et (3) propagation : un radical consommé, un autre créé, du produit formé ; (4) inhibition : une propagation « à l'envers », qui détruit du produit ; (5) rupture : deux radicaux se recombinent. La somme de (2) et (3) donne, après élimination de et , le bilan . Les intermédiaires sont et .
On parle de chaîne parce que la propagation régénère le radical qui l'a déclenchée : produit , qui reproduit , et chaque tour fabrique deux molécules de . Rôle de : la recombinaison libère l'énergie de la liaison formée ; sans partenaire pour l'emporter, se redissocierait aussitôt (dans l'amorçage, l'apporte).
2) L'AEQS sur les deux radicaux. le facteur deux venant de ce que l'amorçage crée deux atomes et la rupture en détruit deux. En ajoutant et , les termes de propagation et d'inhibition se compensent exactement : . En régime stationnaire, l'amorçage et la rupture vont à la même vitesse : la propagation ne change pas le nombre de radicaux, elle les transforme l'un en l'autre. D'où L'exposant un demi naît ici : on crée les radicaux au premier ordre en , on les détruit au second ordre en radicaux.
3) La loi de vitesse. donne . Le bromure d'hydrogène est formé par (2) et (3), consommé par (4) ; par , , d'où C'est exactement la loi de Bodenstein et Lind, avec et . Interprétation de : à concentrations égales, l'atome réagit dix fois plus volontiers avec (acte (3), qui fait avancer la chaîne) qu'avec (acte (4), qui la fait reculer).
4) Les ordres. Au début, : , ordre un en dihydrogène, un demi en dibrome, trois demis au total. Ensuite, la loi n'est plus un produit de puissances : la réaction n'a pas d'ordre. Dans la limite , : ordre en produit. La vitesse chute plus vite que par la seule consommation des réactifs : le produit est un inhibiteur, il capte des atomes .
5) Le choix des actes. On compte les liaisons rompues (énergie à fournir) et formées (énergie libérée) :
- acte (2) : on rompt , on forme : à fournir. C'est la propagation lente : énergie d'activation d'au moins , d'où la petitesse de ;
- acte (3) : on rompt , on forme : , fortement exoénergétique, rapide ;
- acte : l'inverse du précédent, à fournir. Son énergie d'activation dépasse ; à , le facteur d'Arrhenius le rend négligeable.
Pour les ruptures, on compare les concentrations : les recombinaisons , et , sans barrière, ont des constantes comparables, et des vitesses proportionnelles à , et . Avec (question 6), les deux premières sont et fois plus lentes que la troisième. La raison : est consommé par l'acte (3), rapide, par l'acte (2), lent ; c'est qui s'accumule.
6) La vérification numérique. Le système est raide : les constantes s'étalent de à , et les radicaux évoluent sur des temps infimes devant ceux des réactifs. La méthode implicite Radau y est adaptée.
import numpy as np
from scipy.integrate import solve_ivp
k1, k2, k3, k4, k5 = 1e-8, 1e5, 1e10, 1e9, 1e8 # [M] dans k1, k5
def f(t, y):
H2, Br2, HBr, H, Br = y
v1, v2, v3 = k1*Br2, k2*Br*H2, k3*H*Br2
v4, v5 = k4*H*HBr, k5*Br**2
return [-v2 + v4, -v1 - v3 + v5, v2 + v3 - v4,
v2 - v3 - v4, 2*v1 - v2 + v3 + v4 - 2*v5]
dates = [50, 1e3, 5e3, 2e4]
s = solve_ivp(f, (0, 2e4), [1e-2, 1e-2, 0, 0, 0], t_eval=dates,
method="Radau", rtol=1e-10, atol=1e-20)
print("t (s) [HBr] [Br.] [H.] ecart chaine")
for t, y in zip(s.t, s.y.T):
H2, Br2, HBr, H, Br = y
loi = (2*k2*np.sqrt(k1/k5)*H2*np.sqrt(Br2)
/ (1 + k4/k3*HBr/Br2))
ecart = f(t, y)[2]/loi - 1
chaine = k2*Br*H2/(k1*Br2)
print(f"{t:<6.0f} {HBr:.2e} {Br:.1e} {H:.1e} "
f"{ecart:.0e} {chaine:.0e}")
Résultat obtenu en l'exécutant :
t (s) [HBr] [Br.] [H.] ecart chaine
50 9.27e-05 1.0e-09 1.0e-14 1e-04 1e+04
1000 1.84e-03 9.5e-10 9.3e-15 1e-04 1e+04
5000 6.94e-03 8.1e-10 7.3e-15 1e-04 8e+03
20000 1.40e-02 5.5e-10 3.7e-15 9e-05 5e+03
La vitesse simulée et la loi diffèrent de en relatif à toutes les dates : l'AEQS est excellente. (la valeur ) ; , cent mille fois moins : les radicaux sont infimes, comme l'exige l'AEQS, et le rapport valide la question 5. À , , de l'avancement maximal. La longueur de chaîne, rapport de la vitesse de formation de à celle de création des atomes de brome, vaut au début : chaque atome de brome créé fabrique de l'ordre de dix mille molécules de . Elle tombe à en fin de calcul : c'est l'inhibition par le produit.
Le résultat établi. Loi de Bodenstein et Lind : le mécanisme radicalaire en chaîne de Christiansen, Herzfeld et Polanyi, traité par l'approximation de l'état quasi stationnaire sur et , donne : ordre initial trois demis, exposant un demi venu de l'égalité entre amorçage et rupture, inhibition par le produit mesurée par ; l'intégration du mécanisme complet confirme la loi à près.
Ce que l'exercice installe. Le traitement complet d'une réaction en chaîne : classer les actes, poser l'AEQS sur chaque radical, et additionner les relations pour faire apparaître l'égalité amorçage-rupture. Lire une loi sans ordre par ses limites. Justifier la présence ou l'absence d'un acte par les énergies de liaison ou par les concentrations. Et vérifier numériquement, sur un système raide, une loi obtenue par approximation.
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