chimie (PCSI) · Chapitre 8 · Exercice de TD
Problème : l'acier, le carbone dans le fer (austénite) et dans le fer (ferrite)
Structure des solides cristallins · E. Les alliages · niveau 3 (difficile)
Énoncé
Le fer pur existe, sous la pression atmosphérique, sous deux variétés allotropiques : le fer (ferrite), stable au-dessous de , de structure cubique centrée (structure fournie : atomes aux huit sommets et au centre du cube), et le fer (austénite), stable entre et , de structure CFC. À , où les deux variétés coexistent : , . Un acier est un alliage d'insertion de fer et de carbone (moins de de carbone en masse), où les atomes de carbone, de rayon (exercice 6), s'insèrent dans les sites interstitiels du réseau du fer. et .
1) Deux variétés, deux rayons. Calculer le rayon métallique du fer dans chaque variété, puis le volume occupé par atome. En déduire la variation relative de volume lors de la transformation à . Quelle variation prévoirait le modèle des sphères dures de rayon invariable ? Conclure.
2) Les sites de l'austénite. Localiser et dénombrer les sites octaédriques et tétraédriques de la maille CFC ; établir leurs habitabilités, et ; application numérique.
3) Le carbone dans l'austénite. Dans quel type de site le carbone s'insère-t-il ? Que subit le réseau ? La solubilité maximale du carbone dans le fer vaut en masse (à ) : calculer le rapport et la fraction des sites octaédriques occupés. Pourquoi ne remplit-on pas tous les sites ?
4) Les sites de la ferrite. Sites fournis : dans la maille CC, les sites octaédriques sont aux centres des faces et aux milieux des arêtes ; les sites tétraédriques sont sur les faces, en positions du type (coordonnées en unités de , quatre par face). Dénombrer ces sites par maille. Établir et ; application numérique.
5) Le moins compact n'a pas les plus gros trous. La CC est moins compacte que la CFC : ses trous sont-ils plus gros ? Conclure sur la solubilité maximale mesurée du carbone dans le fer , en masse (à ). Dans le site octaédrique de la CC, les six voisins ne sont pas à la même distance du centre : en tenir compte pour expliquer que le carbone occupe en réalité ce site plutôt que le site tétraédrique.
6) La trempe. Un acier à de carbone en masse, entièrement austénitique à , est soit refroidi lentement, soit plongé dans l'eau froide. Que devient le carbone dans chaque cas ? Expliquer qualitativement pourquoi l'acier trempé (martensite) est dur.
Corrigé
La stratégie. On compare les atomes (question 1), les trous (questions 2 et 4), puis ce que les trous accueillent (questions 3, 5, 6). Pour chaque site, on cherche les voisins les plus proches de son centre.
1) Rayons et volumes. CC (contact selon la grande diagonale) : ; CFC (diagonale de face) : . Volume par atome ( par maille CC, par maille CFC) : d'où . Le fer se contracte légèrement. Avec des sphères de rayon invariable, le volume par atome serait , et une contraction de , huit fois trop forte. Le rayon du fer augmente de quand sa coordinence passe de à : partagés entre plus de voisins, les électrons délocalisés lient chacun un peu moins, et plus loin. Le rayon métallique dépend de la coordinence : c'est pourquoi les tables donnent des rayons métalliques ramenés à une même coordinence, , seule base sur laquelle on peut comparer deux métaux.
2) Les sites de la CFC. Octaédriques : le centre du cube et les milieux des douze arêtes, chacun à de six atomes ; par maille, un par atome. Tétraédriques : les centres des huit petits cubes d'arête , à de quatre atomes ; par maille (exercice 3). Habitabilité : distance du centre du site au centre d'un voisin, moins ; avec : Pour le fer : , .
3) Le carbone dans l'austénite. Aucun site n'accueille sans déformation ; le carbone va dans le plus grand, l'octaédrique, dont les six voisins s'écartent de à : , le réseau est distordu. Dans à : , , d'où avec un site octaédrique par fer, un site sur dix seulement est occupé au maximum : les distorsions se cumulent et, au-delà, il devient plus favorable de former un carbure de fer. Le modèle géométrique dit où va le carbone ; la teneur maximale relève de la thermodynamique (admise).
4) Les sites de la ferrite. Dénombrement : octaédriques, par maille ( par atome) ; tétraédriques, par maille ( par atome). La CC offre neuf sites par atome, la CFC trois.
Site octaédrique : ses plus proches voisins sont les centres des deux cubes qui partagent la face, à ; les quatre sommets de la face sont à . L'octaèdre est aplati ; avec : Site tétraédrique : il est à des sommets , et des centres , d'où
5) Le moins compact n'a pas les plus gros trous. La CC laisse de vide, la CFC ; mais ce vide est partagé entre neuf sites par atome au lieu de trois : des trous plus nombreux et plus petits, dont le plus grand () reste loin des de l'austénite. À en masse, : cent fois moins que dans l'austénite. C'est la taille du plus grand site, pas le vide total, qui fixe la solubilité en insertion.
Point délicat : le site réellement occupé. On attendrait le site tétraédrique ; le carbone occupe l'octaédrique. Ses quatre voisins équatoriaux sont à , ce qui laisse : il suffit de repousser deux atomes, selon une seule direction, contre quatre en site tétraédrique. L'habitabilité, fixée par le seul voisin le plus proche, ne dit pas tout.
6) La trempe. À , : à , tout le carbone est inséré dans l'austénite. Sous , la ferrite n'en garde que par fer, trente-sept fois moins.
- Refroidissement lent : le carbone a le temps de diffuser ; il se rassemble dans un carbure, la cémentite , en lamelles alternées avec de la ferrite presque pure (la perlite). L'acier reste ductile.
- Trempe : le réseau bascule vers une structure centrée en une fraction de seconde, bien plus vite que le carbone ne diffuse. Le carbone reste piégé dans des sites octaédriques, trente-sept fois au-delà de la solubilité ; chacun écartant deux voisins selon une même direction, la maille s'allonge et devient quadratique : c'est la martensite.
Pourquoi elle est dure. La ductilité vient du glissement des plans, presque gratuit pour une liaison non directionnelle (exercice 4). Dans la martensite, les distorsions dues au carbone piégé bloquent ces glissements, comme dans tout alliage, où un atome étranger, sur un nœud ou dans un site, déforme localement le réseau et accroche les plans qui glissent, mais à un degré extrême : l'acier est dur et cassant. (Le revenu, réchauffage modéré, rend de la ténacité.)
Le résultat établi. Solubilité du carbone dans le fer et principe de la trempe : l'austénite (fer , CFC) offre un site octaédrique par atome, d'habitabilité , et dissout jusqu'à un carbone pour dix fers ; la ferrite (fer , CC), quoique moins compacte, n'a que des sites plus petits et n'en dissout qu'un pour mille ; un refroidissement trop rapide pour que le carbone diffuse le piège dans la ferrite : c'est la martensite, l'acier trempé.
Ce que le problème installe. Les gestes du chapitre réunis : rayon et paramètre de maille ; sites de la CFC et habitabilité ; le même travail sur des sites fournis ; confrontation du modèle aux mesures. Et une propriété d'usage, la dureté d'un acier, lue sur la structure — à condition de savoir ce que la cinétique a figé.
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