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chimie quantique (PC) · Chapitre 1 · Exercice de TD

Problème : la loi de Moseley, ou comment les rayons X ont rangé les éléments

Orbitales atomiques et classification périodique · F. Architecture de la classification périodique · niveau 3 (difficile)

Énoncé

En 1913, Henry Moseley bombarde par des électrons des cibles faites de différents éléments et mesure la longueur d'onde des rayons X qu'elles émettent. Chaque élément émet des raies caractéristiques ; la plus intense, notée , apparaît quand un électron a été chassé de l'atome par le bombardement et qu'un électron vient occuper la place libérée, en émettant un photon. Le tableau donne l'énergie du photon (composante , X-ray Data Booklet) pour quelques éléments, avec leur numéro atomique actuel.

Élément
(eV)

Masses molaires : cobalt , nickel .

1) Le modèle hydrogénoïde écranté. Lors de la transition, l'électron voit le noyau, de charge , et l'électron resté sur place ; les autres électrons, plus éloignés, ont peu d'effet sur lui. On admet que tout se passe comme pour un hydrogénoïde de charge effective . Montrer que l'énergie du photon vaut alors

2) Tester la loi. Pour chaque élément du tableau, calculer la valeur de que donne le modèle à partir de , et la comparer au numéro atomique. Tracer en fonction de et en chercher la droite de régression (polyfit) ; comparer pente et ordonnée à l'origine à celles du modèle. Pourquoi l'accord est-il moins bon pour le molybdène ?

3) L'inversion cobalt–nickel. En 1913, l'ordre des éléments suivait en général celui des masses atomiques. Quel ordre les masses donnent-elles au cobalt et au nickel ? quel ordre les raies ? Lequel est confirmé par les propriétés chimiques ? Citer une autre paire d'éléments dans le même cas.

4) Les cases vides. Rangés par leurs raies X, les éléments connus en 1914 entre l'aluminium et l'or occupaient tous les rangs de à , sauf quatre : , , et . Calculer, avec le modèle, l'énergie attendue pour ces quatre éléments. Établir leur configuration électronique de valence (règle de Klechkowski) et leur bloc. Ils ont été découverts en 1923 (hafnium, ), 1925 (rhénium, ), 1937 (technétium, ) et 1945 (prométhium, ).

5) Configurations. Établir la configuration électronique fondamentale du cobalt et du nickel. Combien ont-ils d'électrons de cœur et d'électrons de valence ? Quels électrons interviennent dans l'émission ?

6) Le résultat. Énoncer en une phrase la loi établie et sa conséquence pour la classification.

Corrigé

La stratégie. Le modèle hydrogénoïde donne l'énergie d'une transition entre deux niveaux, ; la charge effective, qualitative, se réduit ici à un seul électron d'écran. La loi prévoit une droite en : on la teste par régression, puis on l'utilise pour compter les éléments.

1) La loi. Le photon emporte la différence d'énergie entre l'état initial (électron en , ) et l'état final (électron en , ). Pour un hydrogénoïde de charge : Le terme traduit l'écran de la charge du noyau par l'unique électron restant, situé plus près du noyau que l'électron ; les électrons des couches extérieures, répartis loin, n'agissent presque pas. C'est l'usage le plus simple de la charge effective : un électron d'écran, une charge en moins. Conséquence : , fonction affine du numéro atomique.

2) Le test. On inverse : . Par exemple pour le fer : .

Élément
()
calculé

Pour les six premiers éléments, le calculé tombe à près sur un entier, qui est le numéro atomique : une raie X mesure . La régression :

import numpy as np
Z = np.array([20, 26, 27, 28, 29, 30, 42])
E = np.array([3691.7, 6403.8, 6930.3, 7478.2, 8047.8, 8638.9, 17479.3])
a, b = np.polyfit(Z, np.sqrt(E), 1)
print(a, b, -b/a)        # 3.251  -4.48  1.38

donne (corrélation ) : une droite presque parfaite, de pente voisine de ( d'écart), qui coupe l'axe en au lieu de . Le modèle prévoit la loi, et ses coefficients à quelques pour cent. L'écart grandit avec : sur l'énergie du calcium, sur celle du molybdène, d'où . Dans un atome lourd, les électrons des couches et sont très fortement liés et très rapides, et le modèle hydrogénoïde simple (non relativiste, écran d'un électron exactement) devient grossier ; la loi reste une droite, mais la règle « » n'est plus qu'approchée.

3) Le cobalt avant le nickel. Par les masses, le nickel () devrait précéder le cobalt (). Par les raies, le cobalt a la raie de plus basse énergie : pour le cobalt, pour le nickel. Les propriétés chimiques donnent raison aux raies : le cobalt ressemble au rhodium et à l'iridium (colonne 9), le nickel au palladium et au platine (colonne 10) ; Mendeleïev avait d'ailleurs déjà rangé le cobalt avant le nickel, contre les masses, sans pouvoir le justifier. La masse dépend aussi du nombre de neutrons, qui n'a rien à voir avec la chimie ; la raie , elle, ne dépend que de la charge du noyau. Autres inversions : argon () et potassium () ; tellure () et iode ().

4) Les quatre cases vides. Énergies attendues par le modèle, : sous-estimées de quelques pour cent, comme pour le molybdène, mais suffisantes pour reconnaître la raie d'un élément nouveau. Configurations (Klechkowski) :

  • : , bloc , colonne 7, sous le manganèse (technétium) ;
  • : , bloc (lanthanides : prométhium) ;
  • : , bloc , colonne 4, sous le zirconium (hafnium) ;
  • : , bloc , colonne 7 (rhénium). Le comptage par dit combien d'éléments manquent et où : en particulier, il fixait à quinze le nombre exact de lanthanides, que les chimistes ne savaient pas dénombrer par leurs propriétés, toutes très voisines.

5) Cobalt et nickel. : ; : . Électrons de cœur : les de la configuration de l'argon ; électrons de valence : et , soit pour le cobalt et pour le nickel (numéros de colonne 9 et 10). La raie fait intervenir des électrons de cœur ( et ), les plus proches du noyau : c'est pour cela qu'elle ne dépend que de et presque pas de l'état chimique de l'élément (métal, oxyde ou sel), alors que l'énergie d'ionisation, qui concerne un électron de valence, varie peu et irrégulièrement avec à cause de l'écran.

6) Le résultat. Loi de Moseley : la racine carrée de l'énergie (ou de la fréquence) de la raie est une fonction affine du numéro atomique, , conséquence du modèle hydrogénoïde écranté par un électron ; le numéro atomique , nombre de charges du noyau, est donc une grandeur mesurable, et c'est lui, non la masse, qui ordonne la classification périodique.

Ce que l'exercice installe. Le modèle hydrogénoïde, appliqué à un électron interne avec une charge effective , prévoit l'énergie des raies X caractéristiques : est une fonction affine de , ce qu'une régression vérifie, et l'inversion de la loi mesure . La classification est rangée par le numéro atomique, qui fixe la configuration électronique, donc la chimie ; la masse peut s'en écarter (cobalt et nickel). Un modèle simple qui marche bien sur un domaine perd en précision aux limites (atomes lourds) sans perdre sa structure.

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