chimie quantique (PC) · Chapitre 3 · Exercice de TD
L'effet chélate se lit dans la dilution
Structure et stabilité des complexes · C. Ligands : denticité et effet chélate · niveau 2
Énoncé
L'ion zinc(II) forme avec l'ammoniac et avec l'éthane-1,2-diamine (en, bidentée) deux complexes tétraédriques, où il est lié à quatre atomes d'azote. Réactions fournies, à (constantes de Martell et Smith) : Les deux ligands ont des atomes donneurs de même nature : des azotes d'amines, de basicités voisines ( ; ).
1) Écrire la réaction d'échange , calculer sa constante et son enthalpie libre standard .
2) Le zinc est à l'état de traces dans une solution qui contient les deux ligands, à la même concentration en atomes d'azote donneurs : et . Exprimer le rapport en fonction de et de , puis le calculer pour ; ; ; . Comment évolue l'avantage du chélate quand on dilue ?
3) On fait l'hypothèse que l'enthalpie standard de l'échange est nulle, puisqu'il remplace quatre liaisons par quatre liaisons . En déduire . Interpréter son signe par le nombre d'entités libres en solution. Relier ce résultat à la question 2.
4) Pourquoi faut-il comparer des complexes à mêmes atomes donneurs pour parler d'effet chélate ?
5) Cas limite. Pour quelle concentration le rapport vaut-il ? Que se passerait-il dans une solution plus concentrée encore ? L'effet chélate est-il une propriété du complexe seul ?
Corrigé
La stratégie. La constante d'échange est le quotient des deux constantes globales. Mais n'a de sens qu'à concentrations standard : comme l'échange libère plus d'entités qu'il n'en consomme, le rapport des deux complexes dépend de la dilution, et c'est précisément là que se lit l'origine entropique de l'effet chélate.
1) L'échange. C'est la combinaison « formation de moins formation de » : L'échange est favorable, modérément pour le zinc.
2) Le rapport dépend de la dilution. De la loi d'action des masses :
| () | ||||
|---|---|---|---|---|
À d'azote, le chélate n'est que quatorze fois plus abondant ; à , dix millions de fois. Chaque dilution par dix multiplie l'avantage du chélate par cent. Le rapport est en parce que le complexe ammine a mobilisé quatre ligands libres et le chélate deux : la différence, deux entités, se lit dans l'exposant.
3) L'entropie de l'échange. Avec (même nombre et même nature de liaisons formées et rompues), : Le signe est celui attendu : l'échange consomme entités dissoutes et en libère . Deux particules libres de plus dans la solution, c'est un désordre de translation accru, donc une entropie qui croît. C'est le même fait que la question 2 : une réaction qui augmente le nombre d'entités dissoutes est favorisée par la dilution (son quotient de réaction contient plus de concentrations au numérateur), comme une dissociation. L'hypothèse est un modèle ; les mesures calorimétriques faites sur d'autres ions métalliques, avec des ligands de ce type, donnent effectivement des enthalpies très voisines pour le complexe chélaté et pour son analogue à ligands monodentés, l'écart des constantes venant pour l'essentiel du terme entropique. L'effet chélate est essentiellement entropique. Image complémentaire : une fois un azote de « en » lié, le second est maintenu tout près du métal ; sa « concentration locale » est bien plus grande que celle d'un ammoniac libre, d'autant plus que la solution est diluée.
4) À mêmes atomes donneurs. La constante d'une liaison de coordination dépend d'abord de l'atome donneur et de son doublet (énergie de l'orbitale donneuse, basicité) : comparer un ligand azoté et un ligand oxygéné mêlerait deux effets. Avec deux amines de basicités voisines, l'enthalpie des liaisons est la même ; la seule différence est la connectivité : deux azotes reliés par une chaîne contre deux azotes indépendants. L'écart de constantes isole alors l'effet chélate.
5) Point d'égalité. pour , soit Dans une solution plus concentrée encore (ammoniac quasi pur), le complexe ammine l'emporterait : l'avantage du chélate se serait inversé. L'effet chélate n'est donc pas une propriété du seul complexe : il compare deux équilibres qui ne consomment pas le même nombre de ligands, et sa mesure par suppose l'état standard (). Aux concentrations usuelles des solutions (le millimole par litre), il est énorme ; c'est pourquoi l'EDTA, hexadenté, complexe quantitativement des ions dilués que l'ammoniac laisse libres.
Ce que l'exercice installe. La constante d'un échange de ligands est le quotient des constantes globales. Un échange qui libère plus d'entités qu'il n'en consomme est favorisé par la dilution : à concentration égale en atomes donneurs, l'avantage du chélate croît comme ici. Avec des liaisons de même nature (), porte l'écart : l'effet chélate est entropique. On ne parle d'effet chélate qu'à mêmes atomes donneurs.
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