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chimie quantique (PC) · Chapitre 4 · Exercice de TD

Mesurer la rétrodonation : hexacarbonyles isoélectroniques et sel de Zeise

Catalyse par les complexes des métaux de transition · B. Coordination des ligands π : alcène, CO, H₂ · niveau 2

Énoncé

On donne ci-dessous les deux orbitales frontalières du monoxyde de carbone (axe internucléaire horizontal, carbone à gauche ; lobe positif en rose, lobe négatif en bleu) : la HO, notée , et la BV, notée (deux orbitales dégénérées, une seule est dessinée).

Le nombre d'onde de vibration d'élongation vaut dans la molécule libre et environ pour la double liaison d'une cétone (propanone). Trois complexes octaédriques isoélectroniques ont été mesurés en infrarouge (valeurs publiées, reprises dans les cours universitaires de chimie organométallique) :

complexe
en

Le sel de Zeise , premier complexe d'alcène connu (1827), a été étudié par diffraction de neutrons (Love, Koetzle, Williams, Andrews et Bau, 1975) : la liaison de l'éthène coordonné mesure , contre dans l'éthène libre. Données : V, Cr, Mn sont dans les colonnes 5, 6 et 7 ; Pt dans la colonne 10.

1) Laquelle des deux orbitales de cède des électrons au métal, laquelle peut en recevoir ? Justifier que se lie au métal par le carbone, et nommer les deux interactions métal–ligand correspondantes.

2) Pour chacun des trois complexes, déterminer le nombre d'oxydation du métal et le nombre d'électrons d. En quoi sont-ils isoélectroniques ? Classer les trois métaux selon la « richesse » en électrons qu'ils peuvent céder.

3) Interpréter l'évolution des nombres d'onde de dans la série. Pourquoi la rétrodonation affaiblit-elle la liaison ?

4) Calculer la masse réduite de la molécule (masses atomiques et ), puis la constante de raideur de la liaison dans libre, dans la cétone et dans les trois complexes. En prenant l'indice de liaison égal à dans libre et à dans la cétone, et en admettant que varie linéairement avec l'indice entre ces deux références, estimer un « indice apparent » de la liaison dans chaque complexe. Que vaut ce modèle ?

5) Dans le sel de Zeise, identifier les deux interactions orbitalaires entre l'éthène et le platine. Montrer qu'elles allongent toutes deux la liaison ; calculer l'allongement relatif. Que devient la réactivité de l'alcène coordonné ?

6) Cas limite. Le complexe vibre presque à la fréquence de libre, et le complexe (iridium, colonne 9) vibre à , au-dessus de libre ; l'ion , privé d'un électron , vibre vers . Que dit le signe de l'écart sur la nature (liante ou antiliante) de l'orbitale vis-à-vis de la liaison , et sur ce qui se passe quand la rétrodonation disparaît ?

Corrigé

La stratégie. Deux interactions, deux effets sur la liaison du ligand : la donation vide une orbitale du ligand, la rétrodonation remplit son orbitale antiliante. Le nombre d'onde de est un thermomètre de la rétrodonation : on le convertit en constante de raideur pour comparer à des liaisons d'indice connu. On suit pour cela la charge portée par le métal, à nombre d'électrons d constant.

1) Donation et rétrodonation. La HO est occupée : c'est elle qui cède un doublet à une orbitale d vacante du métal, par un recouvrement axial (interaction , la donation). La BV est vacante et de symétrie par rapport à l'axe : elle peut recevoir des électrons d'une orbitale d pleine dont les lobes sont parallèles aux siens (interaction , la rétrodonation). Les deux orbitales ont leur plus gros lobe sur le carbone : le recouvrement avec les orbitales d, dans les deux sens, est meilleur de ce côté, et se lie par le carbone, . Le monoxyde de carbone est donc un ligand σ-donneur et π-accepteur.

2) Trois métaux . Les six ligands sont neutres : le nombre d'oxydation est la charge du complexe.

complexen.o.colonneélectrons d

Les trois métaux ont six électrons d et le même entourage : seule change la charge. Le vanadium(−I) porte une charge négative sur un noyau moins chargé : ses orbitales d sont les plus hautes, ses électrons les plus faciles à céder. Le manganèse(+I) est le plus pauvre. Classement de la richesse en électrons : .

3) Le thermomètre. Plus le métal est riche, plus ses orbitales d pleines sont hautes, plus elles sont proches de la BV de : la rétrodonation croît de à . Or l'orbitale est antiliante pour la liaison : la peupler diminue l'indice de liaison, affaiblit et allonge la liaison, abaisse sa constante de raideur et donc son nombre d'onde. D'où l'ordre observé : , tous sous libre.

4) Des nombres d'onde aux raideurs. Masse réduite :

Pour libre :

De même, pour la cétone, (on garde la même masse réduite : c'est l'oscillateur isolé, un modèle). La loi linéaire passe par et : indice apparent .

() ()indice apparent
libre
cétone

La raideur varie comme le carré du nombre d'onde : une baisse de du nombre d'onde (vanadium) est une baisse de de la raideur. Dans , la liaison a perdu près des deux tiers de ce qui sépare une triple liaison d'une double. Le modèle linéaire est grossier — rien n'impose que soit affine en l'indice, et le mode mesuré dans un complexe couple six oscillateurs —, mais il ordonne les complexes et donne l'ordre de grandeur : la rétrodonation retire à chaque du vanadium(−I) environ unité d'indice, contre seulement pour le manganèse(+I).

5) L'éthène dans le sel de Zeise. Deux interactions, comme pour : la donation de l'orbitale , occupée et liante, vers une orbitale d vacante du platine ; la rétrodonation d'une orbitale d pleine vers l'orbitale , vacante et antiliante. La première retire des électrons d'une orbitale liante, la seconde en place dans une orbitale antiliante : toutes deux diminuent l'indice de la liaison , qui s'allonge :

L'allongement est modeste : le platine(+II), lié à trois chlorures, cède peu d'électrons, et la donation domine. L'alcène coordonné a perdu une partie de sa densité électronique : son caractère nucléophile (HO haute) s'efface, il devient électrophile et peut être attaqué par un nucléophile — c'est ce qu'exploite l'oxydation de l'éthylène par le palladium(+II), étudiée dans le problème. Il est aussi prêt à s'insérer dans une liaison métal–hydrure ou métal–carbone voisine.

6) Quand la rétrodonation s'éteint. Si l'on retire un électron à , le nombre d'onde monte (de à ) : la liaison se renforce, donc l'orbitale est faiblement antiliante pour (c'est surtout un doublet du carbone tourné vers l'extérieur). La donation vers le métal, qui dépeuple , tend donc à renforcer la liaison ; la rétrodonation tend à l'affaiblir. Le nombre d'onde observé est le bilan des deux. Pour un métal riche, la rétrodonation l'emporte et baisse. Pour , les deux effets se compensent presque. Pour un métal très chargé comme l'iridium(+III), la rétrodonation devient négligeable, la donation seule subsiste et dépasse celle de libre () : c'est la signature d'un σ-donneur sans rétrodonation.

Ce que l'exercice installe. Un ligand σ-donneur et π-accepteur se reconnaît à une HO occupée tournée vers le métal et à une BV de symétrie ; les deux interactions affaiblissent la liaison du ligand quand elles mettent en jeu une orbitale liante qu'on vide ou antiliante qu'on remplit. À nombre d'électrons d constant, la rétrodonation croît quand la charge du métal décroît ; le nombre d'onde de la mesure, et sa conversion en constante de raideur () la chiffre. Un alcène coordonné est allongé et appauvri : il devient électrophile.

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