chimie : thermodynamique et électrochimie (MP) · Chapitre 3 · Exercice de TD
Le bicarbonate de soude dans le four : équilibre, rupture, ou atmosphère qui décide
Équilibres chimiques : constante et évolution · D. Critère d'évolution et état final · niveau 2
Énoncé
L'hydrogénocarbonate de sodium (« bicarbonate de soude », ) se décompose en chauffant : Les deux solides sont purs et non miscibles.
| espèce | ||||
|---|---|---|---|---|
| () | ||||
| () |
1) Calculer , et . Commenter.
2) Du bicarbonate est placé dans un bocal fermé, préalablement vidé de son air, et chauffé. Les gaz ne proviennent que du solide. Exprimer la pression d'équilibre en fonction de , la calculer à 80, 100, 120 et 150 °C, et déterminer la température à laquelle elle atteint 1 bar.
3) Le bocal a un volume de (on néglige le volume des solides) et il est porté à 120 °C. Déterminer l'état final et la pression finale en fonction de la masse de bicarbonate introduite. Tracer la pression finale en fonction de .
4) Le bicarbonate est rangé dans un placard à 25 °C, au contact de l'air : , (humidité moyenne). Se décompose-t-il ? Au-dessus de quelle température, dans cet air, la décomposition devient-elle thermodynamiquement possible ? Pourquoi un sachet entamé tient-il pourtant des mois dans une cuisine chaude ?
5) Dans le procédé Solvay, le bicarbonate précipité est calciné en carbonate de sodium dans un four tournant, sous une atmosphère formée des gaz qu'il dégage, à la pression atmosphérique. Quelle température minimale faut-il ? On travaille en fait vers 160 à 200 °C : pourquoi ? Que fait-on du dioxyde de carbone ?
Corrigé
La stratégie. Les deux solides ont une activité égale à 1 tant qu'ils existent : ne dépend que des gaz. Dans un système fermé, on compare la quantité de solide à celle qu'il faudrait décomposer pour atteindre : s'il y en a assez, équilibre ; sinon, le solide disparaît, rupture d'équilibre. Dans un système ouvert sur l'atmosphère, est imposé de l'extérieur : on compare à , et l'état final n'est jamais un équilibre.
1) Les grandeurs de réaction. Fortement endothermique, et très positif (deux moles de gaz sont créées) : la décomposition est favorisée par le chauffage. À 298 K, et .
2) La pression de décomposition. Les gaz venant du seul solide, ; à l'équilibre , d'où
| (°C) | 80 | 100 | 120 | 150 |
|---|---|---|---|---|
| (bar) |
quand : , soit (119 °C). La pression est multipliée par dix tous les 30 K environ : c'est l'exponentielle de van 't Hoff, renforcée ici par l'exposant 2 du quotient.
3) Équilibre ou rupture. À 120 °C (), l'équilibre exige de gaz dans le bocal, soit Chaque mole de bicarbonate décomposée donne une mole de gaz (une demi-mole de chaque), donc il faut décomposer , soit .
- : tout le bicarbonate se décompose avant que atteigne . Le solide disparaît : transformation totale, rupture d'équilibre, avec jusqu'au bout. Pression finale , proportionnelle à (soit par gramme).
- : il reste du bicarbonate, les deux solides coexistent : équilibre, et la pression vaut quelle que soit (l'excès de solide ne change pas son activité).
La courbe est une droite qui se raccorde à un palier :
4) L'atmosphère décide. Au contact de l'air, le bocal n'est plus fermé : les pressions partielles sont imposées par l'air et À 25 °C, : , la décomposition n'est pas possible. C'est même la réaction inverse qui l'est : un carbonate de sodium laissé à l'air humide se recarbonate lentement en bicarbonate. La décomposition devient possible quand dépasse : , soit , 40 °C environ. Dans une cuisine à 30 °C, rien ne se passe ; sur une étagère au-dessus d'un four, le bicarbonate est thermodynamiquement condamné, mais la décomposition est très lente à ces températures : c'est la cinétique qui le protège. À 180 °C dans un gâteau, elle est rapide : le dioxyde de carbone dégagé fait lever la pâte.
5) La calcination. L'atmosphère du four est faite des gaz dégagés, à parts égales, sous : . Il faut , donc (le même seuil qu'en question 2). À 125 °C, ne serait que légèrement négatif et la décomposition lente ; vers 160 à 200 °C, vaut 50 à 1200 fois et la réaction est rapide. Le dioxyde de carbone, recueilli concentré, est renvoyé en tête du procédé, où il sert à précipiter de nouveau le bicarbonate : il est recyclé.
Ce que l'exercice installe. Déterminer l'état final avec des solides purs : un solide pur garde une activité égale à 1 tant qu'il existe, donc l'état final est soit un équilibre (le solide est en excès, la pression est fixée par seule), soit une transformation totale par disparition du solide (rupture d'équilibre, dans l'état final). Le seuil se calcule par la quantité de gaz que l'équilibre exige. Dans un système ouvert, est imposé par l'atmosphère, et c'est la comparaison de et de qui décide ; même permise, une transformation peut être trop lente pour être observée.
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