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chimie : thermodynamique et électrochimie (MP) · Chapitre 4 · Exercice de TD

Le fer dans l'eau : un courant de corrosion qui ne dépend plus du pH

Électrochimie : thermodynamique et cinétique des réactions redox · E. Corrosion et protection · niveau 2

Énoncé

Une plaque d'acier ordinaire plonge dans de l'eau à , de pH compris entre 4 et 10, aérée et calme. On dispose des relevés suivants sur l'acier (densités de courant en , potentiels en V/ENH) :

  • oxydation de l'acier : nulle au-dessous de , puis quasi verticale (droite de pente ) ;
  • réduction du dioxygène dissous : palier de diffusion de à ;
  • réduction de : dans la même eau désaérée, palier de diffusion mesuré à à pH 4 et à à pH 5, atteint dès ;
  • réduction de l'eau elle-même () : seulement au-dessous de .

1) Pourquoi le palier de est-il proportionnel à ? Que vaut-il à pH 6 et à pH 7 ? Pourquoi l'eau n'est-elle réduite qu'au-dessous de alors que à pH 7 ?

2) Dans l'eau aérée à pH 7, placer le potentiel de corrosion et calculer . Montrer que le résultat ne dépend pas de la pente de la branche anodique.

3) Calculer à pH 4, 5, 6, 8 et 10. Tracer en fonction du pH et commenter l'allure ; que se passe-t-il au-dessous de pH 4 et au-dessus de pH 10 ?

4) On remplace l'acier par du zinc (oxydation quasi verticale au-dessus de , réduction de l'eau sur le zinc négligeable au-dessus de , même palier de dioxygène). Comparer les courants de corrosion. Le métal le plus réducteur se corrode-t-il le plus vite ?

5) Facteurs. On mesure le palier de dioxygène dans d'autres conditions : eau agitée, fois plus haut ; eau chauffée en récipient ouvert, fois plus haut à et fois à ; en récipient fermé (le dioxygène reste dissous), fois à et fois à . En déduire l'effet de chaque facteur sur la corrosion et l'expliquer qualitativement.

6) Cas limite : un circuit de chauffage central fermé contient d'eau remplie à ( de dioxygène dissous, ) et d'acier mouillé. En combien de temps le dioxygène est-il consommé au courant de corrosion de la question 2 ? Que devient ensuite la corrosion (pH 7) ?

Corrigé

La stratégie. Trois oxydants sont en lice : , et l'eau. On repère lesquels sont réduits au potentiel de corrosion, et sur quelle portion de leur courbe (seuil, droite ou palier). Quand toute la réduction se fait sur des paliers, le courant de corrosion est la somme des paliers, quel que soit le métal.

1) Le palier de et le mur de l'eau. Sur un palier, chaque ion qui arrive à l'électrode est réduit aussitôt : le courant compte les ions apportés par diffusion, proportionnels à leur concentration. Les deux relevés le confirment ( pour un rapport des concentrations). D'où à pH 6 et à pH 7 : en milieu neutre, il n'y a presque plus d'ions à réduire. Pour obtenir un vrai dégagement de dihydrogène, il faut réduire les molécules d'eau elles-mêmes, ce qui exige sur l'acier un surpotentiel d'environ par rapport à : d'où le mur de l'eau à . En milieu acide, l'exercice précédent, était abondant et sa réduction démarrait sous l'équilibre ; en milieu neutre, la même réaction est bornée par son apport.

2) Le potentiel de corrosion à pH 7. Au voisinage de , la seule réduction notable est celle du dioxygène, sur son palier ( : , l'eau : rien au-dessus de ). La condition donne et . Le potentiel est à peine au-dessus du seuil ; si la pente anodique était deux fois plus faible ou deux fois plus forte, bougerait d'un millivolt et pas du tout : il vaut le palier. Quand le potentiel de corrosion tombe sur un palier de diffusion, le courant de corrosion est ce palier ; il ne dépend plus du métal, mais de l'apport d'oxydant. C'est le cas de l'acier dans l'eau douce, l'eau de mer et les sols humides : est l'ordre de grandeur mesuré.

3) L'influence du pH. À , les deux paliers s'ajoutent (le palier de est atteint dès ) :

pH4567810
palier de ()4,70,470,0470,0047
()14,710,510,010,010,010,0

C'est l'allure classique de la vitesse de corrosion du fer en fonction du pH : un plateau de pH 5 à pH 10 (à pH 5, le dioxygène porte encore 95 % du courant), où seul compte le dioxygène. Au-dessous de pH 5, le palier de grandit d'un facteur dix par unité de pH, puis, en milieu franchement acide, la réduction de n'est plus limitée par son apport mais par son transfert d'électrons : on retrouve le régime de l'exercice précédent, où la corrosion se compte en . Au-dessus de pH 10, le diagramme potentiel-pH de première année l'annonce : au potentiel de corrosion, le fer est dans le domaine de ses oxydes ; une couche protectrice se forme et le courant chute (passivation, traitée plus loin).

4) Le zinc. Le zinc commence à s'oxyder à ; à ce potentiel, l'eau n'est pas réduite sur lui (seuil ) et est négligeable à pH 7. Il reste le palier du dioxygène : et , le même courant que l'acier. Le zinc est beaucoup plus réducteur que le fer ( d'écart entre leurs ) et pourtant il ne se corrode pas plus vite dans l'eau aérée : la vitesse est fixée par l'oxydant qui arrive, pas par le réducteur qui l'attend.

5) Les facteurs. Le courant de corrosion suivant le palier de dioxygène, tout ce qui change le palier change la corrosion dans le même rapport :

  • l'agitation (ou une eau courante) amincit la couche d'eau que le dioxygène doit traverser par diffusion : corrosion multipliée par 4 ;
  • la température joue deux rôles contraires : la diffusion s'accélère quand l'eau chauffe, mais la solubilité du dioxygène baisse. En récipient fermé, seul le premier effet joue : à , à . En récipient ouvert, le dioxygène s'en va : à , mais seulement à (toujours par rapport à ) : entre et , la perte de solubilité l'emporte et la corrosion diminue ;
  • l'aération elle-même : sans dioxygène, il ne reste à pH 7 que le palier de ;
  • le pH, au-dessous de 4 ;
  • et, à l'exercice suivant, le contact d'un autre métal.

6) Le circuit de chauffage. Le dioxygène dissous vaut . Au courant , chaque mole de consomme quatre moles d'électrons : Ensuite, l'eau désaérée à pH 7 n'offre plus que le palier de , : la corrosion est divisée par deux mille, elle s'arrête en pratique. C'est pourquoi un circuit fermé dure des décennies, et pourquoi il ne faut pas le vidanger ni le remplir sans cesse : chaque appoint d'eau neuve rapporte sa dose de dioxygène, et la corrosion qui va avec.

Ce que l'exercice installe. En milieu neutre aéré, le courant de corrosion est le palier de diffusion du dioxygène : il ne dépend ni du métal, ni du pH (de 5 à 10), mais de tout ce qui gouverne l'apport d'oxydant. Les facteurs de corrosion se lisent alors sur ce palier : agitation, température (deux effets contraires, récipient ouvert ou fermé), aération. Et un oxydant consommé une fois pour toutes ne corrode plus.

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