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chimie : thermodynamique et électrochimie (PC) · Chapitre 5 · Exercice de TD

Sécurité d'un RPAC de polymérisation du styrène : accumulation et changement d'échelle

Procédés industriels continus : réacteurs ouverts · E. Bilan thermique d'un RPAC et points de fonctionnement · niveau 3 (difficile)

Énoncé

Le polystyrène « cristal » est fabriqué par polymérisation radicalaire du styrène en masse. Le premier réacteur de la ligne est un réacteur agité continu, assimilé à un RPAC, refroidi par une double enveloppe. Données de fonctionnement :

  • alimentation , à , composée en masse de de styrène et d'éthylbenzène (solvant, inerte) ;
  • réacteur à ; conversion du styrène ; masse contenue dans le réacteur ;
  • enthalpie de polymérisation par mole de styrène () ;
  • capacité thermique massique du mélange, quelle que soit sa composition : ;
  • double enveloppe : surface , coefficient global d'échange (le milieu est très visqueux) ;
  • le styrène bout à sous .

On raisonne en débits massiques, et l'on néglige la contraction du mélange quand le monomère se change en polymère (environ en volume à cette conversion).

1) Faire le bilan de puissance du réacteur en marche normale : puissance libérée par la polymérisation, puissance absorbée par l'échauffement de l'alimentation, flux à évacuer par la double enveloppe. Quelle doit être la température moyenne du fluide de la double enveloppe ?

2) Accumulation. Quelle masse de styrène non converti la cuve contient-elle ? On suppose qu'une panne coupe à la fois l'alimentation et le refroidissement, et que le contenu poursuit sa polymérisation jusqu'au bout sans rien échanger. Calculer l'élévation de température et la température maximale atteinte. Comparer à celle d'un réacteur fermé chargé de l'alimentation fraîche.

3) Panne d'alimentation seule. La pompe d'alimentation s'arrête ; la double enveloppe, elle, fonctionne au maximum, avec un fluide à . Comparer la puissance évacuable à la puissance libérée (à vitesse de réaction inchangée). En déduire la vitesse d'élévation de la température et le temps au bout duquel le styrène bout. Ce temps est-il surestimé ou sous-estimé ? Quelles parades prévoir ?

4) Changement d'échelle. On compare une cuve de laboratoire de et la cuve industrielle de , géométriquement semblables, cylindriques de hauteur égale au diamètre, refroidies par la paroi latérale et le fond. Calculer le rapport surface d'échange sur volume dans les deux cas. Conclure.

Corrigé

La stratégie. La sécurité d'un réacteur se juge en puissances (ce qui est produit contre ce qui peut être évacué) et en accumulation (ce qui reste à réagir et qui, en cas de panne, réagira quand même). Le bilan énergétique du RPAC s'écrit en débits massiques, avec la même structure qu'en débits volumiques : puissance libérée échauffement du flux flux évacué.

1) Bilan en marche normale. Enthalpie de polymérisation massique : . Débit d'alimentation : .

  • puissance libérée : ;
  • échauffement de l'alimentation de à : ;
  • flux à évacuer : .

L'alimentation froide absorbe 82 % de la puissance libérée : c'est le premier moyen de refroidissement du réacteur, bien avant la double enveloppe. Avec , la double enveloppe évacue avec un écart de : son fluide est vers . Un fluide trop froid ferait figer le polymère visqueux sur la paroi ; on travaille avec un caloporteur chaud.

2) L'accumulation. Le RPAC a la composition de la sortie : styrène en masse. La cuve contient de styrène prêt à réagir, soit . Le temps de séjour vaut . Si tout ce styrène polymérise sans échange, le contenu, système fermé et adiabatique de masse , s'échauffe de d'où une température maximale de , très au-dessus de l'ébullition du styrène () : la vaporisation fait monter la pression, et c'est l'explosion du réacteur si rien ne l'arrête. Un réacteur fermé chargé d'alimentation fraîche (90 % de styrène) monterait de : le RPAC, qui ne contient que du milieu déjà à demi converti, est moins dangereux que le réacteur fermé équivalent, mais il reste une réserve d'énergie considérable. La température maximale atteignable en cas de perte totale de contrôle est l'indicateur de sécurité de référence ; elle se calcule sur ce qui est accumulé, pas sur ce qui entre.

3) Panne d'alimentation seule. Le « refroidissement gratuit » par l'alimentation froide () disparaît. La double enveloppe, avec un fluide à , évacue au plus , moins que les produits. Le bilan du contenu, devenu un système fermé, donne d'où Le styrène bout () au bout d'environ . Ce temps est surestimé : la vitesse de polymérisation croît avec la température (loi d'Arrhenius), donc la puissance libérée aussi, alors que la puissance évacuée ne croît que linéairement : la montée s'accélère. Parades : une alarme et une coupure sur la température, l'injection d'un inhibiteur de polymérisation, et surtout le refroidissement par ébullition à reflux : on laisse bouillir une partie du styrène, sous pression régulée, et on condense ses vapeurs au-dessus du réacteur (schéma). Une vaporisation absorbe une puissance proportionnelle au débit vaporisé, indépendante de la surface de paroi : c'est le moyen de refroidissement des grands polymériseurs.

4) Changement d'échelle. Pour un cylindre de diamètre et de hauteur , surface latérale et fond : , volume , d'où .

  • : , ;
  • : , .

Le rapport chute d'un facteur () : à vitesse de réaction égale, la puissance libérée par unité de volume est la même, mais la puissance évacuable par la paroi par unité de volume est vingt-cinq fois plus faible à l'usine. La puissance produite croît comme le volume (), la puissance évacuée comme la surface (). Une recette sûre au laboratoire, où la paroi évacue tout, peut s'emballer à l'usine : on ne transpose jamais un protocole exothermique sans refaire le bilan de puissance.

Ce que l'exercice installe. Raisonner la sécurité en puissances et en accumulation : comparer la puissance libérée à la puissance évacuable dans chaque situation (marche, panne), et calculer la température maximale atteignable sur ce qui reste à réagir. Les pannes se hiérarchisent : l'alimentation froide est un refroidissement, sa perte peut suffire à emballer le réacteur. Au changement d'échelle, le rapport surface sur volume décroît comme : la puissance évacuable par la paroi ne suit pas la puissance produite ; les grands réacteurs se refroidissent par l'alimentation et par ébullition.

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