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chimie : thermodynamique, procédés et électrochimie (PSI) · Chapitre 5 · Exercice de TD

Problème : la plate-forme en mer, protection cathodique par anodes sacrificielles

Électrochimie : thermodynamique et cinétique des réactions redox · E. Corrosion et protection · niveau 3 (difficile)

Énoncé

La structure porteuse (le « jacket ») d'une plate-forme pétrolière en mer du Nord est un treillis de tubes d'acier dont la surface immergée vaut . On veut la protéger pendant 25 ans par des anodes sacrificielles soudées sur des potences, à quelque distance des tubes. L'eau de mer est à environ ; potentiels de terrain mesurés contre une électrode Ag/AgCl en eau de mer (/ENH).

Données (valeurs usuelles de la profession) :

  • acier dans l'eau de mer : oxydation appréciable au-dessus de /ENH, quasi verticale ; réduction du dioxygène sur un palier de diffusion de de à /ENH ; réduction de l'eau au-dessous de /ENH ;
  • densité de courant de protection de l'acier nu : au début de la vie, en moyenne sur 25 ans ; critère de protection : /Ag-AgCl ;
  • anodes en alliage d'aluminium (avec un peu de zinc et d'indium) : potentiel en service /Ag-AgCl, oxydation quasi verticale au-dessus de ce potentiel ; capacité pratique ; on ne consomme que de leur masse (facteur d'utilisation ) ; masse nette ; résistance entre une anode et l'eau de mer lointaine ;
  • zinc : capacité pratique ; magnésium : potentiel en service /Ag-AgCl, capacité pratique ;
  • masses molaires : ; ; ; une année vaut .

1) Corrosion libre. Sans protection, placer le potentiel de corrosion de l'acier et calculer le courant de corrosion de la structure. Justifier qu'il est fixé par le dioxygène, pas par l'acier.

2) Le couplage. On relie la structure aux anodes. Convertir en V/ENH le potentiel des anodes et le critère de protection. Écrire la condition qui fixe les potentiels, sachant que la structure et les anodes, séparées par l'eau de mer, ne sont plus au même potentiel : leur écart est la chute ohmique dans l'eau. Montrer que la structure devient cathode et que l'oxydation de l'acier devient négligeable. Pourquoi ne suffit-il pas de dire que « l'aluminium s'oxyde à la place du fer » ?

3) Le courant de protection. Quel courant les anodes doivent-elles fournir au début, puis en moyenne ? Pourquoi est-il égal, au potentiel de protection, au courant qui corrodait la structure ? Pourquoi diminue-t-il au cours des premiers mois ? (La réduction du dioxygène rend l'eau basique au contact de l'acier ; l'eau de mer contient des ions , et hydrogénocarbonate.)

4) La masse d'anodes. Calculer la charge à fournir en 25 ans, puis la masse d'anodes d'aluminium et leur nombre. Calculer la capacité théorique de l'aluminium (loi de Faraday) et la comparer à la capacité pratique : que traduit l'écart ? Même calcul de masse pour le zinc (capacité théorique à calculer aussi).

5) Le nombre d'anodes. Au début de la vie, la structure doit être au critère de protection. Quel courant débite alors une anode ? Combien d'anodes faut-il pour le courant initial ? Comparer au nombre de la question 4 et conclure : qu'est-ce qui dimensionne la masse, qu'est-ce qui dimensionne le nombre ? Que vaut le potentiel de la structure en milieu de vie ?

6) Le choix du métal, et le résultat. Pourquoi pas le magnésium en mer ? Pourquoi pas l'aluminium pur, dont la courbe anodique dans l'eau de mer présente un palier passif ? Les anodes protègent-elles la zone des embruns et la partie aérienne ? Énoncer le principe établi.

Corrigé

La stratégie. On reprend, à l'échelle d'une structure de quinze mille mètres carrés, la méthode des deux métaux en contact : courants totaux, conditions de signe, lecture sur les paliers. Deux nouveautés : la chute ohmique dans l'eau, qui sépare les potentiels des deux métaux, et la consommation des anodes, qui se compte comme la capacité d'une pile.

1) Corrosion libre. À , la seule réduction est celle du dioxygène, sur son palier ; l'oxydation de l'acier, quasi verticale, s'ajuste dessus. Comme pour le fer dans l'eau : Mille cinq cents ampères : un courant de corrosion d'électrolyseur industriel, fixé par l'apport de dioxygène, que l'acier soit de telle nuance ou de telle autre.

2) Le couplage. Par addition de : anodes à /ENH ; critère de protection à /ENH, sous le seuil d'oxydation de l'acier () et au-dessus du mur de l'eau (). Les électrons partent des anodes, traversent les soudures et l'acier, et sont consommés à la surface de la structure par la réduction du dioxygène ; le circuit se referme par les ions dans l'eau de mer. La condition de courant porte sur l'ensemble : résistance de l'eau entre anodes et structure. L'anode, quasi verticale, reste à ; la structure est un peu plus haut, d'autant plus que le courant est grand, mais sous si les anodes sont assez nombreuses. À ce potentiel, l'oxydation de l'acier est négligeable : la structure ne porte plus que la réduction du dioxygène, elle est cathode.

Dire « l'aluminium s'oxyde à la place du fer » ne suffit pas : il faut que le seuil d'oxydation de l'anode soit sous le critère de protection, de quoi garder la structure assez bas malgré la chute ohmique. Un métal dont l'oxydation commencerait entre et serait bien anode, mais ne descendrait pas la structure sous le critère : l'acier continuerait de se corroder, moins vite. Et il ne faut pas descendre trop bas, sous le mur de l'eau (question 6).

3) Le courant de protection. Au potentiel de protection, la structure porte sa branche cathodique, c'est-à-dire le palier du dioxygène : le courant que les anodes doivent fournir est celui que la structure consommait déjà en corrosion libre, mais ce sont désormais les anodes qui fournissent les électrons, plus l'acier. Avec les densités de dimensionnement : Le courant initial est double : l'acier nu du début est plus actif, et surtout la réduction du dioxygène, , rend l'eau basique au contact de l'acier ; il y précipite un dépôt calcomagnésien (, ) qui freine l'arrivée du dioxygène et abaisse le palier au cours des premiers mois.

4) La masse d'anodes. Charge à fournir en 25 ans au courant moyen : Masse d'aluminium, en ne consommant que de chaque anode : Capacité théorique (loi de Faraday, ) : , soit . La capacité pratique n'en est que les : une partie de l'aluminium est oxydée par l'eau elle-même, à la surface de l'anode, sans que ses électrons passent dans le circuit. C'est l'exact analogue d'un rendement faradique : une réaction parasite détourne une partie de la matière. Pour le zinc : théorique, pratique (), et une masse de : deux fois et demie plus lourd que l'aluminium, d'où l'usage des alliages d'aluminium sur les grandes structures.

5) Le nombre d'anodes. Au début de la vie, la structure est au critère (), l'anode à : la tension motrice se perd tout entière dans la résistance de l'eau. Une anode débite donc C'est plus que les 609 exigées par la masse : le courant initial gouverne, et l'on installe 780 anodes (). Les deux critères portent sur deux grandeurs différentes : la masse sur la charge à fournir pendant toute la vie (une capacité, comme celle d'une pile) ; le nombre sur le courant à fournir au début, limité par la chute ohmique de chaque anode. En milieu de vie, chaque anode ne débite plus que , la chute ohmique tombe à et la structure est à : bien protégée, sans surprotection.

6) Le choix du métal, et le résultat. Le magnésium (/ENH) pousserait, près des anodes, l'acier au-dessous de : réduction de l'eau sur la structure, dégagement de dihydrogène, revêtements décollés, aciers fragilisés (surprotection) ; et sa capacité pratique ( pour théoriques, ) montre qu'il se corrode beaucoup par lui-même. On le réserve aux sols et à l'eau douce, très résistifs, où il faut une grande tension motrice. L'aluminium pur se passive dans l'eau de mer : sa courbe anodique s'aplatit sur un palier passif, son potentiel remonte vers celui de l'acier et il ne débite plus ; l'indium et le zinc de l'alliage empêchent la couche passive de se former. Enfin, la protection cathodique exige un électrolyte continu entre l'anode et l'acier : la zone des embruns et la partie aérienne, seulement mouillées par intermittence, ne sont pas protégées ; on les couvre de revêtements épais (et d'une surépaisseur d'acier).

Le résultat : principe de la protection cathodique par anode sacrificielle. Reliée électriquement à un métal dont l'oxydation devient appréciable à un potentiel plus bas que le sien, une structure d'acier immergée forme avec lui une pile en court-circuit dont elle est la cathode : son potentiel est abaissé sous le seuil d'oxydation du fer (protection), sans descendre jusqu'à la réduction de l'eau (surprotection). L'anode fournit alors le courant cathodique que porte la structure — la réduction du dioxygène, limitée par la diffusion, c'est-à-dire le courant même qui la corrodait. Ce courant, intégré sur la durée de service et divisé par la capacité massique pratique de l'anode, fixe la masse d'anodes ; la chute ohmique dans l'électrolyte fixe leur nombre.

Ce que le problème installe. La protection par anode sacrificielle se lit entièrement sur des courbes courant-potentiel données : le courant de corrosion libre (palier du dioxygène), la condition de courant sur deux métaux séparés par une résistance, la fenêtre entre le seuil d'oxydation de l'acier et le mur de l'eau. Le dimensionnement réunit deux outils de l'électrochimie : la capacité électrique (charge sur la vie, d'où la masse, avec un « rendement » qui traduit une réaction parasite) et la chute ohmique (courant initial, d'où le nombre). Et le choix du métal mobilise tout le reste : potentiel, surprotection, passivation.

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