chimie : transformation de la matière (MPI) · Chapitre 1 · Exercice de TD
Pourquoi l'état final est unique, et comment le calculer
Transformations chimiques et équilibre · E. Constante d'équilibre et critère d'évolution · niveau 3 (difficile)
Énoncé
- Pour en solution diluée, , , , établir l'équation vérifiée par l'avancement volumique à l'équilibre. Elle a deux racines, et : laquelle est physique, et pourquoi ?
- Cas général : une réaction en solution diluée, à volume fixé égal à 1 L, entre solutés (les solides et le solvant, d'activité 1, n'interviennent pas). On note et l'intervalle où toutes ces quantités sont strictement positives. Montrer que , et que tend vers et vers aux bornes de l'intervalle (on suppose qu'un produit au moins est absent en et qu'un réactif au moins s'épuise en ). En déduire l'existence et l'unicité de l'état d'équilibre, et expliquer la seconde racine du 1).
- Écrire une fonction Python
etat_final(nu, n0, K)qui renvoie l'avancement à l'équilibre par dichotomie sur . Pourquoi travailler sur le logarithme ? Combien d'itérations faut-il pour une précision ? La tester sur l'encadré du cours (, , réactifs à : ) et sur le 1). - On l'applique à , , . Que renvoie-t-elle pour la concentration finale des ions cuivre, et pourquoi ? Comment obtenir correctement cette concentration ?
- Pour un mélange de gaz parfaits à et fixées, contenant éventuellement des gaz inertes, montrer que , avec , et que cette quantité est strictement positive. On admet l'inégalité de Cauchy-Schwarz : pour des réels et , , avec égalité si et seulement si les et les sont proportionnels. Conclure.
Corrigé
1) Deux racines, une seule solution. Le tableau donne et (en , ). L'équilibre s'écrit de discriminant , d'où , soit et . La seconde donnerait : elle sort de l'intervalle des avancements possibles. La racine physique est . La question est : est-on sûr qu'il n'y en a jamais deux dans l'intervalle ? C'est ce que démontre la suite.
2) Existence et unicité. Ce qu'on démontre : sur , l'équation a exactement une solution. La stratégie : montrer que est une fonction continue strictement croissante qui va de à , puis invoquer le théorème des valeurs intermédiaires et la stricte monotonie.
La dérivée. Avec et , numériquement, et En dérivant chaque terme, , d'où puisque chaque terme est positif et qu'il y a au moins une espèce qui réagit. Le point clé : apparaît deux fois — en exposant dans et dans la dérivée de — et le carré efface son signe : réactif ou produit, chaque espèce fait croître .
Les limites. Quand , un produit au moins voit sa quantité tendre vers ; son exposant est positif, donc , tandis que les autres facteurs restent bornés et non nuls : . Quand , un réactif s'épuise ; son exposant est négatif, donc : .
Conclusion. La fonction est continue et strictement croissante sur l'intervalle ouvert, de limites et . Par le théorème des valeurs intermédiaires, elle s'annule ; par stricte croissance, en un seul point. L'état d'équilibre existe et il est unique, ce qui achève la démonstration. En prime, on retrouve le critère d'évolution : à gauche de , à droite.
La seconde racine du 1). Multiplier par « oublie » le domaine : pour , est négatif mais son carré est positif. La démonstration garantit qu'il n'y a qu'une racine dans l'intervalle ; la racine parasite est hors de l'intervalle.
3) La dichotomie. On encadre la racine dans et l'on divise l'intervalle par deux à chaque étape, en gardant la moitié où change de signe — ce qui est licite parce que est strictement croissante.
from math import log
def etat_final(nu, n0, K, eps=1e-12):
# solutes, V = 1 L ; nu : coefficients ; n0 en mol
# bornes : un produit s'epuise / un reactif s'epuise
xi_min = max(-n / v for v, n in zip(nu, n0) if v > 0)
xi_max = min(-n / v for v, n in zip(nu, n0) if v < 0)
def g(xi): # ln Qr - ln K, croissante
return (sum(v * log(n + v * xi)
for v, n in zip(nu, n0)) - log(K))
a, b = xi_min, xi_max
while b - a > eps:
m = (a + b) / 2
if g(m) < 0: # Qr < K : equilibre plus loin
a = m
else:
b = m
return (a + b) / 2
print(round(etat_final([-1, -1, 1, 1], [1, 1, 0, 0], 4), 4))
print(round(etat_final([-1, -1, 1], [1, 1, 0], 10), 4))
Le programme affiche 0.6667 puis 0.7298 : on retrouve l'encadré du cours et la racine physique du 1).
Pourquoi le logarithme ? Parce que varie sur des dizaines d'ordres de grandeur et peut dépasser la capacité des nombres flottants ; reste modéré et transforme les produits en sommes. Le nombre d'itérations : après étapes, l'intervalle a pour longueur ; il faut donc , soit une quarantaine d'itérations pour sur un intervalle de longueur 1. La stricte croissance démontrée au 2) garantit que la dichotomie converge vers la solution.
4) Les limites de la machine. Avec etat_final([-1, 1], [0.10, 0.0], 1e37), la fonction renvoie un avancement de 0.09999999999963621 mol, donc un reste . C'est faux de vingt-cinq ordres de grandeur. La dichotomie fournit à près, et le reste, différence de deux nombres presque égaux, n'est connu qu'à près. Diminuer n'y peut rien : un flottant voisin de n'est représenté qu'à près environ.
Le remède est chimique, pas informatique : on change d'inconnue. On prend pour inconnue le reste et l'on écrit ; l'équation se résout exactement, . C'est le geste classique : hypothèse de transformation totale, puis reste calculé par la constante. Un programme ne dispense pas de l'hypothèse sur l'état final ; il la complète.
5) Le cas des gaz à pression fixée. Pour des gaz parfaits, , où compte aussi les inertes. Donc À fixée, le dernier terme est constant ; et , de dérivée . D'où Un terme négatif est apparu. Stratégie : écrire comme un produit scalaire et appliquer Cauchy-Schwarz. Pour les espèces qui réagissent, posons et ; alors , et la seconde inégalité parce que les espèces qui réagissent ne sont qu'une partie du mélange. En divisant par : la dérivée est positive ou nulle. L'inégalité est stricte : l'égalité dans Cauchy-Schwarz exigerait proportionnel à , c'est-à-dire pour toutes les espèces ; or les sont tous positifs, alors que les sont de signes opposés pour les réactifs et les produits. Impossible. Les limites aux bornes sont celles du 2), restant strictement positif et borné. L'état d'équilibre d'un mélange gazeux à et fixées existe et est unique, inertes ou pas.
Niveau. L'inégalité de Cauchy-Schwarz, démontrée plus tard en mathématiques, est ici admise : cette question est d'un niveau supérieur aux autres.
Ce que l'exercice installe. L'unicité de l'état d'équilibre se démontre : croît strictement avec l'avancement, grâce au carré des coefficients. Elle justifie la dichotomie et élimine les racines parasites. Et un programme résout à la précision des flottants : l'hypothèse sur l'état final reste le travail du chimiste.
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