économie (ECT, 1re et 2e années) · Chapitre 17 · Exercice de TD
Assurance ou solidarité ?
Risques sociaux, inégalités et défis environnementaux · niveau 3 (difficile)
Énoncé
Construire une argumentation répondant à la question : « La protection sociale française doit-elle reposer davantage sur une logique d'assurance ou sur une logique de solidarité ? » Vous mobiliserez Bismarck et Beveridge, les trois logiques de protection, la redistribution horizontale et verticale, et au moins deux données du chapitre.
Corrigé
Problématique. La protection sociale française, d'origine assurantielle, s'est étendue à toute la population par l'impôt. Faut-il renforcer le lien entre cotisations et droits, ou la solidarité envers ceux qui n'ont pas pu cotiser ?
I. Les atouts de la logique d'assurance.
- Des droits acquis par le travail, perçus comme une contrepartie et non une aide : forte légitimité, faible stigmatisation.
- Un revenu de remplacement proportionnel au revenu antérieur, qui maintient le niveau de vie (redistribution horizontale : des actifs vers les retraités, des bien-portants vers les malades).
- Une incitation au travail, puisque les droits dépendent de l'activité.
II. Les limites de l'assurance et les atouts de la solidarité.
- L'assurance couvre mal ceux qui ont des carrières précaires ou interrompues : elle reproduit les inégalités du marché du travail.
- La pauvreté reste élevée : 15,4 % de la population en 2024, 9,8 millions de personnes (Insee) ; seule une logique d'assistance ou universelle les atteint.
- Le financement par les cotisations pèse sur le coût du travail ; la CSG, assise sur tous les revenus, élargit l'assiette.
- Les logiques universelle et d'assistance assurent une redistribution verticale.
III. Une combinaison à rééquilibrer selon les risques. Les risques liés au revenu d'activité (retraite, chômage) relèvent naturellement de l'assurance ; ceux qui touchent tout le monde (santé, famille) relèvent de l'universalité ; la pauvreté relève de l'assistance, à condition de réduire le non-recours et les trappes à inactivité (prime d'activité). Le poids de la dépense (31,9 % du PIB en prestations en 2024, Drees) oblige à arbitrer entre ces logiques plutôt qu'à les cumuler.
Conclusion. Le débat oppose moins deux modèles qu'il ne pose la question de la frontière entre eux : à chaque risque la logique la plus adaptée.