électromagnétisme (MP) · Chapitre 2 · Exercice de TD
Le champ électrique de beau temps : la Terre est chargée, l'air aussi
Électrostatique · E. Théorème de Gauss · niveau 3 (difficile)
Énoncé
Par beau temps, au-dessus d'un sol plat et dégagé, on mesure un champ électrique vertical, dirigé vers le bas, de norme au niveau du sol. Des ballons-sondes montrent que sa norme décroît avec l'altitude ; on modélise , avec . Rayon terrestre .
1) La charge de la Terre. On admet que la charge de la Terre est répartie avec la symétrie sphérique. Par le théorème de Gauss appliqué à une sphère qui entoure la Terre au ras du sol, calculer la charge de la Terre et sa densité surfacique moyenne . Signe ?
2) La charge de l'air. Justifier qu'à l'échelle de quelques kilomètres on peut traiter le sol comme un plan infini et considérer que le champ ne dépend que de . Par le théorème de Gauss appliqué à un cylindre d'axe vertical compris entre les altitudes et , exprimer la densité volumique de charge de l'air. Calculer , et l'exprimer en charges élémentaires par centimètre cube.
3) Calculer la charge totale portée par une colonne d'air de section posée sur le sol, et la comparer à la charge du sol sous cette colonne. En déduire pourquoi le champ s'annule en altitude.
4) Par circulation du champ, exprimer le potentiel , le sol étant pris pour origine. Que vaut ? Interpréter.
5) L'air n'est pas parfaitement isolant : par beau temps, une densité de courant verticale (des ions positifs qui descendent) parcourt l'atmosphère. Calculer le courant total qui arrive sur la Terre, et la durée au bout de laquelle la charge de la Terre serait neutralisée si rien ne la reconstituait. Qu'en conclure ?
Corrigé
La stratégie. Deux échelles, deux surfaces de Gauss : une sphère pour la charge totale de la Terre ; à l'échelle de l'atmosphère (), une tranche mince, qui relie la variation du champ à la charge qu'elle contient. Puis la circulation, et la conservation de la charge.
1) La Terre porte . Avec la symétrie sphérique, , et au ras du sol (champ vers le bas, c'est-à-dire vers le centre). Sur la sphère de rayon (un peu au-dessus du sol, de sorte que la charge de l'air comprise entre le sol et elle soit négligeable) : avec et . La densité surfacique moyenne vaut . Une charge énorme, mais une densité infime : un électron excédentaire par carré de de côté. Gauss ne dit pas où est la charge, seulement combien il y en a ; et, contrairement au plan isolé ( de chaque côté), tout le flux sort ici du même côté, d'où .
2) L'air est chargé positivement. Le modèle plan. : sur quelques kilomètres, la courbure est invisible, et la distribution (sol et air) est invariante par translation horizontale ; c'est ce qui justifie de la modéliser par une distribution infinie. Le champ ne dépend que de , et tout plan vertical est plan de symétrie : avec .
La tranche. Cylindre d'axe vertical, de section , entre et . Le flux latéral est nul ( vertical) ; sur la base supérieure, la normale sortante est , sur la base inférieure : d'où
Le champ, dirigé vers le bas, est plus intense en bas : le flux qui sort par la base inférieure, , l'emporte sur le flux qui entre par la base supérieure, ; le flux net est sortant, la tranche contient une charge positive. Au sol : et : 3,3 charges élémentaires par centimètre cube. Pour molécules par centimètre cube : un déséquilibre infime suffit à courber le champ sur deux kilomètres.
3) L'ensemble sol plus air est neutre. Charge de la colonne : La colonne porte exactement l'opposé de la charge du sol qu'elle recouvre : l'ensemble est neutre, et, vu d'en haut, ne crée plus de champ. Sol et atmosphère forment un condensateur plan dont l'armature positive serait diluée sur quelques kilomètres.
4) entre le sol et la haute atmosphère. Par circulation le long de la verticale, , d'où et, très loin du sol, Le potentiel croît avec l'altitude : le champ pointe vers les potentiels décroissants, ici vers le sol. L'ionosphère est à environ au-dessus du sol ; de cette différence se joue sous .
5) Neuf minutes, et des orages pour recharger. Le courant qui arrive sur toute la surface : Ces charges positives neutralisent la charge négative du sol en une durée de l'ordre de Or le champ de beau temps est permanent : un générateur recharge la Terre, ce sont les orages. Environ deux mille sont actifs à chaque instant, et chacun ramène vers le sol, par la foudre et les décharges, de l'ordre de de charges négatives : . C'est le circuit électrique global (orages générateurs, air de beau temps résistant), d'une puissance .
Ce que l'exercice installe. La surface de Gauss suit l'échelle : une sphère pour la charge totale, une tranche mince pour une densité qui varie, (une variation du champ révèle une charge). Un modèle infini se justifie par un rapport d'échelles. Et un ordre de grandeur bien posé () révèle un mécanisme caché.
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