Électrostatique
Cours complet · électromagnétisme (MP), chapitre 2 · CPGE MP (2e année)
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L'électrostatique étudie le champ électrique créé par des charges immobiles, ou plus précisément dans l'approximation des régimes stationnaires où les distributions de charges sont indépendantes du temps. Bien que l'électromagnétisme soit gouverné dans le cas général par les quatre équations de Maxwell, le régime statique découple les phénomènes électriques et magnétiques : le champ électrostatique ne dépend alors que de la distribution de charges, et le champ magnétostatique que de la distribution de courants (chapitre suivant).
Ce chapitre reprend et approfondit les acquis de PCSI (loi de Coulomb, potentiel, énergie) et introduit deux outils centraux de la deuxième année : l'exploitation systématique des symétries et invariances des sources pour prévoir la structure du champ, et le théorème de Gauss pour en calculer la norme dans les cas de haute symétrie. On termine par les aspects énergétiques et l'analogie formelle avec le champ gravitationnel newtonien.
2.1 Champ et potentiel d'une charge ponctuelle
2.1.1 Loi de Coulomb
L'interaction électrostatique entre deux charges ponctuelles immobiles est décrite par la loi expérimentale de Coulomb (1785).
Deux charges ponctuelles et , placées respectivement en et dans le vide, exercent l'une sur l'autre des forces opposées. La force exercée par sur s'écrit
La constante est la permittivité du vide et .
La force est répulsive pour deux charges de même signe () et attractive pour des charges de signes opposés. Sa décroissance en est identique à celle de la gravitation ; à distance égale, l'interaction électrique entre deux protons est cependant environ fois plus intense que leur interaction gravitationnelle.
2.1.2 Champ électrostatique d'une charge ponctuelle
On interprète l'action à distance en introduisant un intermédiaire, le champ électrostatique : la charge placée en modifie l'espace environnant, et une charge test placée en subit la force .
Une charge ponctuelle située en crée en tout point (repéré par ) le champ électrostatique
Le champ s'exprime en volts par mètre (). Il est radial, dirigé vers l'extérieur si , vers la charge si .
2.1.3 Potentiel électrostatique
Le champ d'une charge ponctuelle dérive d'un potentiel scalaire. En remarquant que , il vient avec :
la constante étant choisie nulle lorsqu'on prend l'origine des potentiels à l'infini. Le potentiel s'exprime en volts ().
L'énergie potentielle d'une charge placée en un point où règne le potentiel (créé par les autres charges) vaut
Pour deux charges ponctuelles distantes de , on retrouve .
2.2 Distributions de charges et superposition
2.2.1 Modélisations continues
À l'échelle macroscopique, on renonce à décrire chaque charge élémentaire et on introduit des densités selon la géométrie de la source :
- densité volumique (en ) : ;
- densité surfacique (en ) : ;
- densité linéique (en ) : .
2.2.2 Principe de superposition
Les équations de l'électrostatique étant linéaires, le champ (et le potentiel) créé par un ensemble de sources est la somme des champs (et potentiels) créés par chacune séparément.
Pour une distribution volumique occupant un volume , le champ et le potentiel en s'écrivent
Pour une distribution discrète : et .
Le calcul direct de ces intégrales est souvent lourd. On lui préfère, dès que la symétrie le permet, la démarche « symétries Gauss » développée plus bas. Un calcul vectoriel se ramène toujours au calcul de composantes scalaires : ne jamais additionner des vecteurs de directions différentes sans les projeter.
2.3 Propriétés de symétrie et d'invariance
L'exploitation des symétries de la distribution source permet, avant tout calcul, de connaître la direction du champ et les variables dont il dépend. C'est l'étape préalable indispensable à l'usage du théorème de Gauss.
2.3.1 Symétries : direction du champ
Le champ est un vrai vecteur (vecteur polaire). Il se transforme comme le vecteur position dans une symétrie géométrique de la distribution des sources.
- Si un plan est plan de symétrie de la distribution de charges, alors en tout point de le champ appartient à .
- Si un plan est plan d'antisymétrie (les charges se transforment en charges opposées), alors en tout point de le champ est orthogonal à .
En un point appartenant à deux plans de symétrie, est porté par leur intersection.
2.3.2 Invariances : variables dont dépend le champ
Si la distribution de charges est invariante par une transformation géométrique (translation, rotation), alors les grandeurs et le sont aussi : le champ ne dépend pas de la variable associée.
Méthode : Analyse préalable au calcul du champ
- Choisir le système de coordonnées adapté à la géométrie (cartésien, cylindrique, sphérique).
- Invariances : repérer les translations/rotations laissant la source invariante variables dont ne dépend pas.
- Symétries : en , trouver les plans de symétrie/antisymétrie de la source passant par direction de .
- En déduire la forme , puis appliquer Gauss.
- Fil infini (axe , densité ) : invariance par translation selon et par rotation autour de ne dépend que de . Les plans contenant et l'axe, et le plan perpendiculaire à l'axe passant par , sont plans de symétrie (radial cylindrique).
- Plan infini (, densité ) : invariance par translation selon et ne dépend que de . Tout plan perpendiculaire au plan chargé est plan de symétrie .
- Distribution à symétrie sphérique (centre ) : invariance par toute rotation autour de ne dépend que de . Tout plan passant par et est plan de symétrie (radial sphérique).
2.4 Circulation et potentiel
2.4.1 Circulation du champ électrostatique
La circulation du champ électrostatique le long d'un chemin allant de à ne dépend que des extrémités :
et sur tout contour fermé . Le champ électrostatique est donc à circulation conservative ; il dérive d'un potentiel scalaire :
La relation locale (équation de Maxwell–Faraday en régime stationnaire) est équivalente à l'existence du potentiel. Le signe « moins » traduit que pointe vers les potentiels décroissants.
En coordonnées cartésiennes,
Les expressions du gradient en coordonnées cylindriques et sphériques ne sont pas à mémoriser : elles sont fournies si nécessaire.
2.4.2 Lignes de champ et équipotentielles
Une ligne de champ est une courbe tangente en chaque point à ; une équipotentielle est une surface .
Les lignes de champ électrostatique sont orthogonales aux surfaces équipotentielles et orientées dans le sens des potentiels décroissants. En effet, le long d'un déplacement sur une équipotentielle, , donc .
Le resserrement des lignes de champ (tubes de champ étroits) signale un champ intense ; leur évasement loin des sources traduit sa décroissance. Sur une carte de champ, les lignes divergent des charges positives (sources) et convergent vers les charges négatives (puits) ; une carte dont les lignes formeraient des boucles fermées ne peut pas être celle d'un champ électrostatique, puisque sa circulation serait non nulle.
2.5 Théorème de Gauss
2.5.1 Énoncé
Le flux du champ électrostatique à travers une surface fermée (orientée vers l'extérieur) est égal à la charge intérieure à cette surface divisée par :
où est la charge enfermée par .
Ce théorème est la forme intégrale de l'équation de Maxwell–Gauss (obtenue par le théorème d'Ostrogradski). Seule la charge intérieure contribue au flux, mais les charges extérieures contribuent, elles, au champ en chaque point de .
Méthode : Calcul d'un champ par le théorème de Gauss
Applicable seulement lorsque les symétries donnent avec constant sur une surface bien choisie :
- déterminer par symétrie/invariance la forme de ;
- choisir une surface de Gauss fermée passant par le point , adaptée à la symétrie (cylindre, sphère) ;
- calculer le flux : sort des intégrales sur les faces où , le flux est nul là où ;
- évaluer puis résoudre en .
2.5.2 Fil infini uniformément chargé
On considère un fil infini d'axe portant la densité linéique uniforme . L'analyse de symétrie donne (radial cylindrique).
Démonstration
On prend pour surface de Gauss un cylindre de rayon et de hauteur coaxial au fil. Le flux à travers les deux disques de base est nul (). Sur la surface latérale est parallèle à et y est constant :
La charge intérieure est . Le théorème de Gauss donne , soit
Le potentiel s'obtient par . La décroissance en (et non ) reflète la géométrie infinie du fil ; on ne peut pas choisir l'origine des potentiels à l'infini.
2.5.3 Plan infini uniformément chargé
Plan portant la densité surfacique uniforme . La symétrie donne , avec (le plan est plan de symétrie de la source).
De part et d'autre du plan,
Le champ est uniforme de chaque côté et subit une discontinuité à la traversée du plan.
Démonstration
On choisit une surface de Gauss cylindrique droite (« pilulier »), d'axe , de section , débordant symétriquement de part et d'autre du plan entre les cotes et .
Le flux latéral est nul (). Sur les deux bases, est parallèle à la normale sortante et de même norme par symétrie :
La charge intérieure est . Gauss donne , d'où , indépendant de .
2.5.4 Sphère et boule uniformément chargées
Considérons une boule de rayon chargée uniformément en volume, de densité , de charge totale . Le champ est radial .
À l'extérieur, tout se passe comme si la charge était concentrée au centre.
Démonstration
Surface de Gauss : sphère de rayon centrée en . Par symétrie est constant sur cette sphère et , donc .
- Pour : , d'où et .
- Pour : , d'où , croissant linéairement de (au centre) à sa valeur en surface.
Le champ est continu en (pas de charge surfacique). Pour une sphère creuse chargée en surface, on aurait à l'intérieur et à l'extérieur, avec discontinuité .
2.5.5 Condensateur plan
Un condensateur plan est formé de deux plaques parallèles, de surface , distantes de (avec pour négliger les effets de bord), portant les charges et , soit les densités avec .
Entre les armatures, les champs des deux plans s'ajoutent ; à l'extérieur, ils se compensent :
La différence de potentiel et la capacité valent
Démonstration
Chaque plan crée un champ uniforme de norme dirigé de la plaque vers la plaque . Entre les armatures les deux contributions sont de même sens : . À l'extérieur elles sont opposées : . La d.d.p. entre armatures vaut . Avec , on obtient .
Le champ ne peut croître indéfiniment : au-delà du champ disruptif de l'air (), une étincelle (claquage) court-circuite le condensateur. C'est ce qui limite en pratique la tension applicable. Pour situer cette valeur : le champ électrique atmosphérique au sol par beau temps vaut , tandis que le champ régnant au niveau de l'électron dans l'atome d'hydrogène atteint — hors de portée de tout dispositif macroscopique.
2.6 Le dipôle électrostatique
De nombreuses molécules (eau, chlorure d'hydrogène, …) sont globalement neutres mais possèdent des barycentres des charges positives et négatives distincts : à distance, elles se comportent comme un dipôle électrostatique. Ce modèle, analogue exact du dipôle magnétique du chapitre suivant, décrit le potentiel et le champ créés par une telle molécule et les actions qu'un champ extérieur exerce sur elle.
2.6.1 Moment dipolaire
Un doublet électrostatique est l'ensemble de deux charges opposées et () séparées d'une distance . Son moment dipolaire est le vecteur
où est le vecteur allant de la charge vers la charge . On parle de dipôle lorsqu'on observe ce doublet à grande distance devant (approximation dipolaire, ).
À l'échelle moléculaire on exprime souvent en debye : . La molécule d'eau a un moment , ce qui, avec , correspond à une charge partielle de l'ordre de sur chaque atome.
2.6.2 Potentiel et champ créés à grande distance
On place le dipôle à l'origine, porté par l'axe , et on repère le point par ses coordonnées sphériques d'axe .
Dans l'approximation dipolaire (), le potentiel créé en vaut
et le champ électrique qui en dérive s'écrit, en coordonnées sphériques,
Démonstration
Le point est vu des deux charges (en ) et (en ) à des distances et . Par superposition,
Au premier ordre en , , d'où et
Le champ s'obtient par en sphérique : et .
Le potentiel et le champ d'un dipôle décroissent plus vite que ceux d'une charge ponctuelle (monopôle) :
Cette décroissance plus rapide traduit la neutralité globale du dipôle : de loin, les deux charges opposées se « masquent » partiellement. De plus et dépendent de l'orientation : le champ est maximal dans l'axe () et minimal dans le plan équatorial ().
2.6.3 Actions d'un champ extérieur sur un dipôle rigide
On considère un dipôle rigide (moment de norme fixée) plongé dans un champ extérieur .
- Moment (couple) : , qui tend à aligner sur .
- Résultante : en champ uniforme, les forces et se compensent, : le dipôle ne subit qu'un couple. En champ non uniforme,
qui attire le dipôle (aligné) vers les zones de champ intense.
- Énergie potentielle : , minimale quand (équilibre stable), maximale en position antiparallèle (équilibre instable).
Démonstration (Couple et énergie)
Notons l'angle . Les deux forces forment un couple de moment , soit vectoriellement . Le travail de rotation dérive de l'énergie . On vérifie et l'équilibre stable en .
2.6.4 Exemples résolus sur le dipôle
Comparer la norme du champ dipolaire à distance dans l'axe () et dans le plan équatorial ().
Démonstration
Dans l'axe, (colinéaire à , même sens) : . Dans le plan équatorial, (opposé à ) : . Le champ axial est deux fois plus intense que le champ équatorial, à même distance.
Une molécule de moment et de moment d'inertie est placée dans un champ uniforme . Étudier son mouvement autour de l'équilibre.
Démonstration
Le couple donne , où . Pour les petits angles, : oscillations harmoniques de pulsation autour de ( minimale, équilibre stable). C'est le mécanisme de l'orientation des molécules d'eau dans un four à micro-ondes.
2.7 Aspects énergétiques
2.7.1 Énergie d'un condensateur et densité d'énergie
L'énergie stockée dans un condensateur de capacité chargé sous la tension est
En l'exprimant à l'aide du champ et du volume occupé par le champ :
est la densité volumique d'énergie électrostatique (). Bien qu'établie sur le condensateur plan, cette expression est générale : l'énergie est « stockée dans le champ » lui-même, en tout point de l'espace.
2.7.2 Énergie de constitution d'une boule chargée
(Complément hors programme.)
On construit la boule finale (rayon , charge , densité ) en amenant depuis l'infini des couches successives. Lorsque la boule a le rayon et la charge , ajouter la couche (charge ) coûte
En intégrant de à et en réexprimant avec :
Cette énergie d'auto-construction rend compte, en physique nucléaire, du terme coulombien qui déstabilise les gros noyaux.
2.8 Analogie avec le champ gravitationnel
Les lois de Coulomb et de Newton ont la même structure en . On passe formellement de l'une à l'autre par les correspondances :
| Électrostatique | Gravitation | |
|---|---|---|
| Force | ||
| [1.2ex]
Champ</td><td style="text-align:left;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top"></td><td style="text-align:left;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top"></td></tr><tr style=""><td style="text-align:left;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top">[1.2ex] Potentiel</td><td style="text-align:left;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top"></td><td style="text-align:left;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top"></td></tr><tr style="border-bottom:1.5px solid #2E2C26"><td style="text-align:left;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top">[1.2ex] Th. de Gauss</td><td style="text-align:left;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top"></td><td style="text-align:left;padding:8px 12px;color:#34332D;vertical-align:top"></td></tr></table></div> iRemarque
La différence essentielle : les masses sont toujours positives et la gravitation est toujours attractive (), alors que les charges des deux signes rendent l'interaction électrique tantôt attractive tantôt répulsive. L'analogie permet d'importer directement les résultats : le champ gravitationnel d'un astre à symétrie sphérique de masse vaut à l'extérieur () et croît en à l'intérieur, exactement comme la boule chargée. 2.9 Synthèse du chapitreÀ retenir
Charge ponctuelle : , , . Structure du champ : ; ; circulation conservative ; lignes de champ équipotentielles, orientées vers les potentiels décroissants. Méthode : invariances variables ; symétries (plan de sym. dans le plan, antisym. plan) direction ; puis Gauss . Résultats de référence :
Énergie : ; . Analogie gravitationnelle : , . <i class="fa-solid fa-dumbbell mr-2" style="color:#2E7559"></i>2.10 Exercices résolusExemple 2.18Champ sur l'axe d'un anneau chargé Un anneau de rayon , de charge totale uniformément répartie, est centré en dans le plan . Déterminer en un point de l'axe , à la cote .
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