électromagnétisme (MPI) · Chapitre 8 · Exercice de TD
Problème : l'atome classique s'effondre, la formule de Larmor appliquée à l'électron en orbite
Rayonnement du dipôle oscillant · D. Indicatrice de rayonnement · niveau 3 (difficile)
Énoncé
Dans le modèle planétaire de Rutherford (1911), l'atome d'hydrogène est un électron, de charge et de masse , en orbite autour d'un proton fixe placé en . On étudie, avec l'électromagnétisme classique, une orbite circulaire de rayon dans le plan , parcourue à la vitesse angulaire . Données : , , , , rayon initial ; on pose (le « rayon classique de l'électron »).
Résultats fournis. (i) En un point de la zone de rayonnement, à la distance de dans la direction , un dipôle de moment quelconque (de direction éventuellement variable) rayonne le champ où est la projection de sur le plan orthogonal à ; pour un dipôle d'axe fixe, c'est l'expression du cours (exercice 2). (ii) Formule de Larmor : un dipôle rayonne la puissance moyenne ; une charge ponctuelle , d'accélération , non relativiste, rayonne la puissance instantanée Dans ce problème, désigne l'accélération de l'électron, et non une taille.
1) L'électron en orbite circulaire. Par le principe fondamental de la dynamique, calculer la vitesse de l'électron sur l'orbite , le rapport , la vitesse angulaire , la fréquence et la longueur d'onde du rayonnement émis. Vérifier que la taille de l'atome, , est petite devant , et montrer que cette condition équivaut ici à .
2) Un dipôle tournant. Écrire le moment dipolaire de l'atome ( position de l'électron) comme la superposition de deux dipôles oscillants d'axes et . Montrer, à l'aide de (i), que les termes croisés du vecteur de Poynting sont de moyenne nulle, et en déduire la puissance rayonnée à l'aide de la formule de Larmor pour un dipôle. Vérifier l'accord avec la formule de Larmor pour une charge. Calculer .
3) Indicatrice et polarisation. On repère la direction d'observation par l'angle qu'elle fait avec l'axe de l'orbite. Montrer que . Où le rayonnement est-il maximal, minimal ? Comparer au dipôle oscillant. Représenter l'indicatrice dans un plan méridien. Quelle est la polarisation de la lumière émise dans l'axe de l'orbite ? dans son plan ?
4) Bilan d'énergie sur un tour. Montrer que l'énergie mécanique de l'électron sur l'orbite de rayon vaut ; la calculer en électronvolts pour . Comparer l'énergie rayonnée pendant un tour à . Que peut-on en conclure sur la trajectoire ?
5) La chute. Par un bilan d'énergie, montrer que . En déduire et la durée au bout de laquelle l'électron atteint le proton ; calculer , puis le nombre de tours effectués.
6) Ce que dit l'expérience. Comment évolue la fréquence du rayonnement pendant la chute ? Quel spectre émettrait un gaz de tels atomes ? Confronter à l'expérience. Qu'est-ce qui reste vrai du modèle du dipôle oscillant ? On estimera, pour un électron oscillant sur un segment, à la longueur d'onde de la raie jaune du sodium, la durée au bout de laquelle il a rayonné son énergie d'oscillation , et on la comparera à la durée de vie mesurée de l'état excité correspondant, . Énoncer le résultat obtenu.
Corrigé
La stratégie. On décrit d'abord l'orbite par la mécanique de première année ; on reconnaît dans l'atome un dipôle tournant, superposition de deux dipôles oscillants en quadrature, ce qui donne sa puissance, son indicatrice et sa polarisation ; un bilan d'énergie transforme ensuite cette puissance en une vitesse de chute, qu'on intègre.
1) L'orbite. Le proton exerce la force de Coulomb , dirigée vers ; sur une orbite circulaire uniforme, l'accélération est centripète, de norme : Pour : , ; , , période , et dans l'ultraviolet lointain. La taille de l'atome, , vaut : l'approximation dipolaire est excellente. Et : pour une charge en orbite, « source petite devant » et « charge lente devant » sont la même condition, qui justifie aussi la mécanique et la formule de Larmor non relativistes. L'accélération vaut .
2) Deux dipôles en quadrature. Avec : deux dipôles oscillants de même amplitude , d'axes orthogonaux, en quadrature. Les champs rayonnés sont linéaires en : , où varie en et en , avec le même instant retardé . Comme , , avec Le terme croisé est proportionnel à , de moyenne nulle : les puissances des deux dipôles s'ajoutent. Par la formule de Larmor, chacun rayonne , donc puisque : c'est exactement la formule de Larmor pour une charge, ici constante puisque l'accélération a une norme constante (pour un dipôle oscillant, la moyenne du carré de l'accélération est la moitié de son maximum : d'où le au lieu du ). Numériquement :
3) Maximal dans l'axe, jamais nul. , où est unitaire et tourne. Pour une direction de colatitude et d'azimut , , d'où de moyenne . Par (i), Vérification : , et : on retrouve la puissance de la question 2. Le rayonnement est maximal dans l'axe de l'orbite, deux fois plus intense que dans le plan de l'orbite, et jamais nul : tout le contraire du dipôle oscillant. Depuis l'axe, on voit tout le mouvement circulaire ; depuis le plan de l'orbite, on n'en voit qu'une oscillation rectiligne. Dans le plan méridien , contribue pour et , perpendiculaire à ce plan, pour dans toutes ses directions.
Polarisation. Dans l'axe, et : le champ électrique a une norme constante et tourne à la vitesse angulaire , dans le sens de l'électron : la lumière est polarisée circulairement. Dans le plan de l'orbite, par exemple dans la direction , seule reste la composante : le champ oscille selon , la lumière est polarisée rectilignement, dans le plan de l'orbite. Entre les deux, la projection d'un cercle sur un plan oblique est une ellipse, de rapport d'axes : la polarisation est elliptique.
4) Un tour ne coûte presque rien. L'énergie cinétique vaut par la question 1, l'énergie potentielle : Pour : , l'énergie d'ionisation de l'hydrogène. Pendant un tour, l'électron rayonne , soit L'énergie perdue en un tour est infime : l'orbite reste quasi circulaire, on peut utiliser à chaque instant les relations de l'orbite circulaire ; la trajectoire est une spirale très serrée.
5) La chute en seconde. Le bilan d'énergie s'écrit . D'un côté, ; de l'autre, avec et , . Donc Homogénéité : est une vitesse. Initialement, , deux millions de fois moins que la vitesse orbitale : la spirale est bien serrée. On sépare les variables, , et l'on intègre de à : Le nombre de tours. , donc , et Jusqu'au bout ? n'atteint que pour , à quelque de la fin : ne dépend pas de ce qui se passe alors.
6) La physique classique en défaut. Pendant la chute, croît sans cesse : la fréquence émise balaie continûment l'ultraviolet puis les rayons X. Un gaz de tels atomes émettrait un spectre continu, et aucun atome ne vivrait plus de . Or les atomes sont stables et l'hydrogène émet des raies (la raie rouge de Balmer à , par exemple). L'électromagnétisme et la mécanique classiques sont en défaut à l'échelle atomique : Bohr, en 1913, postule des orbites stationnaires qui ne rayonnent pas, première étape de la physique quantique.
Ce qui reste vrai. Quand un atome émet (en passant d'un état excité à un état d'énergie plus basse), son rayonnement est très bien décrit par celui d'un dipôle oscillant à la fréquence de la raie (l'exemple « atome excité » du cours), qui en donne même la durée. Pour un électron oscillant, , l'énergie d'oscillation vaut et la puissance rayonnée ; donc indépendant de l'amplitude. À , et : la durée de vie mesurée de l'état excité du sodium. Le rayonnement dipolaire classique, faux pour la stabilité de l'atome, est juste pour l'émission d'une raie.
Le résultat obtenu — la formule de Larmor appliquée à l'atome classique : son effondrement. Un électron en orbite circulaire autour d'un proton est un dipôle tournant, superposition de deux dipôles oscillants en quadrature ; il rayonne la puissance de Larmor , maximale dans l'axe de l'orbite (indicatrice en , polarisation circulaire dans l'axe, rectiligne dans le plan). Perdant son énergie, il décrit une spirale serrée, , et atteint le noyau au bout de en émettant un spectre continu. La stabilité des atomes et leurs spectres de raies réfutent la description classique de l'atome de Rutherford.
Ce que le problème installe. La superposition fait d'un mouvement circulaire deux dipôles oscillants en quadrature, dont les puissances s'ajoutent ; la forme projetée du champ donne l'indicatrice et la polarisation de n'importe quel dipôle ; un bilan d'énergie à perte lente (orbite quasi circulaire) transforme une puissance en une évolution. Et un ordre de grandeur historique : picosecondes.
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