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électromagnétisme (PSI) · Chapitre 2 · Exercice de TD

Problème : l'électromètre absolu de Kelvin, capacité du condensateur plan et densité d'énergie électrique

Le condensateur · B. Le condensateur plan · niveau 3 (difficile)

Énoncé

L'électromètre absolu de Kelvin (1867) mesure une tension par une pesée. Un disque horizontal, suspendu au fléau d'une balance, fait face à une plaque fixe parallèle, à la distance ; un anneau fixe coplanaire, au même potentiel, l'entoure (l'anneau de garde). Sous la tension , le disque est attiré vers la plaque ; une masse dans l'autre plateau rétablit l'équilibre.

On modélise les deux armatures en regard (le disque et la partie de la plaque qui lui fait face) par deux distributions surfaciques uniformes de charges et , d'aire , de densités avec , distantes de ; l'air entre elles est assimilé au vide. Rigidité de l'air : .

1) Capacité. Rappeler le champ créé par un plan infini portant la densité (théorème de Gauss). Par superposition, en déduire le champ entre les armatures et à l'extérieur, puis la tension par circulation, et la capacité . Application : disque de rayon , .

2) Force et pression. Expliquer pourquoi la force subie par l'armature se calcule avec le champ créé par l'armature seule. En déduire . Montrer que la force par unité de surface, la pression électrostatique, vaut ; la comparer à la densité d'énergie . Valeurs pour et au claquage de l'air.

3) Bilan d'énergie : la densité d'énergie électrique. Le condensateur, chargé puis isolé, garde la charge . Exprimer son énergie . Un opérateur écarte très lentement l'armature mobile de . Calculer le travail qu'il fournit et retrouver . Montrer que l'énergie du condensateur s'écrit fois le volume du champ, et que le travail fourni est exactement l'énergie du champ créé dans le volume gagné. Quel est le signe de , et que représente-t-il ?

4) L'électromètre absolu. Les bras du fléau sont égaux. Exprimer en fonction de , , , et . Pour et , calculer , et . Quelle tension maximale peut-on mesurer, et avec quelle masse ? L'entrefer est connu à près et la masse au milligramme près : estimer l'incertitude relative sur . Quel est le facteur limitant ?

5) Effets de bord et anneau de garde. Lignes de champ, en coupe, d'un condensateur fini (a), et du même avec un anneau de garde de même densité que le disque (b). Décrire le champ au bord en (a) ; pourquoi la formule de la question 2 y est-elle fausse ? Que change l'anneau ? En quoi justifie-t-il le modèle des plans infinis ?

6) Ouverture : l'actionneur électrostatique (MEMS). L'armature mobile d'un microsystème, d'aire , est retenue par un ressort de raideur (entrefer au repos ), sous la tension maintenue par un générateur. Écrire et discuter graphiquement la condition d'équilibre. Montrer que l'équilibre n'est stable que pour , et qu'au-delà d'une tension , l'armature vient se coller (« pull-in »). Application : , , . Cas limite . Énoncer le résultat établi par le problème.

Corrigé

La stratégie. Tout découle du champ du plan infini, : superposé deux fois, il donne la capacité ; pris une seule fois, la force sur une armature, dont la densité surfacique s'identifie à la densité d'énergie. Balance et ressort relèvent de la statique de première année.

1) . Un plan infini crée, de chaque côté, le champ uniforme (Gauss sur un pilulier : ), dirigé en s'éloignant du plan si . Entre les armatures, les champs des deux plans sont dirigés de vers et s'ajoutent ; à l'extérieur, ils se compensent : Tension : par circulation de l'armature à l'armature , le long d'une ligne de champ, , d'où Application : , ; et .

2) La force : le champ de l'autre armature, . Une distribution de charges n'exerce aucune force résultante sur elle-même : les forces entre ses éléments sont deux à deux opposées (principe des actions réciproques). La force sur l'armature est donc celle qu'exerce sur elle l'armature , c'est-à-dire fois le champ de l'armature seule, , dirigé vers elle : attractive. Le piège : multiplier par le champ total entre les armatures, , donnerait le double. Au niveau de l'armature, le champ total passe de à : la bonne valeur, , est la moyenne des champs de part et d'autre, qui est aussi le champ de l'autre armature. La pression : La pression électrostatique est égale à la densité d'énergie du champ ; les unités concordent, . Pour : ; au claquage, : , quatre dix-millièmes de la pression atmosphérique. Les forces électrostatiques restent faibles dans l'air, parce que le claquage plafonne le champ.

3) Le travail fourni est stocké dans le champ. À charge constante, , croissante avec . L'opérateur, qui déplace l'armature très lentement, compense exactement la force électrique : il exerce dans le sens des croissants et fournit . En l'absence d'autre échange d'énergie, : la force de la question 2. La densité d'énergie. Avec , : l'énergie du condensateur est celle d'un volume rempli d'énergie à la densité , établie ici à partir de l'énergie du condensateur. Lecture énergétique du déplacement : fixée, le champ ne change pas ; seul le volume où il règne augmente, de , ce qui stocke : exactement le travail fourni. Le signe : la force électrique sur l'armature, projetée sur le sens des croissants, vaut : elle tend à diminuer , elle est attractive. (Écrire « » serait une erreur de signe.)

4) Une tension mesurée par une masse. À l'équilibre de la balance, à bras égaux, , d'où Une masse, une longueur, une aire et : la mesure est absolue, sans étalon électrique. Pour et : , , . La tension maximale est celle du claquage : , , . Incertitude : est proportionnelle à , donc C'est l'entrefer qui limite : sur . Kelvin le contournait en ne mesurant que des déplacements de la plaque, sur une vis micrométrique : à masse fixée, .

5) Les bords, et la garde. En (a), loin des bords, les lignes sont parallèles et régulièrement espacées : champ uniforme . Près des bords, elles s'évasent et s'écartent : le champ y est plus faible et oblique, et quelques lignes partent de la face extérieure de l'armature pour contourner le bord. La force sur une armature finie diffère donc de , d'une fraction de l'ordre de quelques . En (b), l'anneau de garde prolonge le disque : sous le disque, les lignes sont droites et régulièrement espacées jusqu'à son bord ; l'évasement est reporté au bord de l'anneau, fixe et non pesé. La balance mesure la force sur le disque seul, à laquelle le modèle infini s'applique sans correction : on ne rend pas le condensateur infini, on rend son bord inoffensif pour la grandeur mesurée.

6) Le « pull-in » d'un MEMS. La question 2 donne la force attractive , qui croît quand diminue. Le ressort exerce la force de rappel dans le sens des croissants. Équilibre : Discussion graphique. La droite du ressort et la courbe électrique en se coupent deux fois pour petit ; quand croît, les deux intersections se rapprochent, se confondent (tangence), puis disparaissent.

Stabilité. Avec , force totale selon les croissants, l'équilibre est stable si : À l'équilibre, , et la condition devient , soit : La limite est la tangence ; elle a lieu pour . Au-delà, il n'y a plus d'équilibre : l'armature se colle, c'est le pull-in. Seul le premier tiers de l'entrefer est utilisable. Application : Quelques volts suffisent au micromètre, la force variant en . Le champ, , dépasse sans étincelle : sur un micromètre, aucune avalanche d'ionisation n'a la place de se développer. Cas limite : pour , la force électrique s'annule et , l'équilibre au repos, stable.

Le résultat établi — la capacité du condensateur plan et la densité volumique d'énergie électrique. Deux distributions surfaciques uniformes , d'aire , distantes de , créent entre elles le champ uniforme et aucun champ à l'extérieur ; la capacité vaut . Chaque armature subit le champ de l'autre seule, : elles s'attirent avec la force , soit une pression électrostatique ; l'énergie du condensateur, , est celle du volume rempli à la densité volumique d'énergie électrique , égale à cette pression. L'électromètre absolu de Kelvin en tire une mesure de tension par une pesée ; l'actionneur MEMS, un effondrement au-delà de .

Ce que le problème installe. La superposition de deux plans donne la capacité ; la force sur une armature se calcule avec le champ de l'autre armature seule, sans facteur 2 parasite ; la pression électrostatique est la densité d'énergie, ce que confirme un bilan à charge constante. Côté expérience : une tension ramenée à une masse et à une longueur, et l'anneau de garde, qui rend le modèle infini exact pour la partie mesurée.

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