La critique artiste et sa récupération
Exercice · niveau 3 (difficile) · ESH : économie, sociologie, histoire (ECG 1re année), chapitre 17 — Sociologie du travail et des organisations
Énoncé
Expliquer ce que Boltanski et Chiapello appellent la « cité par projets », et en quoi elle procède d'une récupération de la critique artiste. Quelles conséquences pour les salariés ?
Corrigé
La cité par projets. C'est le registre de justification propre au capitalisme des années 1990 : l'organisation est un réseau, l'unité de travail est le projet, et la valeur cardinale est l'activité — être connecté, mobile, employable, capable de passer d'un projet au suivant. Le grand y est celui qui relie ; le petit, celui qui reste attaché à un poste.
Les deux critiques de 1968. La critique sociale dénonçait l'inégalité et l'insécurité ; la critique artiste dénonçait la hiérarchie, la répétition et l'inauthenticité, et réclamait autonomie et créativité.
La récupération. Le management des années 1980-1990 satisfait la seconde — autonomie, projets, épanouissement — sans satisfaire la première. La demande de liberté est ainsi retournée en ressource productive, tandis que la demande de sécurité est disqualifiée comme archaïque.
Les conséquences. L'autonomie s'accroît réellement, mais la responsabilité du résultat passe à l'individu, la contrainte de rythme passe du chef au délai et au client, et l'attachement collectif s'affaiblit.
Ce que la thèse doit à sa méthode. Elle repose sur la comparaison de deux corpus de littérature managériale à trente ans d'intervalle : c'est une sociologie des justifications, non des pratiques — elle dit ce que le capitalisme doit promettre pour être accepté, non ce qu'il fait.
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