Adloun

Choix et circonstances

Exercice · niveau 2 · ESH : économie, sociologie, histoire (ECG 2e année), chapitre 15 — Justice sociale et légitimation de l'intervention publique

Énoncé

Un chercheur mesure l'inégalité des chances en France et trouve que les circonstances observées expliquent de l'inégalité des revenus. Un commentateur en conclut que des écarts sont mérités. Critiquer cette conclusion en trois arguments.

Corrigé

Premier argument : une estimation est une borne inférieure. La part attribuée aux circonstances dépend de la liste des circonstances observées — typiquement la profession et le diplôme des parents. Le réseau social, la santé de l'enfance, le lieu de scolarisation, la langue parlée à la maison ne sont presque jamais tous mesurés. Chaque circonstance ajoutée augmente mécaniquement la part expliquée. Roemer insiste sur ce point : est un plancher, jamais un plafond.

Deuxième argument : le résidu n'est pas l'effort. Ce qui n'est pas expliqué par les circonstances contient l'effort, mais aussi la chance pure — une rencontre, une conjoncture, une maladie. Or la chance n'est pas plus méritée que l'origine. Assimiler le résidu au mérite revient à faire de l'ignorance une justification.

Troisième argument : l'effort lui-même est en partie une circonstance. C'est l'objection interne à Dworkin. L'ambition, la persévérance, le rapport au temps long se forment dans un milieu ; les aspirations des enfants sont socialement construites. La frontière entre choix et circonstances n'est pas une donnée de la nature, c'est une convention — et le chiffre de dépend d'elle.

Ce qu'il reste de vrai. Le chiffre garde une valeur : il établit un minimum incontestable d'inégalité non méritée. Le défendable est « au moins », pas « seulement ».

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