Dissertation guidée
Exercice · niveau 3 (difficile) · ESH : économie, sociologie, histoire (ECG 2e année), chapitre 15 — Justice sociale et légitimation de l'intervention publique
Énoncé
« L'égalité des chances suffit-elle à fonder une société juste ? » Construire un plan détaillé en trois parties, avec pour chacune l'idée directrice, deux arguments et un élément pris dans ce chapitre.
Corrigé
I. L'égalité des chances est le principe le plus largement partagé, et il n'est pas rien. Idée directrice : elle neutralise ce dont nul n'est responsable tout en préservant les incitations. Arguments : (1) elle applique la règle de Dworkin — insensible aux dotations, sensible aux ambitions — et rallie donc des théories par ailleurs opposées ; (2) elle laisse subsister la pente du mérite à l'intérieur de chaque groupe, ce qui la rend compatible avec l'efficacité productive. Élément : la figure 4, où l'égalité des chances se définit exactement comme la superposition des deux courbes, sans que leur pente commune disparaisse.
II. Mais elle est indéterminée, et sa réalisation complète est hors d'atteinte. Idée directrice : le principe ne dit pas lui-même où s'arrête la circonstance et où commence le choix. Arguments : (1) toute estimation de l'inégalité des chances est une borne inférieure, puisqu'elle dépend de la liste des circonstances observées ; (2) l'égalité des chances d'une génération suppose une égalité des situations dans la précédente — les parents transmettent du capital, du réseau, des aspirations —, si bien que les deux égalités ne sont pas séparables. Élément : la critique interne de Dworkin, selon laquelle l'ambition elle-même se forme dans un milieu.
III. Et surtout, elle légitime tout ce qu'elle ne corrige pas. Idée directrice : plus la sélection est équitable, plus le sort des perdants devient indéfendable — c'est le paradoxe de la méritocratie. Arguments : (1) une société où les places seraient parfaitement méritées n'aurait plus d'argument à opposer aux inégalités de résultat, si extrêmes soient-elles ; (2) le principe de différence de Rawls répond précisément à cela : l'égalité équitable des chances y est une clause préalable, jamais suffisante, et l'inégalité restante doit encore profiter au plus défavorisé. Élément : la figure 2, où passer de à améliore le plancher, ce qu'aucun raisonnement en termes de chances ne permet de dire.
Conclusion. L'égalité des chances est une condition nécessaire d'une société juste et un principe opératoire ; elle n'en est pas une condition suffisante, pour deux raisons distinctes qu'il faut tenir ensemble — elle est techniquement inachevable, et elle serait, achevée, un redoutable instrument de légitimation. C'est pourquoi Rawls la fait précéder d'un principe de liberté et suivre d'un principe de différence : trois exigences, dans cet ordre, et non une seule.
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