Adloun

Égalité des chances : quel instrument ?

Exercice · niveau 3 (difficile) · ESH : économie, sociologie, histoire (ECG 2e année), chapitre 16 — Les politiques de lutte contre les inégalités

Énoncé

Un gouvernement dispose d'un budget donné et hésite entre trois emplois : doubler l'allocation de rentrée scolaire, réduire de moitié les effectifs des classes de maternelle en zone défavorisée, ou créer des quotas d'admission dans les grandes écoles. Discuter, en mobilisant les auteurs du chapitre.

Corrigé

L'allocation de rentrée. C'est un transfert monétaire : effet immédiat sur le revenu disponible, donc sur la pauvreté mesurée, mais effet indirect et incertain sur les chances. Friedman le préférerait pour sa neutralité — c'est la famille qui décide de l'emploi — mais la mesure de son effet sur la réussite scolaire suppose une évaluation que l'intuition ne remplace pas.

La maternelle en zone défavorisée. C'est l'option que Heckman recommande, et pour une raison précise : le rendement de l'investissement en compétences décroît avec l'âge, et les compétences précoces rendent les suivantes moins coûteuses à acquérir. C'est aussi l'option la plus lente : son effet ne sera mesurable que dans quinze ans, ce qui la rend politiquement fragile. Deux réserves : les estimations viennent d'expérimentations anciennes, intensives et de petite taille ; et le ciblage territorial souffre de l'objection d'effet d'aubaine — il touche les favorisés de la zone et manque les défavorisés hors zone.

Les quotas. Ils agissent tard, sur un très petit nombre, et à un endroit où les écarts sont déjà constitués — l'entrée des grandes écoles vient après quinze ans de scolarité. Leur effet sur l'inégalité agrégée est donc faible par construction. Ils ont en revanche deux effets que les autres n'ont pas : la modification des aspirations, par l'existence visible d'une voie d'accès, et la diversification des positions de pouvoir. L'objection du mésappariement, souvent avancée, est faible ou nulle dans les évaluations disponibles.

Ce que la question appelle vraiment. La réponse de Duflo : on ne tranche pas par la doctrine mais par l'évaluation, et l'on compare des effets mesurés par unité de dépense. Et le vrai piège du sujet est le budget donné — il force à comparer des dispositifs dont les horizons temporels diffèrent d'une génération, ce qu'aucune évaluation ne fait bien.

Position défendable. Les trois ne sont pas substituables : le premier traite l'égalité des situations, les deux autres l'égalité des chances, et à des âges où le rendement diffère d'un ordre de grandeur. Le classement de Heckman — le plus tôt possible — est le plus solide, à condition d'assumer qu'il ne produira aucun résultat visible avant longtemps.

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Un blocage sur cet exercice ? Le tuteur d'Adloun guide par questions, sans donner la réponse.