Triffin contre Rueff
Exercice · niveau 3 (difficile) · ESH : économie, sociologie, histoire (ECG 2e année), chapitre 5 — L'évolution du système monétaire international depuis le XIXe siècle
Énoncé
Triffin et Rueff décrivent le même mécanisme et en tirent des conclusions opposées. Reconstituer l'argument commun, puis les deux conclusions, et dire laquelle l'histoire a suivie.
Corrigé
L'argument commun. Dans un étalon de change-or, la monnaie de réserve est la dette d'un pays. Ce pays règle ses déficits dans sa propre monnaie, qui revient chez lui sous forme de placements. Il s'ensuit deux choses : une création monétaire mondiale que personne ne pilote, et un écart croissant entre les engagements extérieurs et le stock d'or.
La conclusion de Triffin. Le défaut est dans le fait que l'actif de réserve soit national. Il faut donc créer un actif véritablement international, émis et géré collectivement. Le droit de tirage spécial, en , en est la traduction — timide.
La conclusion de Rueff. Le défaut est dans le fait que l'actif de réserve ne soit pas l'or. Il faut donc revenir à l'étalon-or pur, en relevant fortement le prix de l'once pour que le stock existant suffise à gager les échanges.
Ce qui les sépare vraiment est un désaccord sur la discipline, pas sur le diagnostic : Triffin fait confiance à une institution internationale, Rueff veut une contrainte que personne ne puisse desserrer.
Ce que l'histoire a suivi. Ni l'un ni l'autre. Le monde n'est revenu ni à l'or, ni à une monnaie internationale : le droit de tirage spécial est resté marginal, et l'ancrage a simplement disparu. On a répondu à la contradiction en supprimant la promesse qui la créait — la solution que ni Triffin ni Rueff n'avait envisagée.
Usage en dissertation. Ce couple sert à montrer qu'un même diagnostic n'impose pas une politique, et que les systèmes meurent plus souvent d'abandon que de réforme.
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