Vingt-deux points d'écart
Exercice · niveau 2 · ESH : économie, sociologie, histoire (ECG 2e année), chapitre 9 — L'Europe sociale
Énoncé
Commenter la figure . La monnaie unique est-elle responsable de l'écart de chômage constaté en ? Construire une réponse nuancée en mobilisant le chapitre .
Corrigé
Le constat. En , les trois courbes tiennent dans un intervalle de quatre points. En , l'écart entre la Grèce () et l'Allemagne () atteint vingt-deux points. En , il s'est réduit à environ sept points sans disparaître.
Oui, la monnaie unique y est pour quelque chose. Premièrement, elle a supprimé l'instrument qui aurait permis un ajustement rapide : sans dévaluation, la restauration de la compétitivité passe par la baisse des coûts intérieurs, laquelle passe par le chômage — c'est la dévaluation interne du chapitre . Deuxièmement, la convergence des taux d'intérêt qu'elle a provoquée a nourri, avant , des booms de crédit dont l'éclatement a détruit des emplois par centaines de milliers, dans la construction en particulier.
Non, elle n'explique pas tout. Premièrement, l'écart préexistait sous une forme atténuée : le chômage espagnol dépassait déjà en , et les rigidités du marché du travail méditerranéen — dualisme des contrats, faible activité des femmes et des jeunes — sont antérieures à l'euro. Deuxièmement, l'Allemagne a connu sur la même période des réformes propres et une modération salariale qu'aucune règle européenne ne lui imposait : sa performance n'est pas le miroir mécanique de la contre-performance grecque.
Position défendable. La monnaie unique n'a pas créé les divergences, elle a supprimé l'amortisseur qui les rendait supportables et retardé l'ajustement en le rendant plus brutal. C'est aussi pourquoi la question sociale européenne est indissociable de la question monétaire : l'ajustement qui, ailleurs, passe par le change, passe ici par l'emploi.
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