Dissertation guidée
Exercice · niveau 3 (difficile) · HGG : histoire, géographie, géopolitique (ECG 1re année), chapitre 18 — La France, une puissance mondiale et maritime
Énoncé
« La France est-elle encore une puissance mondiale ? » Construire un plan détaillé en trois parties, avec pour chacune l'idée directrice, deux arguments et un exemple pris dans ce chapitre.
Corrigé
I. Par ses attributs, elle l'est incontestablement — et elle est même la seule à les réunir tous. Idée directrice : la puissance mondiale se définit par un faisceau de capacités, et la France est le seul pays hors États-Unis et Chine à en posséder le jeu complet. Arguments : () siège permanent au Conseil de sécurité avec droit de veto, dissuasion nucléaire à deux composantes, deuxième espace maritime, troisième réseau d'ambassades, quatrième langue mondiale — la figure énumère six attributs, dont aucun autre pays européen ne réunit plus de trois ; () une présence physique dans les trois océans, que la figure rend visible et qu'aucun budget ne permet d'acquérir rapidement. Exemple : la Polynésie française, millions de km à elle seule, soit près de la moitié du domaine national.
II. Mais chacun de ces attributs est plus étroit qu'il n'y paraît, et les moyens ne suivent pas. Idée directrice : le rang n'est pas la profondeur ; la France est large et mince. Arguments : () elle n'est première sur aucun de ses six attributs sauf le nombre de visiteurs — neuvième budget militaire mondial, septième économie, quatrième en recettes touristiques ; () l'écart entre l'étendue et les moyens est mesurable : sept points d'appui pour douze ensembles maritimes, quatre patrouilleurs outre-mer livrés sur six. Exemple : la comparaison des figures et , construites sur le même fond et les mêmes douze disques, et qui ne se recouvrent pas.
III. La question décisive n'est donc pas la possession mais la conversion — et elle se joue moins sur les moyens que sur les arbitrages. Idée directrice : un atout non employé n'est pas un atout ; ce qui manque à la France est moins un budget qu'une hiérarchie de priorités. Arguments : () Badie montre que la supériorité militaire ne se convertit plus mécaniquement — le reflux sahélien de –, six implantations réduites à deux pôles résiduels malgré une domination militaire complète, en est la démonstration ; () Encel objecte que l'impuissance constatée ne prouve pas l'inutilité de la puissance, mais l'absence de choix : la France n'a tranché ni entre l'Afrique et l'Indo-Pacifique, ni entre une marine de haute mer et une marine de souveraineté, ni entre l'échelle nationale et l'échelle européenne. Exemple : la Nouvelle-Calédonie, qui fournit % de l'espace maritime ultramarin et dont l'appartenance est la moins assurée — un atout majeur qu'aucune politique n'a su sécuriser.
Conclusion. Oui, la France est encore une puissance mondiale, au sens où elle dispose du jeu complet des attributs et d'une présence physique sur toute la planète. Non, elle ne l'est plus au sens où elle en tirerait des effets proportionnés : elle possède sans convertir. Reprenons la formule de Védrine — le rang est un héritage, l'influence est un travail. Le domaine maritime français est la meilleure illustration des deux à la fois : un héritage immense, et un travail à peine commencé.
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