Adloun

Aron contre Gaddis

Exercice · niveau 3 (difficile) · HGG : histoire, géographie, géopolitique (ECG 1re année), chapitre 3 — Géopolitique de la guerre froide, de la décolonisation et des conflits

Énoncé

« Paix impossible, guerre improbable » (Aron, ) et « la longue paix » (Gaddis, ) décrivent la même période. Confronter les deux formules, puis dire ce qu'elles occultent l'une et l'autre.

Corrigé

Ce qu'elles ont en commun. Toutes deux constatent l'absence de guerre directe entre les deux Grands et l'attribuent à une structure, non à une bonne volonté : coût prohibitif de l'affrontement chez Aron, système bipolaire stabilisé chez Gaddis.

Ce qui les sépare. Le moment et le ton. Aron écrit en , au cœur de l'incertitude : sa formule est un pronostic prudent et symétrique — elle nomme aussi l'impossibilité de la paix, c'est-à-dire l'hostilité durable. Gaddis écrit en , avec quarante ans de recul : sa formule est un bilan, et elle est positive. Aron décrit un équilibre inconfortable ; Gaddis décrit une réussite du système.

Ce qu'Aron occulte. Écrivant tôt et depuis l'Europe, il pense la rivalité comme essentiellement européenne et idéologique. Le tiers monde, qui deviendra le théâtre principal, n'a pas encore la place qu'il prendra.

Ce que Gaddis occulte, et c'est plus grave. « Longue paix » est un énoncé situé : il n'est vrai que du point de vue des grandes puissances. La Corée, le Viêt Nam, l'Afghanistan, l'Angola, le Cambodge en font l'une des périodes les plus meurtrières du siècle. Gaddis en a d'ailleurs convenu, et l'ouverture des archives soviétiques l'a conduit à réviser plusieurs de ses conclusions.

La synthèse attendue. Les deux formules sont vraies à des échelles différentes — l'une décrit la relation entre deux capitales, l'autre prétend décrire un monde. C'est un cas d'école de changement d'échelle, au sens du chapitre 1 : la conclusion change avec le niveau d'observation.

Les autres exercices de ce chapitre Le cours du chapitre

Un blocage sur cet exercice ? Le tuteur d'Adloun guide par questions, sans donner la réponse.