Un bien public mondial
Exercice · niveau 3 (difficile) · HGG : histoire, géographie, géopolitique (ECG 1re année), chapitre 6 — La gouvernance mondiale : crises et redéfinitions
Énoncé
Choisir un bien public mondial et montrer, en mobilisant Ostrom et Rodrik, pourquoi sa gouvernance est plus difficile que celle d'un bien public national. Proposer deux principes de gouvernance et discuter leur transposabilité.
Corrigé
Le bien retenu : la stabilité du climat. Il est non rival — que l'atmosphère soit stable pour l'un ne la rend pas moins stable pour l'autre — et non excluable : nul ne peut en être privé.
Pourquoi c'est plus difficile qu'au niveau national. Trois raisons. D'abord, il n'existe aucune autorité capable de contraindre un passager clandestin : un État peut ne rien faire et bénéficier des efforts des autres. Ensuite, les coûts sont immédiats et localisés, les bénéfices lointains et diffus, ce qui est le contraire de ce qu'une élection récompense. Enfin, les responsabilités historiques et les capacités présentes ne coïncident pas, si bien qu'il n'existe pas de clef de répartition acceptée.
Ce qu'apporte Ostrom. Elle réfute l'idée que l'absence d'autorité condamne la ressource. Deux de ses principes sont transposables. Un : des sanctions graduées plutôt qu'un tout-ou-rien — un mécanisme d'ajustement aux frontières, par exemple, sanctionne progressivement sans exclure. Deux : la participation des usagers à l'écriture des règles — d'où l'importance de la place réelle des pays vulnérables dans les négociations climatiques.
Ce qu'apporte Rodrik. Ses conditions de réussite supposent des frontières claires et une surveillance mutuelle, or le climat est le bien le moins bornable qui soit. Et si l'on veut une autorité mondiale capable de contraindre, on choisit le côté « hyper-mondialisation et démocratie » du trilemme, c'est-à-dire le fédéralisme mondial : aucune grande puissance n'y consent.
La transposabilité, discutée honnêtement. Ostrom a étudié des communautés de quelques centaines d'usagers partageant une culture et se surveillant mutuellement. Passer à cent quatre-vingt-dix États souverains ne va pas de soi : elle-même parlait de gouvernance polycentrique — une multitude d'initiatives à toutes les échelles — plutôt que d'un modèle unique à changer d'échelle.
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