Adloun

Une explication de texte guidée

Exercice · niveau 3 (difficile) · lettres et philosophie (ECG/ECT 1re année), chapitre 11 — Naissance du sujet : Montaigne, Descartes

Énoncé

« Le moi est haïssable » (Pascal, Pensées, ). Construire l'explication en trois moments : ce que Pascal reproche au moi, à quelle condition ce reproche vaut, et ce qu'il implique contre Montaigne et contre Descartes.

Corrigé

Premier moment : le reproche. Le moi est haïssable pour deux raisons que Pascal distingue — il est injuste, parce qu'il se fait centre de tout ; et il est incommode, parce qu'il se rend ennemi de tous les autres moi, qui prétendent la même chose. Le premier grief est moral, le second est une simple observation de la vie en société.

Deuxième moment : la condition. Le reproche ne vise pas la personne mais la prétention : ce qui est haïssable n'est pas que j'existe, c'est que je me pose en centre. D'où la précision décisive de Pascal — on peut supprimer l'incommodité, en se rendant utile ou agréable, sans supprimer l'injustice. La civilité polie le moi, elle ne le corrige pas. Sans cette distinction, la formule n'est qu'une humeur.

Troisième moment : ce qu'elle implique. Contre Montaigne : consacrer un livre entier à sa propre personne, c'est précisément installer le moi au centre — « le sot projet de se peindre » (fragment ). Contre Descartes : faire du « je » le premier principe du savoir, c'est mettre au fondement ce qu'il fallait décentrer, et Pascal juge ce fondement « inutile et incertain » (fragment ). La conclusion à en tirer : Pascal ne choisit pas entre l'écrivain et le philosophe, il refuse le geste qui leur est commun — faire du moi l'objet ou l'appui d'un discours. C'est une troisième position, et elle donne à une dissertation sa partie la moins attendue.

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