Bâtir un plan
Exercice · niveau 3 (difficile) · lettres et philosophie (ECG/ECT 1re année), chapitre 12 — Le moi décentré : de Rousseau à Freud
Énoncé
Sujet : « Suis-je ce que je crois être ? » Proposer un plan en trois parties, chacune énoncée par une thèse et non par un thème, et indiquer pour chaque partie l'exemple précis qui la porte.
Corrigé
I — Oui, en un sens irréductible : ce que je crois être fait partie de ce que je suis. Une croyance sur soi n'est pas une erreur de mesure : elle agit. L'exemple qui porte : Rousseau, Discours sur l'inégalité, note XV () — l'homme qui se croit méprisé souffre réellement, et sa conduite change ; l'amour-propre est une croyance qui produit des effets réels. On peut ajouter Descartes () : à tout le moins, que je pense est indubitable.
II — Non : ce que je crois être m'a été donné, et il masque ce qui décide. L'exemple qui porte : Freud, Le Moi et le Ça () — le moi n'a de prise directe ni sur le ça ni sur le surmoi, et il rend compte de ses actes par des raisons qui ne sont pas leurs causes. Marx () donne la version sociale du même argument : je tiens pour évidentes les idées qui conviennent à ma position.
III — La question est mal posée tant qu'on n'a pas demandé ce que « croire » veut dire ici. Il y a deux opérations : se représenter (une image, souvent flatteuse, que le décentrement défait) et se reconnaître (un travail, qui suppose justement de savoir qu'on se trompe). L'exemple qui porte : Proust () — le moi qui écrit n'est pas celui qui vit, et pourtant il ne s'atteint que par l'écriture ; ce n'est pas une croyance sur soi, c'est une production de soi.
La faute à éviter. Le plan « je me connais / je ne me connais pas / il faut nuancer ». Il n'a pas de troisième partie : « nuancer » n'est pas une thèse. La troisième partie doit changer la question, non l'affaiblir.
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