Nietzsche et la grammaire
Exercice · niveau 3 (difficile) · lettres et philosophie (ECG/ECT 1re année), chapitre 12 — Le moi décentré : de Rousseau à Freud
Énoncé
Expliquer l'objection de Nietzsche (Par-delà bien et mal, ) selon laquelle « je pense » est déjà une interprétation. En quoi atteint-elle Descartes plus profondément que ne le fait Hume ?
Corrigé
L'objection. Ce qui est donné, c'est qu'une pensée survient. Dire « je pense », c'est ajouter à cet événement un auteur, sur le modèle d'une phrase qui exige un sujet devant son verbe. Nietzsche remarque qu'une pensée vient quand elle veut, non quand je veux : l'agent est déduit de l'action, comme l'éclair l'est de sa lumière.
Pourquoi c'est plus profond que Hume. Hume accorde le fait — il y a des perceptions — et conteste la substance qu'on met dessous. Il reste donc dans le cadre : il cherche un moi et n'en trouve pas. Nietzsche conteste le fait lui-même : la description « je pense » n'est pas une observation neutre qu'on interpréterait ensuite, elle est déjà une interprétation, faite par une langue. Il n'y a donc pas de donnée brute à laquelle on pourrait revenir.
La limite de l'objection, qu'il faut savoir poser. Si toute description est une interprétation, celle de Nietzsche l'est aussi — et il l'assume, ce qui est cohérent mais coûteux : on ne peut plus dire qu'il a raison, seulement que son interprétation est plus fine. C'est le prix de l'argument, et le mentionner vaut mieux que de l'ignorer.
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