Adloun

Deux Lumières, deux langues

Exercice · niveau 3 (difficile) · lettres et philosophie (ECG/ECT 1re année), chapitre 13 — Les Lumières : oser savoir

Énoncé

Comparer la définition de Kant () et le programme des philosophes français. Sur quels points ne se recouvrent-elles pas ?

Corrigé

Premier écart : l'objet. Kant ne parle ni de progrès, ni de bonheur, ni de tolérance : il parle d'un acte individuel, sortir de tutelle, et d'une vertu, le courage. Les Français parlent de réformes, de lois, de superstition à détruire. L'un décrit une conversion, les autres un chantier.

Deuxième écart : le rapport à l'État. Kant écrit sous Frédéric II et prend au sérieux l'objection de l'ordre public : il maintient l'obéissance dans la charge et ne libère que l'écrit savant. Voltaire attend beaucoup d'un pouvoir fort ; Rousseau, lui, conteste la légitimité même de l'ordre existant. Trois positions, non deux.

Troisième écart : le rapport à la religion. Le mot « infâme », chez Voltaire, vise le fanatisme et le clergé — il reste déiste. La Aufklärung allemande ne se pense pas contre l'Église mais avec elle : Kant prend son exemple central chez l'ecclésiastique, à qui il reconnaît le droit d'enseigner le symbole de son Église tout en publiant ses objections.

Ce qu'il faut conclure. Il n'y a pas une doctrine des Lumières, il y a un geste commun : soumettre à examen ce qui se réclame d'une autorité qu'elle ne justifie pas. C'est le geste, et non le programme, qui fait l'unité — et il est assez précis pour exclure quelque chose, à savoir toute proposition qui demande d'être crue sur parole.

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