Les Lumières : oser savoir
Cours complet · lettres et philosophie (ECG/ECT 1re année), chapitre 13 · prépas ECG et ECT, 1re année
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On parle des Lumières comme d'un parti, et l'on cite dans la même phrase Voltaire et Rousseau. Or ces deux hommes se sont détestés, ils l'ont écrit, et ils ne sont d'accord sur presque rien : ni sur ce que la civilisation fait à l'homme, ni sur la religion, ni sur la manière de réformer un État. Kant, de son côté, donne du mot une définition que ni l'un ni l'autre n'aurait signée — il n'y est question ni de progrès, ni de bonheur, ni de tolérance, mais de courage. Et l'Encyclopédie, qu'on présente comme le monument de l'esprit du siècle, est aussi une affaire de librairie : dix-sept volumes de texte, onze de planches, quatre mille souscripteurs et l'un des plus gros investissements de l'édition du XVIIIe siècle.
La question de ce chapitre est donc celle-ci : qu'y a-t-il de commun entre des hommes qui ne s'accordent pas ? La réponse ne sera ni une doctrine ni un programme, mais un geste — et il faudra dire lequel, avec assez de précision pour qu'il exclue quelque chose.
Au pluriel et avec majuscule, le mot désigne le mouvement intellectuel européen du XVIIIe siècle. Chaque langue a le sien : Aufklärung en allemand, Enlightenment en anglais, Illuminismo, Ilustración. Ces mots ne se recouvrent pas exactement : l'Aufklärung allemande s'accommode de l'État et de la religion, les Lumières écossaises portent surtout sur les mœurs et le commerce, les Lumières françaises sont polémiques et anticléricales. Écrire « les Lumières » au singulier de la pensée est déjà une thèse, et il faut la justifier.
Le piège de ce chapitre : le panégyrique. Un devoir qui célèbre la raison, la tolérance et le progrès n'a rien démontré : il a recopié un lieu commun, et il sera lu comme tel. Trois faits l'interdisent. Un. Voltaire écrit à Rousseau, le août , qu'on n'a jamais employé tant d'esprit à vouloir nous rendre bêtes, et qu'il prend envie de marcher à quatre pattes en le lisant. Deux. Rousseau soutient, dès , que les sciences et les arts ont corrompu les mœurs — et il est encyclopédiste. Trois. Les Lettres philosophiques de Voltaire sont brûlées en , l'Encyclopédie perd son privilège en , et l'ouvrage s'achève sous une fausse adresse. Un mouvement qui se fait interdire, qui se divise et qui se vend n'est pas un consensus : c'est un champ de bataille. Le procès fait aux Lumières au XXe siècle est une autre question — c'est celle du chapitre .
13.1 Kant, 1784 : une définition qui ne parle pas de savoir
En décembre , dans la Berlinische Monatsschrift, un pasteur nommé Zöllner pose en note une question qui paraissait secondaire : au fait, qu'est-ce que les Lumières ? Moses Mendelssohn répond en septembre , Kant en décembre de la même année. C'est le texte de Kant qui est resté, et sa première phrase surprend : les Lumières, écrit-il, sont la sortie de l'homme hors de la minorité dont il est lui-même responsable — la minorité étant l'incapacité de se servir de son entendement sans la direction d'un autre.
Le mot décisif est « responsable ». La minorité n'est pas un défaut d'intelligence : elle est volontaire, elle vient du manque de résolution et de courage. D'où la devise que Kant emprunte à Horace (Épîtres, I, 2) : sapere aude — aie le courage de te servir de ton propre entendement.
Auteur : Emmanuel Kant (1724–1804) — oser, avant de savoir
Professeur à Königsberg, auteur de la Critique de la raison pure (), des Fondements de la métaphysique des mœurs (), de la Critique de la raison pratique (). La thèse. Les Lumières ne sont pas un état du savoir, c'est un acte : sortir d'une tutelle que l'on s'est laissé imposer, et dont on est complice par confort. Il est si commode d'être mineur — un livre qui pense à ma place, un directeur de conscience qui décide pour moi, un médecin qui règle mon régime. Le concept le plus utile. La distinction de l'usage public et de l'usage privé de la raison, dont le sens est exactement contraire à celui qu'on attend (figure 1) : elle permet de tenir ensemble l'obéissance civile et la liberté de critique. La filiation. Kant a lu Rousseau avec passion et a écrit, dans une note de travail des années , que Rousseau l'avait redressé : il croyait que l'honneur de l'humanité était dans le savoir, et il a compris que la dignité appartient à tout homme. Attention : nous traduisons ici l'allemand, les traductions françaises récentes étant elles-mêmes protégées.
Figure 1. La distinction la plus contre-intuitive du programme, et il faut la prendre à l'envers de ce qu'on croit. Chez Kant, « privé » ne veut pas dire intime, et « public » ne veut pas dire officiel. L'usage privé est celui qu'on fait de sa raison dans la charge qu'on occupe — l'officier, le percepteur, le prêtre y sont des rouages, et l'État peut légitimement leur imposer de se taire. L'usage public est celui du savant qui écrit pour le monde lettré, et celui-là doit être entièrement libre. Ce que la distinction permet : obéir et critiquer sans se contredire, parce que ce n'est pas la même personne qui parle — c'est la même personne en deux qualités. Ce qu'elle coûte : elle est faite pour un État où l'on peut publier, et elle a été écrite sous Frédéric II.
Kant termine par une précision que l'on cite trop peu : nous ne vivons pas, dit-il, dans un siècle éclairé, mais dans un siècle de Lumières. La différence est celle d'un résultat et d'un processus. Elle interdit d'écrire que le XVIIIe siècle « a réalisé » les Lumières, et elle donne à elle seule la nuance qui distingue un devoir informé d'un devoir de manuel.
13.2 Les Lumières françaises : un combat, pas une doctrine
Auteur : Voltaire (1694–1778) — écraser l'infâme, et faire rouvrir un procès
De son vrai nom François-Marie Arouet. Auteur des Lettres philosophiques (, brûlées par arrêt du Parlement de Paris la même année), du Mondain (), de Zadig (), de Candide (), du Traité sur la tolérance (), du Dictionnaire philosophique portatif (). La thèse. Le malheur des hommes vient moins de leur nature que du fanatisme et de la superstition ; il faut donc les attaquer sans relâche — « écrasez l'infâme », écrit-il dans sa correspondance à partir de , et l'« infâme » désigne le fanatisme, non la religion en général : Voltaire est déiste et le reste. Le concept le plus utile. La tolérance, qu'il ne fonde pas sur l'indifférence mais sur un argument de fait : nous sommes tous faibles et sujets à l'erreur, donc pardonnons-nous réciproquement nos sottises. La filiation. Il importe l'Angleterre : Locke pour l'esprit sans idées innées, Newton pour une physique qui se mesure, et le spectacle d'un pays où l'on discute. Ses Lettres philosophiques sont moins un reportage qu'une machine de guerre : chaque éloge d'un usage anglais est le reproche d'un usage français.
Jean Calas, marchand protestant de Toulouse, est accusé d'avoir tué son fils pour l'empêcher de se convertir au catholicisme. Il est supplicié en mars . Voltaire, d'abord incertain, se convainc de son innocence, réunit des témoignages, fait rédiger des mémoires par des avocats, mobilise l'opinion européenne — et obtient l'annulation du jugement, puis la réhabilitation en mars . Ce qu'il faut en retenir : c'est le moment où l'« homme de lettres » devient une puissance publique, sans charge ni mandat, par le seul usage de l'écrit imprimé. C'est aussi l'invention d'une forme — la campagne — dont l'affaire Dreyfus héritera. Et l'ambiguïté à ne pas taire : Voltaire attend la réforme d'un pouvoir fort et éclairé, non du peuple, qu'il juge incapable d'en faire usage.
13.3 Rousseau : contre les Lumières, et dedans
En , l'Académie de Dijon met au concours une question : le rétablissement des sciences et des arts a-t-il contribué à épurer les mœurs ? Rousseau répond non, remporte le prix, et publie l'année suivante son Discours sur les sciences et les arts. Il est alors encyclopédiste : il écrit les articles de musique, et l'article « Économie politique » du tome V (). L'homme qui conteste le progrès des lumières travaille donc à l'ouvrage qui l'incarne — ce n'est pas une contradiction, c'est ce qui rend le siècle intéressant.
Figure 2. Deux hommes du même parti, et le désaccord porte sur le point de départ. On les oppose souvent comme un optimiste et un pessimiste : c'est un jugement de tempérament, et il n'explique rien. Le vrai partage est celui-ci : pour Voltaire, l'homme est naturellement médiocre et la société l'améliore, à condition qu'on la débarrasse du fanatisme ; pour Rousseau, l'homme n'est pas mauvais et c'est la société qui le rend tel, par la comparaison qu'elle installe entre les hommes. Ce que la distinction produit : deux politiques opposées. Réformer par le haut, en instruisant et en désarmant les Églises ; ou refaire les institutions, parce que le mal est dans leur forme même. Ce qu'elle interdit : présenter les Lumières comme un programme unique.
Auteur : Jean-Jacques Rousseau (1712–1778) — l'encyclopédiste qui accuse les lumières
Auteur du Discours sur les sciences et les arts (couronné en , publié en ), du Discours sur l'origine de l'inégalité (), de la Lettre à d'Alembert sur les spectacles (), d'Émile et du Contrat social (). La thèse. Le progrès des sciences et des arts n'a pas épuré les mœurs : il les a polies, ce qui est autre chose. La politesse est un art de paraître, et un homme qui sait plaire n'est pas un homme meilleur. Le concept le plus utile. La perfectibilité : cette faculté de se transformer, qui distingue l'homme de l'animal, est aussi ce qui le rend capable de se corrompre. C'est un concept à double tranchant, et il interdit de conclure du progrès des connaissances au progrès moral. La filiation. La rupture avec le parti philosophique est publique : Voltaire lui écrit le août qu'on n'a jamais employé tant d'esprit à vouloir nous rendre bêtes ; après le tremblement de terre de Lisbonne, Rousseau lui répond en que le désastre doit moins à la Providence qu'au fait d'avoir bâti une ville de vingt mille maisons de six étages ; la Lettre à d'Alembert () consomme la séparation.
Rousseau n'est pas un antimoderne, et le confondre avec un contempteur du savoir est une faute lourde. Il ne réclame ni le retour à la forêt — il écrit expressément qu'on ne revient pas en arrière — ni la suppression des sciences. Il soutient une chose plus précise et plus gênante : que le progrès des connaissances et le progrès moral sont deux ordres distincts, et qu'aucune loi ne fait passer de l'un à l'autre. C'est une thèse interne aux Lumières, formulée dans leurs termes, et c'est ce qui la rend redoutable.
13.4 L'Encyclopédie : une machine, et une affaire
Auteur : Denis Diderot (1713–1784) — l'ouvrage, et la manière de le rendre dangereux
Auteur de la Lettre sur les aveugles (, qui lui vaut trois mois de détention à Vincennes), du Neveu de Rameau et de Jacques le Fataliste (écrits pour l'essentiel dans les années et , publiés après sa mort), et directeur de l'Encyclopédie de à . La thèse. Un dictionnaire n'est pas un magasin de définitions : c'est un ordre. En décidant où l'on range une chose et à quoi on la renvoie, on dit déjà ce qu'elle est. Le concept le plus utile. Le renvoi. Dans l'article « Encyclopédie » (tome V, ), Diderot explique qu'un renvoi peut confirmer, mais aussi contredire : on rédige l'article « Anthropophages » sans provoquer personne, et l'on renvoie discrètement à « Eucharistie ». La censure porte sur les articles, jamais sur les flèches entre eux. La filiation. L'ouvrage naît d'un projet de traduction : le libraire Le Breton voulait une version française de la Cyclopaedia de l'Anglais Chambers (). Diderot et d'Alembert en font tout autre chose. Ce point mérite d'être su : le monument de l'esprit français du siècle commence comme une opération commerciale sur un livre anglais.
Les chiffres valent une démonstration. Dix-sept volumes de texte (–), onze volumes de planches (jusqu'en ), environ quatre mille souscripteurs, et un prix qui réserve l'ouvrage aux gens aisés. Le privilège est révoqué en ; les tomes VIII à XVII paraissent en sous une fausse adresse de Neuchâtel. Et l'on découvrit en que Le Breton avait fait caviarder en secret les épreuves des derniers volumes, pour se protéger : l'éditeur censurait son propre ouvrage. L'entreprise est donc simultanément intellectuelle, commerciale et clandestine, et la présenter seulement sous le premier aspect est une naïveté.
Figure 3. Un classement est une thèse déguisée en plan de rangement. D'Alembert reprend de Bacon les trois facultés — mémoire, raison, imagination — et en déduit trois domaines. La construction paraît neutre ; elle ne l'est pas. Le coup de force est en bas au centre : la théologie y figure comme une branche de la philosophie, c'est-à-dire comme une production de la raison humaine, au même titre que la physique. Ce qui prétendait surplomber tous les savoirs devient l'un d'eux, rangé par un libraire dans une case. Ce qu'il faut en retenir : on n'a pas besoin d'attaquer une autorité de front quand on peut la classer.
Auteur : Montesquieu (1689–1755) — la fiction comme instrument de critique
Charles-Louis de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu, président à mortier au parlement de Bordeaux. Auteur des Lettres persanes (, publiées anonymement à Amsterdam) et de De l'esprit des lois (, mis à l'Index en ). La thèse. Ce que nous tenons pour naturel n'est qu'habitude, et il suffit d'un regard étranger pour le rendre étrange. Les Lettres persanes font visiter Paris à deux Persans qui ne comprennent pas ce qu'ils voient — et le lecteur découvre que ses propres usages sont aussi arbitraires que ceux qu'il trouvait ridicules ailleurs. Le concept le plus utile. Le relativisme méthodique : non pas « tout se vaut », mais « comparons, pour distinguer ce qui tient à la nature de ce qui tient au climat, à l'histoire et à la coutume ». La filiation. Le procédé du regard naïf devient une arme de tout le siècle : Voltaire l'emploie dans L'Ingénu (), Diderot dans le Supplément au voyage de Bougainville. Ce que la littérature apporte ici, et que l'argument seul ne donnerait pas : la surprise. Un raisonnement se réfute ; une évidence retournée en ridicule ne se réfute pas.
13.5 Ce qui tient ensemble des gens qui se détestent
Figure 4. Une filiation qui passe par un refus, et c'est là qu'elle est intéressante. L'Angleterre fournit trois livres et un spectacle politique ; Voltaire les importe, et son livre est brûlé l'année de sa parution ; l'Encyclopédie en fait une entreprise. Rousseau, qui y collabore, en refuse la thèse centrale — les arts ne polissent rien — et c'est cette objection, non la célébration du progrès, que Kant recueille : il a noté dans ses papiers des années que Rousseau l'avait redressé, en lui apprenant que la dignité n'appartient pas au savant mais à tout homme. Ce qu'il faut en retenir : la ligne des Lumières passe par leur contestataire le plus dur. Une flèche sans le mot de ce qui passe ne le montrerait pas.
Figure 5. Cinq jalons, à l'échelle du temps. La frise dit une chose qu'aucune liste ne dit : tout tient dans une seule vie d'homme. Montesquieu publie les Lettres persanes en ; Voltaire, né en , est encore vivant quand paraît le dernier volume de planches de l'Encyclopédie. Le mot d'ordre de Kant arrive à la fin de la séquence, en : ce n'est pas le manifeste inaugural du mouvement, c'est son bilan — et il est écrit à Königsberg, non à Paris. À noter : l'écart le plus court, douze ans, sépare le tome I de l'Encyclopédie du Traité sur la tolérance. Ce sont les douze années les plus denses du siècle.
Figure 6. Le texte de est bâti comme une dissertation, et il vaut la peine d'être lu ainsi. L'objection n'est pas une transition : c'est l'argument de l'ordre public, et Kant le prend au sérieux — il écrit sous Frédéric II, dans un État qui censure. La réponse ne consiste pas à céder, mais à découper : ce n'est pas le même homme qui obéit et qui critique, c'est le même homme en deux qualités. Ce que la figure vous donne : la preuve qu'une distinction bien posée fait office de troisième partie. Le problème n'est pas résolu par un compromis, il est dissous par une définition.
Méthode : Traiter un sujet sur les Lumières, la raison ou la critique
- Refuser le panégyrique dès l'introduction. Le plan « obscurantisme, puis lumière » n'est pas un plan : c'est un récit de victoire, et il est faux. Ouvrez par un désaccord daté — la lettre de Voltaire à Rousseau du août suffit.
- Choisir sa définition, et la nommer. Celle de Kant () parle de courage et non de savoir ; celle des Français parle de tolérance, de réforme et de combat. Elles ne donnent pas les mêmes conclusions. Un devoir qui dit laquelle il retient, et pourquoi, a déjà une thèse.
- Passer par la distinction, jamais par la nuance. L'usage public et l'usage privé de la raison (figure 1) résolvent l'objection de l'ordre public sans céder d'un pouce. C'est le modèle : une bonne troisième partie découpe, elle ne tempère pas.
- Regarder les moyens matériels. L'Encyclopédie a des souscripteurs, un privilège, un prix, une fausse adresse. Un devoir qui sait cela ne parlera plus de « diffusion des idées » en général — il dira par quels canaux, à quel coût, et pour quel public. C'est ce qui sépare une copie informée d'une copie récitée.
Repère : Cinq dates à savoir situer
- — Montesquieu, Lettres persanes. La fiction du regard étranger devient un instrument de critique, et il servira tout le siècle.
- — Voltaire, Lettres philosophiques, brûlées par arrêt du Parlement la même année. L'Angleterre entre en France comme argument.
- — tome I de l'Encyclopédie, avec le Discours préliminaire de d'Alembert. Un classement des savoirs qui range la théologie sous la philosophie.
- — Voltaire, Traité sur la tolérance, dans le sillage de l'affaire Calas (–). L'homme de lettres devient une puissance publique.
- — Kant, Réponse à la question : qu'est-ce que les Lumières ? Le bilan, et la définition la plus exigeante : sapere aude.
Deux prudences de formulation, qui se remarquent. La première : ne pas écrire « Kant définit les Lumières » comme s'il en donnait la définition officielle. Il répond, en décembre , à une question posée par un pasteur un an plus tôt, et Mendelssohn avait répondu avant lui. La seconde : ne pas dater le Discours sur les sciences et les arts de sans préciser qu'il a été couronné en — ni l'inverse. Les deux dates sont justes, elles ne disent pas la même chose, et un correcteur voit tout de suite lequel des deux faits vous connaissez.