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Le destin des Lumières : procès et prolongements

Cours complet · lettres et philosophie (ECG/ECT 1re année), chapitre 14 · prépas ECG et ECT, 1re année

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Il y a peu de mouvements de pensée qu'on ait autant jugés. On impute aux Lumières la Terreur, le colonialisme, la destruction des traditions, le saccage de la nature, et jusqu'aux catastrophes du XXe siècle. On leur attribue aussi la tolérance, l'abolition de la torture, les droits de l'homme et l'école publique. Le même mot sert de titre de gloire et de chef d'accusation, souvent dans la même page.

Cette double comptabilité devrait éveiller le soupçon. Un héritage qui explique tout n'explique rien, et une accusation qui n'a pas de limites n'a pas de contenu. Le chapitre précédent a établi ce que les Lumières demandent : que l'on ose se servir de son propre entendement, et que l'on expose publiquement ses raisons. Reste à savoir ce que cette demande est devenue.

La question de ce chapitre est donc celle-ci : ce qu'on reproche aux Lumières leur appartient-il ? Elle n'a pas de réponse globale — ni « oui, elles sont coupables », ni « non, on les calomnie ». Elle a une méthode, et c'est elle qu'il faut apprendre : prendre chaque critique dans sa force, puis dire précisément ce qu'elle atteint et ce qu'elle rate. Le reste est de la polémique.

14.1 Deux façons de critiquer les Lumières

Définition 14.1Procès d'intention

Reproche adressé non à ce qu'un auteur a écrit, mais à ce qu'on suppose qu'il voulait. Il se reconnaît à ceci : aucun texte ne peut le réfuter, puisqu'il ne porte sur aucun texte. C'est la forme d'argument dont ce chapitre se garde — et dont il faut aussi se garder quand on répond aux critiques.

Définition 14.2Contre-Lumières

Nom donné après coup à l'ensemble des pensées qui, à partir des années 1770, récusent non tel résultat des Lumières mais leur principe même : l'idée qu'une raison universelle puisse juger les héritages, les coutumes et les religions. L'expression est commode ; elle est aussi trompeuse, car elle rassemble des adversaires qui ne s'accordent pas entre eux.

iRemarque

Le mot « Lumières » lui-même est un pluriel, et ce n'est pas un détail de grammaire. Il n'y a pas une doctrine des Lumières dont on pourrait dresser la liste des articles. Voltaire est déiste, Diderot matérialiste, Rousseau croyant et hostile aux salons ; Kant tient la révolution violente pour un crime tout en saluant la République. Quand un devoir écrit « les Lumières pensent que… », il faut se demander lesquelles.

Figure 1. Deux gestes, et non deux camps. Le critère ne porte pas sur la sévérité du reproche : Rousseau est bien plus dur avec ses contemporains que Maistre ne l'est avec les principes. Il porte sur ce qui est invoqué. Rousseau argumente devant le tribunal des Lumières et accepte qu'on lui réponde — Voltaire le fera. Maistre invoque un plan providentiel : l'objection est alors imparable, mais elle ne convainc personne qui ne partage déjà sa prémisse. Ce que la figure interdit : ranger les auteurs en « pour » et « contre ». Le même homme fait tantôt l'un, tantôt l'autre, et c'est page par page qu'il faut le mesurer.

Auteur : Voltaire (1694–1778) — l'arme du ridicule au service d'une cause

Écrivain, dramaturge, polémiste, l'homme de lettres le plus lu d'Europe de son vivant. La thèse. Le fanatisme n'est pas une erreur de raisonnement qu'on corrigerait par une démonstration : c'est une passion, qu'il faut attaquer par le rire, le récit et le scandale public. Le concept le plus utile. La tolérance, qu'il ne fonde pas sur l'indifférence aux convictions mais sur l'aveu de notre ignorance commune — Traité sur la tolérance (1763), écrit pour la révision du procès de Jean Calas, exécuté à Toulouse en 1762 et réhabilité en 1765. La filiation. Candide (1759) est déjà une critique interne des Lumières : le roman démolit l'optimisme métaphysique de Leibniz et Pope, c'est-à-dire une thèse des Lumières, au nom d'une exigence des Lumières — regarder les faits. Le procès des Lumières commence dans les Lumières.

Exemple 14.3Ce que Rousseau reproche exactement

Le Discours sur les sciences et les arts, couronné par l'Académie de Dijon en 1750 et publié en 1751, ne dit pas que la science est fausse. Il dit que le progrès des connaissances et celui des mœurs ne vont pas ensemble, et que l'un a même souvent servi de parure à la corruption de l'autre. La thèse est empirique, non mystique : elle se discute par des exemples historiques, et Rousseau en aligne. C'est une objection au sens de la figure 1, la plus forte qu'on ait faite, et elle vient de l'intérieur.

14.2 Le procès romantique et contre-révolutionnaire

Auteur : Edmund Burke (1729–1797) — l'héritage contre l'abstraction

Homme politique et écrivain irlandais, whig, favorable à l'indépendance américaine et hostile à la Révolution française. La thèse. Une société n'est pas un contrat que l'on résilie : c'est un dépôt transmis, où les vivants ne sont qu'une génération parmi celles qui précèdent et celles qui suivent. Refaire les institutions à partir de principes abstraits, c'est détruire un capital d'expérience qu'aucun raisonnement ne peut reconstituer. Le concept le plus utile. La réhabilitation du préjugé, qu'il entend au sens propre : un jugement porté avant l'examen, mais qui condense l'expérience de générations et permet d'agir vite et bien. L'ouvrage. Réflexions sur la Révolution de France (1790), écrit trois ans avant la Terreur — ce qui donne à ses avertissements l'allure d'une prophétie et explique son autorité durable. La filiation. Il fonde le conservatisme politique moderne, distinct de la réaction : Burke ne veut pas revenir en arrière, il veut qu'on réforme par petites touches, et il invoque à l'appui la Glorieuse Révolution anglaise de 1688.

Important

Ce que Burke atteint. Une objection très solide, et qui n'est pas de droite ou de gauche : les Lumières politiques raisonnent souvent sur un « homme » sans époque ni langue, alors qu'on ne gouverne jamais que des Français, des Bretons, des paysans du Poitou. L'écart entre le sujet du droit et l'individu réel est un problème réel, et il n'a pas disparu.

Ce qu'il rate. L'argument prouve trop. Si la coutume vaut par son ancienneté, alors l'esclavage, la torture judiciaire et le servage valaient aussi — ils étaient anciens. Burke le sait si bien qu'il a passé neuf ans à poursuivre Warren Hastings pour les abus de la Compagnie des Indes : il juge donc bien une coutume au nom d'un principe. On ne peut pas à la fois refuser le tribunal de la raison et y traîner ses adversaires.

Auteur : Chateaubriand (1768–1848) — déplacer le critère de la vérité vers la beauté

Écrivain, mémorialiste, homme politique. La thèse. Le Génie du christianisme (1802) ne cherche pas à démontrer que la religion chrétienne est vraie : il entreprend de montrer qu'elle est belle, qu'elle a produit les cathédrales, la poésie, la charité, et qu'une société qui la détruit perd ce qu'elle ne saura pas remplacer. Le concept le plus utile. L'idée que l'on juge une croyance à ses effets de civilisation et non à ses preuves. C'est un déplacement de critère, et il faut voir sa portée : il rend la discussion rationnelle impossible, et c'est précisément son but. La filiation. Le romantisme français y puise sa matière — le Moyen Âge, le gothique, la mélancolie — et Hugo lui doit ses premiers modèles avant de s'en éloigner politiquement. Vous retrouverez cette préférence du sentiment sur la preuve au chapitre suivant, où elle devient un critère du vrai en art.

Attention

Ne pas confondre romantisme et contre-révolution. Le romantisme reproche aux Lumières l'abstraction, la froideur, l'oubli du sentiment et de l'histoire particulière ; il n'en tire pas nécessairement une politique réactionnaire. Herder (1744--1803), qui invente la notion de génie propre à chaque peuple dans Une autre philosophie de l'histoire (1774), est un adversaire de l'universalisme abstrait et un adversaire de la conquête coloniale, qu'il condamne au nom du droit de chaque peuple à être soi. Hugo sera romantique et républicain. Le lien entre une esthétique et une politique n'est jamais automatique : le supposer est une faute de méthode fréquente en dissertation.

Figure 2. Le procès et les prolongements partent du même point. La branche haute conduit au soupçon : Burke conteste l'homme abstrait, Hegel montre que la liberté sans institution se retourne en Terreur, Nietzsche demande enfin pourquoi nous tenons tant à la vérité — question que les Lumières n'avaient pas posée. La branche basse conduit au prolongement : Condorcet maintient la perfectibilité pendant qu'on le traque, Comte fait de la science l'autorité unique, Mill fonde la liberté de discussion sur la faillibilité de tous. Aucune flèche ici n'est une succession : ce sont des réponses, et l'étiquette dit à quoi.

14.3 La Terreur : imputation ou conséquence ?

C'est l'accusation la plus lourde et la plus répandue : les Lumières auraient armé la Terreur. L'argument mérite mieux qu'un haussement d'épaules, car il n'est pas absurde — les conventionnels citent Rousseau, invoquent la Raison, et fondent un culte de l'Être suprême. Il faut donc l'examiner dans sa forme la plus forte, qui n'est pas celle des pamphlets mais celle de Hegel.

Auteur : Hegel (1770–1831) — pourquoi la liberté absolue produit la Terreur

Philosophe allemand, professeur à Iéna puis à Berlin. La thèse. Dans la Phénoménologie de l'esprit (1807), une section porte sur « la liberté absolue et la Terreur ». Hegel y soutient que la liberté qui refuse de se donner un contenu déterminé — des corps, des états, des institutions, des médiations — ne peut rien produire d'autre que la suppression de ce qui existe. Une volonté générale qui n'accepte aucune particularité ne peut se manifester que négativement, et son seul acte disponible est la mort. Le concept le plus utile. La médiation : une liberté n'est effective que dans des institutions qui la limitent en la réalisant. La filiation. Hegel n'est pas un contre-révolutionnaire ; il tient 1789 pour un événement grandiose et l'a fêté toute sa vie. Sa critique porte sur une forme de liberté, non sur le principe. C'est le modèle même d'une objection qui atteint sans congédier.

Important

Ce que l'imputation atteint. Une politique qui se réclame de la raison peut tenir ses adversaires pour des ennemis de la raison, et non pour des adversaires : la contradiction n'est plus une opinion à réfuter mais une faute à supprimer. Ce mécanisme est réel, il est documenté, et il ne concerne pas que 1793.

Ce qu'elle rate. Deux choses, et elles sont décisives. Un : la Terreur a d'abord tué des hommes des Lumières. Condorcet, mathématicien, encyclopédiste, auteur du programme d'instruction publique, écrit son Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain en se cachant, et meurt en prison en 1794 ; le texte paraît en

  1. Lavoisier est guillotiné la même année. Deux : les Lumières avaient produit, avant 1789, l'argumentaire qui condamne la Terreur — la séparation des pouvoirs chez Montesquieu (1748), la légalité des délits et des peines et le refus de la torture chez Beccaria (Des délits et des peines, 1764). On ne peut pas imputer à une pensée ce que ses propres principes interdisent, à moins de montrer que ces principes y conduisent nécessairement — ce qui reste à démontrer, et n'est pas démontré par le seul enchaînement des dates.

Figure 3. Le procès des Lumières est plus long que les Lumières. La frise dit ce qu'aucune liste ne dit : la première objection (Rousseau, 1750) précède de trente-quatre ans la définition de référence (Kant, 1784), et la critique la plus radicale (Nietzsche, 1887) est séparée d'elle par un siècle entier. Entre les deux, deux prolongements que l'on oublie de compter : Mill fonde en 1859 la liberté d'opinion sur notre faillibilité à tous. Conséquence pour un devoir : parler du « retournement des Lumières » comme d'un événement daté est faux ; c'est une discussion continue, où les positions se déplacent.

Repère : Cinq dates à savoir situer

  • 1750 — Rousseau, Discours sur les sciences et les arts : la première objection majeure, et elle vient d'un des leurs.
  • 1784 — Kant, Réponse à la question : qu'est-ce que les Lumières ? : la définition que tout le monde discute ensuite.
  • 1790 — Burke, Réflexions sur la Révolution de France : le procès de l'abstraction politique, écrit avant la Terreur.
  • 1795 — publication posthume de l'Esquisse de Condorcet, écrite dans la clandestinité : le texte le plus confiant des Lumières est celui d'un homme traqué par la Terreur.
  • 1887 — Nietzsche, La Généalogie de la morale : le soupçon se retourne sur la valeur de la vérité elle-même.

14.4 Le dernier procès : la raison réduite aux moyens

Le dernier procès est aussi le plus difficile, parce qu'il ne porte ni sur une doctrine ni sur un régime, mais sur une forme de raison. Il faut d'abord poser proprement la distinction qui le rend intelligible, et elle est due à un sociologue.

Figure 4. Deux raisons, ou deux emplois du même mot. Max Weber distingue une rationalité qui ajuste les moyens à une fin donnée et une rationalité qui délibère sur les fins elles-mêmes ; il ajoute que la modernité fait triompher la première, et appelle ce mouvement le désenchantement du monde. Toute la critique du XXe siècle tient dans ce partage : elle soutient que les Lumières ont laissé la colonne de gauche dévorer celle de droite. Mais la figure montre aussi pourquoi cette critique ne peut pas être totale : la colonne de droite est écrite en 1785, et elle est de Kant.

iRemarque

Theodor Adorno et Max Horkheimer, dans La Dialectique de la raison (rédigée en 1944, publiée en 1947), soutiennent que la raison des Lumières, tournée tout entière vers la maîtrise de la nature, finit par traiter les hommes comme elle traite les choses, et que la barbarie du XXe siècle n'est pas un retour en arrière mais un produit de ce mouvement. Ces deux auteurs sont sous droits : leur thèse est ici restituée, non citée. Retenez-en la forme — ce n'est pas un reproche moral, c'est l'affirmation d'un enchaînement. C'est donc sur l'enchaînement qu'il faut discuter.

Important

Ce que ce procès atteint. Il est exact qu'une raison réduite au calcul des moyens ne contient en elle-même aucun garde-fou, et que les appareils les plus rationnels du XXe siècle ont servi à administrer l'extermination. Le fait est établi et il est massif ; aucune défense des Lumières ne peut passer à côté.

Ce qu'il rate. Il confond une dérive avec une conséquence. Pour que l'accusation porte, il faudrait montrer que la raison ne peut pas juger des fins — or c'est exactement ce que Kant entreprend en 1785, et le procès lui-même en donne la preuve involontaire : il est un argument, offert à la discussion, écrit pour convaincre. Une critique de la raison faite au nom de la lucidité est encore un exercice des Lumières. Il faudrait aussi expliquer pourquoi les régimes qui ont commis ces crimes ont tous commencé par supprimer la presse libre, les universités autonomes et le droit de contredire — c'est-à-dire les institutions héritées des Lumières.

Auteur : Nietzsche (1844–1900) — la critique poussée jusqu'au bout

Philologue devenu philosophe. La thèse. La Généalogie de la morale (1887) ne demande pas si nos valeurs sont vraies : elle demande d'où elles viennent et à qui elles ont profité. Appliquée à la vérité elle-même, la question devient redoutable — pourquoi voulons-nous le vrai plutôt que l'illusion, et cette volonté a-t-elle jamais été justifiée ? Le concept le plus utile. La généalogie : chercher l'origine et la fonction d'une valeur au lieu de discuter son contenu. La filiation. Nietzsche est l'héritier des Lumières autant que leur adversaire : sa méthode est celle de Voltaire retournée contre les Lumières elles-mêmes, et il la mène, dit-il, par probité intellectuelle — une vertu qu'il tient de ceux qu'il attaque. Ce qu'il faut en retenir : la critique la plus radicale des Lumières est encore faite avec leurs outils, et c'est cela, leur destin.

14.5 Ce que les Lumières sont devenues : trois procès, quatre lignes

Figure 5. Trois procès, et deux lignes que l'on oublie toujours d'écrire. Un devoir qui s'arrête aux deux premières lignes récite des accusations ; un devoir qui s'arrête à la troisième plaide. Les quatre lignes ensemble donnent la méthode : une critique s'apprécie à ce qu'elle atteint et à ce qu'elle laisse debout. Notez que la ligne « ce qu'il rate » n'est jamais une fin de non-recevoir : elle retourne contre le procès un fait ou un texte, jamais une intention.

Méthode : Traiter un sujet sur l'héritage des Lumières

  • Refuser le bilan. « Les Lumières ont-elles tenu leurs promesses ? » n'appelle pas une balance des points positifs et négatifs. Une balance ne démontre rien : elle additionne des choses qui ne s'additionnent pas. Cherchez plutôt quelle promesse, faite par qui, et devant quoi elle se mesure.
  • Poser le critère de la figure 1. Distinguez d'emblée les objections qui s'adressent aux Lumières de celles qui les congédient. Cela vous donne un plan qui n'est pas chronologique, et cela évite le devoir en « thèse / antithèse » où l'on plaide deux fois.
  • Pour chaque critique, écrire les deux lignes. Ce qu'elle atteint, ce qu'elle rate — et l'atteinte doit être réelle, sinon le devoir est un plaidoyer. La figure 5 est un modèle de ce double mouvement.
  • Conclure sur le retournement, qui est le vrai sujet. La critique la plus radicale des Lumières emploie leurs armes : le soupçon, l'examen des origines, la publicité de l'argument. Ce n'est pas une victoire des Lumières, c'est leur destin : elles ont légué une manière de contester, y compris de les contester.

14.6 Ce qui reste

Figure 6. L'articulation d'un devoir, et non un verdict. La thèse est présentée telle qu'elle se soutient, non affaiblie ; l'objection lui oppose des faits et des dates, jamais une intention ; la réponse ne conclut pas que les Lumières avaient raison, mais que la question « pour ou contre » est mal posée. C'est la forme qu'on attend de vous en dissertation : une troisième partie n'est pas une synthèse molle des deux premières, c'est un déplacement du critère — ici, de la valeur d'une doctrine à la manière dont on la conteste.

iRemarque

Deux prolongements que les devoirs oublient presque toujours, et qui payent. Auguste Comte (1798--1857), dans le Cours de philosophie positive (1830--1842), pousse le programme des Lumières jusqu'à faire de la science la seule autorité légitime, y compris sur la société : c'est un héritage, et c'en est aussi une déformation, puisque la discussion s'y trouve close par l'expertise. John Stuart Mill (1806--1873), dans De la liberté (1859), fonde la liberté d'opinion sur un argument entièrement différent : nous sommes faillibles, donc même une opinion que nous jugeons absurde doit pouvoir se dire, sans quoi nos vérités deviennent des dogmes que nous ne savons plus défendre. Comparer ces deux prolongements vaut mieux que d'aligner trois critiques.

Exemple 14.4Un cas où l'imputation se vérifie, et un où elle échoue

Elle se vérifie pour la notion de « peuple éclairé » opposée à un peuple à éduquer : plusieurs textes des Lumières justifient une tutelle provisoire des uns sur les autres, et l'argument a servi ensuite à légitimer la domination coloniale. Le fil est court, et il est écrit.

Elle échoue pour la Terreur, comme on l'a vu : le fil est long, il suppose plusieurs relais, et il doit franchir des textes qui l'interdisent. La leçon : une imputation se mesure au nombre d'étapes qu'elle exige et à la résistance des textes qu'elle doit contourner. C'est cela, être sérieux avec un héritage.

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