Rousseau est-il un ennemi des Lumières ?
Exercice · niveau 3 (difficile) · lettres et philosophie (ECG/ECT 1re année), chapitre 13 — Les Lumières : oser savoir
Énoncé
Répondre en trois moments, en distinguant soigneusement ce qu'il refuse et ce qu'il conserve.
Corrigé
Premier moment : ce qui donne l'apparence. Il soutient que les sciences et les arts ont corrompu les mœurs (), rompt publiquement avec d'Alembert (), refuse le théâtre, écrit une profession de foi religieuse dans Émile () — assez pour être traité d'ennemi du parti philosophique, et il l'a été, par Voltaire le premier.
Deuxième moment : ce qu'il conserve, et qui est l'essentiel. La méthode est celle des Lumières : soumettre à examen ce qui se donne pour naturel, chercher la genèse des institutions, ne rien tenir de l'autorité. Le Discours sur l'inégalité () est une critique de l'ordre social menée exactement comme les autres philosophes critiquent l'ordre religieux. Il collabore d'ailleurs à l'Encyclopédie — articles de musique, article « Économie politique » du tome V.
Troisième moment : ce qu'il refuse précisément. Non pas le savoir, mais l'inférence qui va du progrès des connaissances au progrès moral. Sa thèse est que ce sont deux ordres, et qu'aucune loi ne fait passer de l'un à l'autre — la perfectibilité rend l'homme capable de s'améliorer et de se corrompre.
La conclusion à en tirer. Rousseau est une objection interne, formulée dans les termes mêmes des Lumières, et c'est ce qui la rend redoutable. Écrire qu'il est « anti-Lumières » revient à confondre une critique de leur optimisme avec un rejet de leur méthode.
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