Adloun

Le paradoxe de l'absorption

Exercice · niveau 2 · lettres et philosophie (ECG/ECT 1re année), chapitre 16 — Les avant-gardes : l'art contre ses propres règles

Énoncé

« Le musée expose ce qui fut fait contre lui : les avant-gardes ont donc échoué. » Discuter.

Corrigé

Ce que l'objection atteint. Elle est exacte, et il faut la prendre au sérieux : le manifeste le plus incendiaire finit au programme des concours ; le geste destiné à embarrasser l'institution devient sa pièce maîtresse. L'idée que la valeur d'une œuvre tiendrait au scandale qu'elle provoque ne résiste pas — le scandale s'épuise en une génération.

Ce qu'elle rate. Elle ne réfute qu'une des deux thèses. La première, qui faisait de la rupture une valeur en soi, est bien ruinée. La seconde ne l'est pas : la question « qu'est-ce qui compte comme œuvre, et qui en décide ? » a été posée, elle n'a pas reçu de réponse stable, et exposer un objet ne la referme pas — l'exposer, c'est y répondre, donc reconnaître qu'elle se pose.

La conclusion à écrire. Une avant-garde se juge à la question qu'elle rend inévitable, non au scandale qu'elle a produit. Le musée a absorbé les objets ; il n'a pas absorbé la question.

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