Adloun

Deux romans, une question

Exercice · niveau 3 (difficile) · lettres et philosophie (ECG/ECT 1re année), chapitre 17 — Phénoménologie, existentialisme, structuralisme

Énoncé

Proust suit une conscience ; Perec se donne une contrainte formelle. Montrer que les deux répondent à la même question que Husserl et Lévi-Strauss, et dire à quelle condition cette comparaison est légitime.

Corrigé

La question commune. D'où vient ce qui fait sens dans une œuvre : de celui qui la vise, ou de la forme qui la rend possible ?

La réponse de Proust. Du côté du sujet, mais d'un sujet qui n'est pas maître de lui : la mémoire involontaire lui rend un passé qu'il n'allait pas chercher. C'est une conscience décrite dans son travail, exactement comme Husserl la décrit — avec ses horizons, ses attentes, sa durée propre. Le roman est ici un instrument de description.

La réponse de Perec. Du côté de la forme. La contrainte de — un roman entier sans la lettre e — produit un vocabulaire, des tournures, des personnages que l'auteur n'aurait pas trouvés autrement. La règle travaille à sa place, et finit par dire ce qu'il ne pouvait pas énoncer : l'absence de ce qui manque.

La condition de légitimité, et c'est le cœur de l'exercice. On ne peut pas affirmer une influence : Proust n'a pas lu Husserl, Perec ne se réclame pas de Lévi-Strauss. Ce qu'on peut affirmer, c'est une convergence — la même question devient centrale, au même moment, dans des domaines qui s'ignorent. C'est un fait vérifiable par les dates, et c'est un argument plus fort qu'une filiation supposée, car il n'a besoin d'aucune preuve de lecture.

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