La question de clôture
Exercice · niveau 3 (difficile) · lettres et philosophie (ECG/ECT 1re année), chapitre 18 — Pensées contemporaines : la critique, la justice, le vivant
Énoncé
La figure 6 montre que les trois questions grecques ont changé de forme. Choisir l'une des trois, expliquer précisément le déplacement, et dire ce que la nouvelle formulation rend visible que l'ancienne cachait.
Corrigé
On prend la première : « qu'est-ce qui est ? » devient « qui compte ? ».
L'ancienne question. Elle demandait quels êtres il y a, et ce qui fait qu'ils sont : le devenir d'Héraclite, l'être de Parménide, les Idées de Platon, la substance d'Aristote. Elle est théorique, et elle suppose qu'on peut inventorier le monde avant de décider quoi que ce soit.
Le déplacement. Le XX<sup>e</sup> siècle constate que l'inventaire n'a jamais été neutre : la liste des êtres qui existent vraiment a toujours doublé la liste de ceux qui comptent moralement, et l'une a servi à justifier l'autre. La question devient donc : envers qui a-t-on des obligations ? Jonas () y inscrit les générations à venir, Latour () les êtres mixtes que notre vocabulaire ne classe pas, Descola () montre que d'autres sociétés tracent la frontière ailleurs.
Ce que la nouvelle formulation rend visible. Que l'ontologie était déjà une décision politique. Tant qu'on demandait ce qui est, la question de savoir qui a été laissé dehors ne pouvait pas se poser : elle était réglée d'avance par la façon de compter. C'est exactement l'opération qu'on retrouve dans les deux autres colonnes — la procédure fait apparaître qui n'est pas à la table, la position fait apparaître d'où l'on parle.
Et ce qu'elle ne résout pas. Elle ne dit pas qui parle au nom de ceux qu'on vient d'inclure. La question reste donc ouverte, et c'est bien à cela qu'on reconnaît, vingt-cinq siècles plus tard, une question philosophique.
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Un blocage sur cet exercice ? Le tuteur d'Adloun guide par questions, sans donner la réponse.