Deux consolations, deux physiques
Exercice · niveau 2 · lettres et philosophie (ECG/ECT 1re année), chapitre 2 — Rome, la rhétorique et la fabrique du classique
Énoncé
Le stoïcien et l'épicurien disent tous deux qu'il ne faut pas craindre la mort. Montrer que leurs raisons sont incompatibles.
Corrigé
L'argument épicurien. La mort n'est rien pour nous : tant que nous sommes, elle n'est pas ; quand elle est, nous ne sommes plus. Il n'y a donc aucun sujet à qui elle puisse arriver. Cet argument suppose la physique atomiste : l'âme est un composé d'atomes qui se dissout, il n'y a pas de survie — et c'est une bonne nouvelle.
L'argument stoïcien. La mort est un moment de l'ordre du monde, comme la chute d'une feuille ; s'y refuser, c'est vouloir que le tout soit autrement qu'il n'est. Cet argument suppose au contraire un monde ordonné par une raison, auquel il est sensé de consentir.
L'incompatibilité. L'épicurien console en montrant qu'il n'y a rien à quoi consentir — aucun dessein, aucune providence. Le stoïcien console en montrant qu'il y a un ordre auquel consentir. On ne peut pas tenir les deux : la consolation vient, dans un cas, de l'absence de sens, dans l'autre, de sa présence.
La leçon. Deux conclusions identiques peuvent reposer sur des prémisses contradictoires. Dans une dissertation, ne jamais rapprocher deux auteurs sur leur conclusion sans vérifier leur prémisse.
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