Adloun

Pourquoi forger un mot

Exercice · niveau 2 · lettres et philosophie (ECG/ECT 1re année), chapitre 2 — Rome, la rhétorique et la fabrique du classique

Énoncé

Cicéron crée qualitas pour rendre le grec poiotès. Expliquer ce que cet acte suppose, et ce qu'il révèle sur le rapport entre la langue et la pensée.

Corrigé

Ce que l'acte suppose. Trois choses. D'abord que la chose existe indépendamment du mot — sinon il n'y aurait rien à nommer. Ensuite que la langue soit incomplète, c'est-à-dire qu'un état de langue ne recouvre pas tout le pensable. Enfin qu'un individu ait le droit de la modifier : Cicéron le revendique explicitement dans les Académiques ().

Ce que l'acte révèle. Que la pensée n'est ni indépendante de la langue ni prisonnière d'elle. Pas indépendante : sans mot, la notion reste inutilisable, on ne peut ni l'enseigner ni la discuter. Pas prisonnière : la langue se laisse augmenter là où elle manque.

La limite, qu'il faut dire. Le mot forgé ne recouvre jamais exactement l'original. Logos disait la parole, la raison et le rapport ; le latin doit choisir. Traduire, c'est donc déjà interpréter — et c'est ce qui rend l'histoire des traductions (chapitre 4) philosophiquement intéressante, et pas seulement érudite.

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