Adloun

Reconstituer une théodicée

Exercice · niveau 3 (difficile) · lettres et philosophie (ECG/ECT 1re année), chapitre 3 — Un Dieu, une Loi, une Alliance : l'apport du monothéisme

Énoncé

Reconstituer l'argument du mal en trois propositions incompatibles, exposer la réponse d'Augustin, et dire précisément ce qu'elle laisse sans réponse.

Corrigé

Les trois propositions. (1) Dieu est tout-puissant. (2) Dieu est parfaitement bon. (3) Le mal existe. Chacune est défendable ; les trois ensemble semblent ne pas tenir — un être bon et tout-puissant supprimerait le mal. C'est l'argument que la tradition prête à Épicure, et que nous ne connaissons que par Lactance (De la colère de Dieu, v. ).

La réponse d'Augustin, en deux temps. Premier temps : le mal n'est pas une substance mais une privation, un manque de bien, comme la cécité est un manque de vue. Ce qui n'est pas une chose n'a pas besoin d'un auteur ; la proposition (3) cesse d'exiger que Dieu ait créé le mal. Second temps : le mal moral vient du libre arbitre, et un monde d'êtres capables de choisir — donc de mal choisir — vaut mieux qu'un monde d'automates incapables de bien (Du libre arbitre, –).

Ce qui reste sans réponse. Le mal qui ne procède d'aucune volonté : la maladie, le séisme, l'enfant qui souffre sans avoir choisi. La liberté n'explique rien de cela. C'est précisément le point où Voltaire attaque après Lisbonne (Poème sur le désastre de Lisbonne, ), et c'est pourquoi le problème passe alors des théologiens aux philosophes.

La leçon de méthode. Une bonne réfutation ne consiste pas à répéter l'objection : elle consiste à repérer ce que la réponse couvre et ce qu'elle ne couvre pas. C'est ce partage qui fait la valeur d'une troisième partie.

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