Adloun

Traduire trois fois

Exercice · niveau 2 · lettres et philosophie (ECG/ECT 1re année), chapitre 4 — Transmettre et discuter : l'islam, la scolastique, l'université

Énoncé

Un traité d'Aristote passe du grec au syriaque, du syriaque à l'arabe, de l'arabe au latin. Que perd-il, que gagne-t-il, et quelle précaution le lecteur doit-il prendre ?

Corrigé

Ce qu'il perd. À chaque passage, la langue d'arrivée découpe autrement : un mot grec qui portait plusieurs sens doit être rendu par un choix, et ce choix se fige. Les écarts s'accumulent, et un contresens ne se corrige plus une fois passé dans la chaîne.

Ce qu'il gagne. Trois choses. D'abord un lecteur : sans traduction, le texte est mort. Ensuite un appareil : chaque traducteur produit des gloses, des index, des commentaires, et le texte arrive accompagné. Enfin, et c'est le plus important, il gagne une discussion : l'Occident reçoit à Tolède Aristote avec les commentaires d'Averroès, c'est-à-dire avec les objections qu'on lui a faites.

La précaution. Ne jamais écrire « Aristote dit que… » à partir d'un texte médiéval latin sans préciser par quelle chaîne il est arrivé. C'est la même prudence qu'au chapitre 1 pour Socrate, et au chapitre 2 pour la Rhétorique à Herennius. Une attribution se vérifie, toujours.

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